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Full text of "Recherches, mémoires et observations sur les maladies épizootiques de Saint-Domingue,"

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MÉMOIRES ET OBSERVATIONS 

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LES MALADIES ÉPIZOOTÏQUES 
DE SAINT-DOMINGUE, 

Recueillis ù publiés par le Cerclé des Pkiladelpkes 
du Cap-François, 



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RECHERCHES, 

MÉMOIRES ET OBSERVATIONS 

SUR 
LES MALADIES ÉPIZOOTIQUES 

DE SAINT-DOMINGUE, 

Recueillis & publiés par le Cercle des Philadelphes 
du Cap- François. 



Nous ferions trop heureux, fi nous 
avions rempli dignement les vues du 
Gouvernement : nous le ferions encore 
plus , fi cet Ouvrage peut contribuer à 
l'utilité publique pour laciuelle il a été 
uniquement fait. 

Re:h. hift. phif. fur les Mal. épi^oot. 
par M. Pau/et, D. M. P. M. T. U 9 
page 47 7. 









AU CAP-FRANÇOIS, 

DE L'IMPRIMERIE ROYALE. 



M. DCC. L XXXVI II. 

'Avec appb.obation et permission,, 



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RECHERCHES, 

MÉMOIRES ET OBSERVATIONS 



SUR 
LES MALADIES ÉPIZOOTIQUES 

DE SAINT-DOMINGUE, 

Publiés par le Cercle des Pkiladelpkes du 
Cap - François. 

-L/Ê Tonnem EN T que les Naturels du pays 
témoignèrent lorfqu'ils virent les Efpagnols mon- 
tes fur des Chevaux (i) , annonce qu'ils n avoient 
jamais vu de grands quadrupèdes. 

Cependant le pays pouvoir en nourrir. Les 
Efpagnols , qui avoient apporté avec eux plufieurs 
elpeces de quadrupèdes, furent très - heureux , 
dans un moment de difette, de trouver un trou- 
peau de cochons qui avoient multiplié dans les 
bois (2) & bientôt les chiens devinrent fi nom- 
breux que Ton crut qu'ils ne laifleroient pas un 
ieul cochon dans l'île (5). 



(1). Hift. it St~Dcming. par Charles Voix. Liv. II, p. 1 i$ s 
(1). L. c. L. IV, p. z 97 . 
(3). L. c. L. V. p. 351, 



£ Sur les Maladies 

L'on ne tarda pas à avoir, dans les forêts, des 
chevaux &: des bœufs fauvages, qui ont exercé 
long-temps l'ardeur barbare de guerrière des Bou - 
caniers. Tous ces animaux , qui n'étoient plus 
fournis au joug de l'homme , avoient reçu, de la 
nature &: de l'indépendance , des caractères par- 
ticuliers ; & s'ils paroiflbient plus petits que les 
fouches d'où ils provenoient , ils étoient plus 
agiles, mieux conftitués pour le pays, plus pro- 
pres à réiifter au climat 3 & la chair de Quelques- 
uns avoit acquis une faveur qui la faiioit pré- 
férer à celle des animaux de la même efpëce 
que l'on apportoit d'Europe-. 

L'Auteur des Recherches philofophiques fur 
les Américains nous dit que les animaux d'ori- 
o-ine européens ou afiatiques, qu on a tranfportés 
en Amérique immédiatement après la décou- 
verte, le font rabougris, que leur taille s'eft 
dégradée , cV qu'ils ont perdu une partie de leur 
initind ou de leur génie ; que les cartilages .& 
les fibres de leur chair font devenus plus rigides, 
plus coriaces ., &' fi pleins de fiiaflbs qu'on a 
.peine à les mâcher (4;. *''■■? 

' Cet Auteur , dont le ftile féduit quelquefois , 
neft pas toujours exad , & il a mérité, à bien 
des égards, les reproches qui lui ont été faits; 
il s'eft trompé en difant que les chevaux & les 
bœufs fe font rabougris, qu'ils ont perdu une 
partie de leur inftind & de leur génie. La viande 
de bœuf n'a pas la même faveur , ni le même 
fuc qu'en Europe, mais celle des bœufs gras qui 
ont été bien faignés, & qui n'ont pas été tués 
après de longues marches, neft pas mauvaiie, 
&: on la mâche fans peine. 



(4). Recherches ph. furies Américains. Tome I, page 5. 



Epîypotîques* 5 

M. Decout , maître en ehirurgie , aïïbcié du 
Cercle à Acquin, nous dit que Ton pourroit 
manger ici de très-bonne viande de boucherie ; 
qu'il a vu plufieurs fois des bœufs qui ne le 
cédoient en rien aux plus beaux du Limoufin. 
Qu'on vifite, dit-il encore, les favannes du 
quartier de FAzile., on y verra fréquemment des 
bœufs de cinq à fix cents pefants, qui gémifTent 
fous le lourd fardeau de leur grailTe. M. Decout 
â vu deux bœufs chez Madame Maupin , qui par 
leur grande beauté ont été vendus 400 livres 
pièce; mais un Boucher., au lieu de tuer de 
pareils animaux, nachette le plus fouvent que 
ceux qui font près de fuccomber fous le poids 
des années^ & des infirmités ; & l'on ne doit pas 
être étonné de voir fréquemment fur nos tables 
des viandes dont la qualité molaife cV baveufe 
attefte que la police des boucheries eft encore 
défedueufe (y). 

Ce que le même Auteur dit , en parlant des co- 
chons , n'eft pas plus exaét pour Saint-Domin- 
gue ; ceux qui font errants dans les bois, &: que 
Ton appelle marrons., ont réellement pris des 
caradères fauvages ; leur taille eft plus petite, 
plus ramaflce que celle des cochons d'Europe ; 
mais ils ont un caractère de force qui n'appartient 
pas à des animaux rabougris ; ils n'ont" prefque 
pas de couenne , & leur chair a un goût parti- 
culier qui la fait rechercher. Ces animaux habi- 
tent ordinairement les montagnes , où ils vivent 
de fruits, de graines & de racines : il n'en refte 
guère à préfent dans la partie françoife, fi ce 



(5). Cette police vient d'être réformée par MM. de la 
Luzerne & de Marbois ; & le Public ne peut que Ce louer 
^e l'ordonnance fage qu'ils ont rendue à ce fujet, en 1787, 

A ij 



«£i Sur les Maladies 

n'eft à la Gonave , à la Tortue , parce que les chiens 

&" les Charïeurs les ont prefque tous détruits. 

La chair de cochon de pare & de corail eft 
favoureufe Se délicate j mais elle ne convient 
pas à tous les fujets ., Se les Médecins ne l'or- 
donnent furement pas aux malades préférable- 
ment à tout autre {6). 

On ne fait pas fi les animaux Tauvages des 
forets de Saint-Domingue ont jamais éprouvé 
ûqs maladies épizootiques ; ils fe portoient avec 
agileté dans les lieux qui pouvoient les abreuver-, 
ou leur fournir Une nourriture convenable : mais 
ceux qui font aiïlijettis fous la main de l'homme, 
&: qui fervent à la nourriture & partagent fes 
travaux , contractent des habitudes qui les aifer- 
ViSent, & qui altèrent $c dégradent leur cons- 
titution. Ne pouvant franchir les barrières qui 
les captivent ^ ils reçoivent dans le même lieu 
toutes les impreilîons que les variations des faifons 
portent non feulement fur eux , mais fur les 
eaux qui les défakèrent, far les fubftances qui 
les nourriMènt : ils éprouvent de grands change- 
ments -, fouvent excédés par des travaux forces 3 
ils font frappés & faifis par une température 
contraire , &c ils ne trouvent , pour réparer leurs 
pertes , qu'une eau corrompue & une nourriture 
infuffifante , altérée ou mal faine. 

Il femble que l'homme gâte tout ce qu il touche : 
on croit qu'il perfectionne les animaux qu'il fou- 
'met au régime de la domePcicité , parce qu'il leur 
fait contracter des habitudes convenables aux 
nfages auxquels il les deftine i mais , dans le fait > 
il les dégrade , & les qualités qu'il leur donne 
font des défauts qui augmentent leurs difpofitions 
aux maladies. 

{ 6 ). Recherches fur les Américains. L. c. 




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Ep in^oo tiques, * 

Le médecin Defportes eft le premier qui ait 
fait mention des maladies épizoetiques de Saint- 
Domingue, il paroit que ces maladies ont exercé 
leurs ravages principalement dans les plaines. Les 
féchereiïes , la température , ne font jamais au 
même degré dans les mornes que dans les plaines j 
&: les eaux , les aliments n'y éprouvent pas des 
altérations anilî fenfibles.. 

On fait que l'excès de travail, les marches- 
longues , les courfes forcées , difpofent les humeurs 
a une fepticité cauftique, capable de produire 
des maladies charbonneufes (jj. Si Ton examine 
les animaux qui font dans cet état, filon con- 
nderc quelle eft la nature du principe cauftique 
qui fe développe dans leurs humeurs, on verra 
que les impreffions qu'ils reçoivent dans une fan 
Ion ardente par l'altération de l'air, des eaux 
des pâturages , doivent favorifer le développe- 
ment du même principe , & fixer une analogie 
dans les phénomènes qui doivent en réfulter : 
mais on doit auffi fentîr que ce principe doit 
avoir plus daclîvité , lorfque toutes les caufes 
capables de le produire fe trouvent réunies pour 



augmenter 



leur énergie. 



La réunion de toutes ces caufes fe trouve en- 
core plus fou vent dans les plaines que dans les 
montagnes. Les travaux font prefqne toujours 
forces dans les iucreries. On ne foigne pas les 
animaux comme ils devroient l'être , & rarement 
ils ont la nourriture, qui leur convient ; ils fortent 
ruants des cabrouets des moulins ; ils fe vautrent 
pendant le jour, comme dans la nuit , fur l'herbe 
humide ou dans la pouffière embrafee par le feu 
au Soleil • ils courent fe défaltérer dans des mares 

(7). V. Mâï; épiz. par Paulet. T. II, p. il8 & 44W 

A iii 



6 Sur les Maladies 

chaudes &" fangeufes ; ils ne trouvent fouvcnt 
qu'une herbe rare &: brûlée : fouvent même ils 
cherchent dans le fein de la terre, en fouillant 
les racines avec le pied , une nourriture qu'ils ne 
trouvent pas à fa fnrface : on leur donne cepen- 
dant quelques têtes de cannes , ou de la canne 
paffée au moulin 3c réduite en bagaffe^ que l'on 
mêle avec l'écume des chaudières : mais cette 
nourriture fermentefcible ne doit pas convenir 
à des animaux échauffés par le travail. 

Il fuffit que la fécherefle , la mauvaife qualité 
des eaux ., des pâturages , les travaux forcés dé- 
terminent une difpofition cauftique tk charbon- 
neufe dans les humeurs , pour que l'on conçoive 
que cette altération humorale parvenue au plus 
haut degré d'intenfité cV d'adivité , puiffe le com- 
muniquer à des animaux qui font d'autant plus fuf- 
ceptibies de fes impreffions , qu'ils fe trouvent dans 
•des difpofitions favorables : nous ne croyons donc 
pas que l'air foit le véhicule propre à tranfmettre 
les principes des maladies contagieufes ; nous pen- 
fons que ces principes ne fe communiquent que 
par une voie immédiate 3 mais nous fommes per- 
suadés j avec Sidenham , que fi la conftitution de 
l'air ne contribuoit pas à faire naître la difpofi- 
tion qui produit le germe de la contagion , les 
maladies épidémiques ne paroîtroient pas fuivre 
le cours des faifons , &: leurs ravages ne cefTe- 
roient jamais dès qu'ils auroient commencé (8). 

La conftitution de l'été de 1739 fut féche, & 
la mortalité des beftiaux a été grande : voilà ce 
que dit M. Defportes (9) \ mais comme il ne 
parle par du caractère de cette épizootie 3 on ne 



(8). V. Sydenh. oper. T. I. 

(2). V. Hift. des mal. de Saint-Domingue, T. I, p. $%* 




Êpi\oo tiques. y 

peut tirer d'autre induction de la mention qu'il 
en fait , fi ce neft que la fecherefle de cette 
conftitution en étoit la caufe déterminante : cela 
cil encore confirmé par le même Auteur , qui 
dit que la féchereife de 1742, fut fi coniidérable 
qu'on conferva peu de beitiaux dans la Colo- 
nie (1) , &" qu'il y eut difette dans les Bouche- 
cheries (1) : il paroît que la mortalité continua 
en 1743 par la même caufe (3). . 

L'humidité exceflîve qui domine quelquefois 
à Saint-Domingue , les alternatives du chaud &r 
du froid occafionnent auffi des maladies fur les 
beftiaux. Dans la conftitution humide de l'été 
de 174 ï , M. Defportes a obfervé que les bef- 
tiaux furent attaques d'une contagion particu- 
lière qu'on n'avoir pas encore vue : on leur trou- 
voit des vers en quantité au fondement ou dans 
les narines , mais fur-tout dans les plaies .qui pou- 
voient leur arriver par accident *, il s'en formoit 
promptement au nombril des veaux & des pou- 
lains , & à la nature des mères (4). Cette ma- 
ladie , fuivant M. Defportes , ne provenoit que 
de l'abondance des mouches produites par la 
chaleur qui a fuivi l'humidité ; elles trouvoienc 
dans les bleifures des animaux, dont les chairs 
étoient plus mola(Tes que de coutume , par rap- 
port à l'effet des pluies & à la quantité des pâtu- 
rages trop aqueux , une matière propre à re- 
cevoir les vermiifeaux qu'elles ont coutume de 
dépofer fur toutes les matières corrompues ou 



( 1 ). L. c p. m. 
( 1). L. c. p. 116. 
( 3 ). L. c. p. 130. 
(4). L, c. p. 141. 



 ii 



S Sur tes Maladies 

fufceptibles de corruptions (5). Cette maladie 
continua pendant l'hiver f 6 ) , 6V elle exiiloit 
encore en 1746, dont la conftitution fut très-^ 
pluvieufe (7;. 

L'époque des pluies j après les fécherefîes, efl 
celle des maladies vermjneufes. La végétation eft 
active , 6V les infedes paroiffènt faifir ce moment 
où ils trouvent une nourriture abondante , pour 
reproduire &: perpétuer leurs efpèces. 

Il paroît auffi que l'humidité 6V la chaleur 
favorifent le développement de quelques autres, 
maladies des animaux > comme le froid 6V l'hu- 
midité en procurent qui font particulières. 

Cela fait encore que les maladies qui régnent 
dans les mornes font rarement les mêmes que 
celles qui attaquent les animaux dans les plaines. 

Les maladies malignes épizootiques , qui ont 
régné dans la plaine depuis 1773 , n'ont pas paflfé 
dans les mornes 3 6V la morve qui a déjà occa- 
fionné des pertes confidérables dans la dépen- 
dance du Cap j paroît jufqu'à préfent s'être fixée 
à la plaine. 

La grande quantité de vers que Ton a trouvée 
à l'ouverture des animaux en 1773 > & dans les 
années fuivantes , a fait penfer que la maladie 
qui les faifoit périr étoit vermineufe. L'Ecole 
vétérinaire de Paris , v qui a été confultée fur cette 
maladie , a cru , ainli que M. Regnaudot qui l'a 
obfervée 6V décrite , que ce n'étoit qu'une fièvre 
maligne peftilentieile , 6V que les vers n'étoient 
qu'une complication. 

Nous croyons que la maladie qui s'eft mani- 



(5). Hift. des mal. Hc Saint-Domingue. L. I 3 p. 147.. 
(O- L. c. p. 1^3. 
(7). L. c. p. 175». 



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Êpi^oouques. © 

feftée en 1773 n'étoit pas eflentiellement ver- 
mineufe , mais nous fommes bien éloignés de 
penfer que les vers que Ton a trouvés dans les 
animaux n'aient jamais occafionné leur mort. 

On fait que les vers font périr quelquefois 
les hommes à Saint-Domingue , mais plus fou- 
vent les enfants. Il eft également vrai que les 
vers qui corrodent l'eftoinac , les inteftins j ceux 
qui forment des tumeurs & qui pénétrent dans 
les voies circulaires peuvent occafionner des ma- 
ladies putrides , des enflures , des écoulements par- 
les nazeaux , &c, enfin toutes les maladies d'irri- 
tation que Ton obferve même chez les hommes. 

Étant occupé en 1770 de recherches furFaclion 
des artères, nous avons ouvert à Nancy, en préfence 
de M. Jadelot , profeiîèur en médecine , un cheval 
très-maigre, chez lequel nous avons trouvé dans 
les inteftins grêles une quantité prodigieufe de vers 
ftrongles qui y étoient amaffés en pelotons (8) : 
nous avons ouvert en 1774 , 1776 & 1777 plu- 
fieurs animaux qui étoient morts fubitenient dans 
des convulfions , Se chez lefquels nous n'avons 
trouvé dans feftomac & dans les inteftins que de 
érofions ou des tubercules produits par les vers : 
M rs Joubert & Sire , qui ont publié en 1776 , au 
Port au Prince , un Avis fur la caufe de l'épizoo- 
tie qui régnoit au Cul de Sac dans la partie de 
l'oueft , difent avoir trouvé des crinons qui 
avoient percé les inteftins &: qui étoient répan- 
dus dans le ventre & fur le méfentère (9). 

En 1761 , dans le Bouionnois , dans une épi- 
zootie fur les brebis , à la fuite des pluies & de îa 

(8). V. Méd. vétér. par M. Vitet, fed. I , mal. fupèrf. efp. 
il, p. 41 & 4x. " r 

(9 ). V. Mém. vétér, par M. Vifct, fed. IV, mal. fpafin. 



x 



to Sur les Maladies 

fécherefTe , on a trouvé des dogues dans le Foie 
de ces animaux. PUnei\ attribue la maladie de 
176 1 à un principe vermineux. En Suède , en 
1764 , le fang des bœufs contenoit fréquemment 
des infectes particuliers qu'on nomme Plie, Les 
inteftins , Tcftomac oontenoient auiïi beaucoup 
de vers. En 174?, M. de Sauvage a obfervé des 
vers entre les paupières & les yeux. Lanciji avoit 
fait la même obfervation en 171 1- 

Ces faits &" beaucoup d'autres que l'on pour- 
roit rapporter, prouvent qu'il y a dans les ani- 
maux , comme chez l'homme, des maladies ver- 
mineufes eifentielles qui peuvent les faire périr ; 
mais ils ne détruifent pas l'opinion de ceux qui 
penfent que l'on trouve fouvent une quantité 
prodîgieufe de vers dans la maffè alimentaire des 
animaux qui font nourris avec l'herbe verte > 
fans qu'il en refaite d'accidents, & que les vers 
compliquent fouvent les maladies malignes & 
putrides , dans lesquelles ils occafionnent des 
fymptonies particuliers. 

& Tandis que M rs Worloch & Regnaudot écri-. 
voient avec fageiïe des obfervations inilrucrives , 
que le défaut de circonftances favorables dévoie 
malheureufement rendre inutiles j pour le mo~ 
ment , la crédulité & l'ignorance foutenoient les . 
opinions les plus abfurdes & les plus dangereufes 
fur les càufes de la maladie , & l'on employoit 
dans quelques endroits , pour en arrêter le cours , 
des expédients qui augmentaient encore les per- 
tes dès Colons, où l'on fuivoit des traitements 
auiïi meurtriers que la maladie même. 

Mais dans le même temps que la Colonie gé- 
rai (Toit fur fes pertes & fur la diminution de 
fon revenu, tandis Quelle feplaignok , avec^rai- 
fon, de n'avoir reçu aucun ■ fecours de la Méde- 







Êpl\ootiqaes. w 

cîne ni de TArt vétérinaire , on donnoit à M. 
Vicq-d'Àzir, fur cette maladie , quelques dé- 
tails qu'il auroit été bien plus intéreflant de pu- 
blier iur les lieux. 

Êpi-^oode de Saint-Domingue en 1774 & 
1775 (; l h 

Vers la fin de Tannée 1774 , &" pendant toute 
Tannée 177J , on a éprouvé à Saint-Domingue., 
près du Cap , dans les habitations appartenantes 
à M. le Normand de Mezi 3 &■ dans plufieurs 
autres fituées aux environs > une épizootie qui a 
régné fur les bœufs , fur les mulets , fur les chè- 
vres , fur les moutons , fur les cochons , fur les 
chiens , fur les chats & fur les poules. La perte 
des mulets a fur-tout été confidérable , parce que 
ce font ces animaux qui abondent le plus dans 
ce pays , 6V dont les fervices font les plus im- 
portants. M. B. médecin très-inftruit , demeu- 
rant au Cap , a obfervé cette maladie , tk nous 
a envoyé les détails fuiyants dans une lettre dont 
j*ai cru que Ton verroit avec plaifir les princi- 
paux articles. 

« J'ai été aiTez heureux , Monfieur 3 pour me 
rencontrer avec vous , tant dans les précautions 
préliminaires que vous indiquez , que pour la 
méthode curative en général ; & les change- 
ments qu'il y a eus dans ma méthode n'ont été 
déterminés que par les circonftances tk la nature 
du fol. Le feul point dans lequel nous ayons 
différé 5 c'eft fur Tufage des faignées comme pré- 

( 1 ). Expofé des moyens curatifs & préTervatifs qui peu- 
vent être employés contre les mal. peft. des bêtes à cornes b 
pag. 175 & fuiv. ©dît. de 1776. 





ï 2- Sur les Maladies 

fcrvatif ; car , au refte , nous ordonnons à peu 
près les mêmes remèdes. J'ai été déterminé à 
l'ufage des faignées par la nature dç la maladie 
que je regardois comme inflammatoire \ rai mê- 
me fait répéter plu (leurs fois cette opération , 
fuivant le degré d'inflammation que je décou- 
vrais dans le fang de chaque animal , que je 
confervois dans des vafes féparés ; j'ai été étonné, 
dans le principe , que cette précaution fût inu- 
tile à plufîeurs animaux , & qu'ils fuflènt attaqués 
de la maladie auflî promptement que ceux aux- 
quels on n'avoit fait aucune préparation. 

Quant aux lignes qui la cara&érifent , ils font 
ici en aiTez grand nombre. 

i°, Dans le commencement Tanimal eft trifte : 
ce figue eft. commun à tous les animaux qui 
fbuffrent. 

2°, Il commence à boiter de la hanche gauche. 

3°, Il fe mord les flancs & le ventre -, &: c'eft 
toujours un ligne certain de la douleur aiguë 
qu'il redent. 

4°, L'animal n'a point de dureté dans aucune 
partie du bas-ventre , mais il s'eft fouvent formé 
des tumeurs limphatiques , tantôt fur le col &* 
le poitrail , tantôt fur différentes parties de la 
furface abdominale auxquelles on a aoDliqué des 
letons y <k que 1 on a ouvertes en planeurs en- 
droits : on a employé tous les moyens poftibles 
pour les faire dégorger par la fuppuratton. 

5°, Les flancs battent continuellement dans le 
dernier période , lorfque la refpiration efr très- 
gênée , le battement des ailes du nez eft très-con- 
fidérabîe. 

6°, L'animal balance fur les quatre pieds , il 
paroît avoir peine à fe foutenir & être toujours 
prêt à tomber* 




Ëpi-^ôotiques. î 3 

7°, Les mufcles cutanés font agités par des 
eonvulîions continuelles. 

8°, L'oreille eil plus ou moins chaude , fui- 
Y-ant le degré de la fièvre. 

5>°, L'appétit diminue très-vite, difparoît mê- 
me quelquefois $ on a pourtant vu des animaux 
qui font tombés en mengeant , & qui font morts 
prefque tout de fuite» 

îo°j Us boivent avec beaucoup de peine ; il 
y en a même qui n'ont jamais voulu boire , &c 
tous ont été dans ce cas, lorfque la maladie a 
été au dernier période. 

1 1°, Les urines , dans le courant de la maladie, 
font très- ardentes. 

12°, Les animaux éprouvent dans l'état de la 
maladie un ténefme confidérable , dans lequel 
ils rendent plus ou moins de fang-; leurs excré- 
ments , dès le principe ; font très-fecs & très- 
friables. 

On a obfervè à l'ouverture des cadavres , 

i°, Que les nazeaux n'étoient point fétides 3 
que les iinus ne contenoient pas une matière 
ichoreufe ,. ÔV que la membrane qui les tapifle 
n'étoit altérée en aucun des points de fa furface. 

2.°, Que le cerveau a toujours été dans i'état 
naturel ; auffi ne lirez-vous rien dans notre pro- 
■cès-verbal qui regarde la tête , par l'habitude où 
xious étions de n'y rien trouver d'extraordinaire, 

3°, Le poulmon étoit toujours parfemé de 
taches livides , &> de points gangreneux -, la flibf- 
tance de ce vifeère , lorfqu'on la coupoit , laiiTok 
couler un fang noirâtre 6> épais. 

4°, Le cœur, dont la texture des fibres eft 
plus ferrée > étoit exempt de ces taches gangre- 
ïieiifes -, mais j'y ai conftamment trouvé des con- 
crétions polipeufes plus ou moins cçnfidérabks 




■ 1 



14 «5#r /^ Maladies 

&r le fang~ contenu , tant dans les ventricules que 
dans les oreillettes, étoit toujours épais 6c noirâ- 
tre. Je vous obferverai même à ce fujet que dans 
l'état de la maladie &: dans certains animaux > 
répaiffifTement du fang étoit quelquefois ii con- 
fîdérable ,, qu il a été impoffibie de le faire for- 
tir , quoiqu'on eut donné pluflcnrs coups de 
flammes dans différentes veines , ce qui eft arrivé 
quelquefois fix heures après Tinvafion de la ma- 
ladie : ces animaux ont péri très-vite. 

f°, L'eftomac des mulets étoit généralement 
enflammé. Il eft bon de vous faire part ici de 
ce que j'ai obfervé à l'ouverture de cinq bœufs 
à laquelle j'ai afnfié > quatre chez M. de Ereda 
Ôc un chez M. de Mezi. Les quatre eftomacs 
étaient comme vous le décrivez dans votre Mé- 
moire. Les trois premiers étoient très- enflammés 
ainiî que le quatrième , & cette inflammation 
étoit très-manifefte ; dans la féconde membrane, 
la première ayant été enlevée avec les herbes 
qui y étoient contenues , ces herbes étoient très- 
fêches & très-friables ; la membrane interne étoit 
de même & y adhéroit. Je n'ai jamais obfervé , 
entre les eftomacs &: les circonvolutions des in- 
teftins j des concrétions muqueufes &: rougeâtres; 
j'ai , comme vous le verrez par notre procès- 
verbal , rencontré une fois feulement une glande 
dans l'intérieur de l'intellin ileum qui contenoit 
une humeur glaireufe. 

6\ Les inteftins grêles n étoient jamais dans 
leur état naturel; ils étoient parfemés de tâches 
inflammatoires , plus ou moins confidérables ; il 
y avoir auffi quelques points gangreneux : les 
gros , &: particulièrement le reétum , étoient tou- 
jours plus afFeétés , par la raifon que vous verre?; 
dans notre procès-verbaL 



F^-0 



{ .p i^oo tiques. î < 

\ La véfkule du fiel n'a jamais rien cfFert 
de remarquable. La biie qui y étoit contenue 
étoit un peu plus épaiife Se noirâtre j cV j'avoue 
que je n'ai rien dit de cet article dans mon 
procès-verbal , non parce qu'il étoit plus elien- 
tiel à ce fujet , mais par pur oubli. 

8°, Le foie, la rate &c les reins étoient gonflés , 
&: d'ailleurs prefque dans leur état natureL 

9°j La qualité du fang étoit bien différente 
de celle que vous rapportez dans votre Mémoire, 
car elle a toujours péché par trop d'épaiffilfe- 
ment , comme il eft dit au quatrième article. 

io°, Nous n'avons jamais trouvé de vers dans 
les yeux ni dans les finus pituitaires; mais i! avoit 
régné avant cette maladie inflammatoire une ma- 
ladie vermitieufe.j dans laquelle les vers croient 
accumulés dans l'eflomac &" dans le canal intes- 
tinal , .& en fi grande quantité que cela paroi£- 
foit fort étonnant. Ces vers étoient de plufiears 
cfpèces qu'il feroit aiTez inutile de vous détailler, 
puifque les feuls qui raflent nuifibles étoient ceux 
qui rcflembloient à des aiguilles très-fines & qui 
avoient la tête noire. J'ai vu chez M. le Nor- 
mand de Mezi un Nègre qui , ayant mis fa main 
dans la fiante d'un de ces animaux qui en avoit 
beaucoup rendu , la retira couverte de ces petits 
vers qui y étoient fufpendus comme le font or- 
dinairement les aiguilles à une pierre d'aimant 
& qui lui ont fait dès l'inftant confidérable- 
nient enfler la main & le bras. Cette enflure 
n'a même paffé qu'avec des cataplafmes de rhê- 
riaque qu'on y a tenus fort Ion g- temps. 'Shgxé^ B. 

Le fiége de cette maladie , dit M. Vicq-d'Azir 
ou au moins ks principaux ravages, fe trouvoient 
encore dans les voies alimentaires. Plufieurs Nè- 
gres qui avoient communiqué avec les bêtes ma- 



ï£ Sur les Maladies 

lades , ou qui avoient introduit leurs mains dans 
le re&um de ces animaux , ont été attaqués de 
charbon : plu fleurs même en font morts. Ayant 
été confuké pour cette dernière maladie , j'ai 
envoyé fur les lieux un plan de méthode cura- 
tive , 6c j'ai appris depuis que le mal avoit 
ceiTé tout-à-fait. On s'en eft encore pris à la 
méchanceté des Nègres ; on a luppoie qu'ils 
avoient empoifonné les bsftiaux : on ôte en effet 
à l'homme elclave toutes les reifources & toutes 
les raifons de faire le bien \ mais d'un autre côté 
on le fuppofe beaucoup plus riche en moyens 
qu'il ne l'eft en effet pour faire le mal. Cette 
efpèce d'injuftice trouve des exemples dans les 
époques les plus anciennes de notre hiftoire. La 
pefte régnante à Paris cV dans plufleurs villes de 
la France, on imagina que les Juifs ^ en empoi- 
fonnant les puits &: les fources d'eau vive , en 
étoient la caufe , & on les punit rigoureufement 
d'un crime dont ils auroient peut-être été capa- 
bles (z). S'il eût été poflible., M. le Normand 

de Mezi 



(i). C'efl fans doute par inadvertance que cette idée a 
échappé à la plume philosophique de M. Vicq-d'Aiir. Nous 
pourrions en dire autant d'un pafTage dans lequel M. Paulec 
paroît incliner à penfer que l'on peut femer des maladies 
pefUlemielles avec des poudres enchantées , que l'hiftoire en 
offre malhëureufement des exemples, ■& que l'on a puni en 
Allemagne , en France , à Touloufe fur-tout , des fcélérats 
pour ce crime qu'ils ont avoué dans les tourments. 

Les aveux forcés par les tortures ne font pas des preuves. 
Nous avons vu une mère avouer qu'elle avoit empoifonné 
fon enfant, la veille de fa mort, avec une plante qui lui 
avoit été donnée par un Nègre : cet enfant infiltré dans 
toute fa fubftance étoit mort de cachexie dan-', un temps plu- 
vieux ; & en raflurant la mère , elle nous dit que le chagrin 
& la peur i'avoient fait mentir, parce qu'elle aimoit mieux 
mourir que d'être tourmentée, On ne croit plus aux forciez 



wm 



Epfyoôtîqûef. ï ^ 

de Mezi n'a point adopté ces préjugés ; il a mis 
toute fa confiance dans les foins & dans les pré- 
cautions confeillées par les gens de Fart ; il n'a 
pas eu moins à cœur les intérêts de {es voifins 
que les Cens propres , & il a eu la douce fatis- 
faction de voir [es efforts couronnés par le 
fuccës. 

En 1777^ M. Emard Millot a obfervé le char- 
bon fur fon habitation au pied de la montagne 
du Bonnet, dans le quartier de la Petite- Anfe : 
on a guéri quelques animaux , chez lefquels il 
s'eft manifefté des tumeurs au dehors , qui ont 
fuppuré à on trouvoit , fur les vifeères , des in- 
filtrations d'une humeur rouffe , 6V des traces de 
gangrène &r d'érofion qui avoient été annoncées 
par un flux dyffenterique gangreneux. Cette épi- 
zootie attaquoit les bœurs & les mulets ; elle 
fe communiquoit aux hommes, 

M. Millot nous ayant conïulté le 4 juillet 
1777, en nous envoyant l'eflomac d'un mulet, 
nous répondîmes que l'excoriation de la tunique 
veloutée de l'eftomac , étoit abfolument l'effet 
de la maladie ; que l'engorgement du méfentêre, 
desinteftins , la tenfion du re&um, annoncoient 
un état inflammatoire dyffenterique ï que les con- 
vulfions qui avoient précédé la mort étoient 
l'effet de l'irritation nerveufe, produite par la dif- 
folution acre des humeurs : nous ajoutions que 
les veflîeatoires , qui ne peuvent qu'irriter &■ dif- 



ni aux revenants. Il faut, pour l'honneur de la raifon hu- 
maine , oublier tous ces rêves de barbarie , & ne pas citer 
des arrêts pour atwfter des crimes, parce qu'on Tait qu'il y 
en a beaucoup qui ont fait gémir l'innocence. Que l'on pro* 
auife avec des poudres une maladie peftilentielle : nous le 
croirons ; mais on citeroit toutes les annales, que nous r>e le 
cromons pas. R. h. p. S, les m. é ? . t. I, p. 7 6 & 77 , 



x§ Sur les Maladies 

foudre ne convenoient pas dans cette maladie (}J. 
M. Miliot a confultè l'Ecole vétérinaire àc 
Paris, mais malgré tous les moyens qui ont été 
employés , il a "perdu plus de foixante mulets. 

Extrait de la confultation de l'École vétéri- 
naire de Paris s en date du 17 juin 177 S. 

La maladie pour laquelle on confultè n'a 
pas de rapports avec celle qui nous a été décrite 
par M. lé Normand de Mezi , 6V qui attaquok 
les mulets de fon habitation. Nous voyons ici 
des tumeurs froides &: indolentes remplies d un 
fuc limphatique abfolument fans adion, des vif- 
cères plutôt macérés qu enflammés , une limphe , 
ou plutôt une férofité répandues dans les dif- 
férentes cavités y une quantité innombrable de 
vers de toutes efpèces, non- feulement dans les 
entrailles > mais hors des inteftins , dans les voies 
circulaires 3 dans le canal torachique , &c 

Tous ces défordres font abfolument ceux de 
la maladie que nous appelons en France la pour- 
riture ou cachexie; elle eil produite par des four- 
rages lavés , vazés , fubmergés , par des plantes 
acres , cauftiques 3 &c. 

Nous la combattons avec beaucoup de, fucces 
par les martiaux , la rhubarbe , le quinquina, infu- 
fés dans le vin blanc ou des plantes aromatiques : 
la faignée eft préjudiciable dans cette maladie. 

S'il furvient "des tumeurs > percez-les de toutes 
parts jufqu'au fond avec un fer rouge ; couvrez 
enfuite la partie cautérifée avec l'onguent bafi- 
licum > fur une once duquel vous incorporerez 
un gros de mouches cantharides : lorfque les tu- 

(3). V. Méd. vétér. par M. Vitet, dafTe X, pag. f%n 




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JË>pî\ootique$. f ^ 

lueurs feront prêtes à cicatrifcr , v®us donnerez 
«n ou deux purgatifs. 

Si l'on avoit été inftruit que la maladie pou* 
laquelle on confultoit étoit une maladie ai°uë 
qu'elle étoit contagieufe , qu'elle fe commuai* 
quoitmeme aux hommes , on n 'aurait pas juge 
que c étoit la cachexie.- mais les inftruélions qSe 
I on a envoyées n étoient pas fuffifantes pouf 
taire connoître la nature de cette maladie. Il 
m facile de le tromper , quand on n'a pas l'ha- 
bitude d oblerver ; & lorfque cela arrive dans une 
conf ultation , on induit en erreur celui à qui on 
la prapofe, & on l'oblige de s'égarer avec foi. 

L Ecole vétérinaire de Paris a dit, dans les dif- 
férentes confultations qu'elle a envoyées en 1772 
*K *774 > que les détails même qui avoient été 
faits par les Médecins du Cap étoient infuffi- 
iants Ayant donc été obligée d'établir fes con^ 
ieils fur des fuppofitions , cV de les rendre condi- 
tionnels on ne doit pas être étonné qu'ils n'aient 
pas eu i utilité qu'elle aurait pu leur donner fi 
elle les avoit appuyés fur un rapport exad & 
Mdct mais en fuppofant que les confultations 
que Ion demanderait à Paris pour la Colonie 
tuflent rédigées fur des obfervations bien faites 
en luppofant que ceux que l'on confulte connoî- 
traient parfaitement toutes les convenances des 
lieux , ce qui eft difficile ; il y a toujours dans 
ces confultations lointaines le très-grand incon- 
vénient que les avis que Ion reçoit arrivent lorf^ 
que la ma adie eft éteinte, ou lorfqu'elîe a changé 
de caraékre (4). ° 

^ En examinant que, dans le temps qu'il régnoit 
a bamt-Domingue une épizootie maligne, la 

(4). Cette feule cenfidération doit faire femir le fervice q^ 

B ij 



«M 






\ Sur les Maladies 

Guadeloupe ( 5 ) &: les Provinces méridionale* 
de France fouffroîent d'une maladie qui avoit 
à peu près les mêmes cara&ères , on lent com- 
bien on étoit injufte d'attribuer cette maladie au 
maléfice : Von eft convaincu que les Nègres n'a- 
voient pas confpiré davantage que les Payfans 
de France à produire cette maladie , & l'on doit 
juger combien il étoit ridicule d'avoir pu croire 
un moment que les Nègres euflent empoi- 
fonné du chocolat , pour donner aux animaux 
les maladies charbonneufes , & qu'ils produifif- 
fent les maladies vermineufes , en faifant avaler 
des boles de viande corrompue , fur laquelle les 
mouches avoient dépoie leurs œufs» ^ 

Mais d'où vient cette fimultanéité d'effets dans 
des lieux fi éloignés & dans des climats qui pa- 
roiffent fi différents ? On dit que des cuirs ap- 
portés de la Guadeloupe à Bayonne contenoient 
les principes de 1 mfedion qui s'eft répandue dans 
la Guienne ; mais en admettant que cette after- 
tion fût bien prouvée elle ne lert pas à ex- 
pliquer pourquoi la maladie a régné en même 
temps dans planeurs îles de l'Amérique qui eprou- 
voient , comme St. Domingue & la Guadeloupe, 
les fimeftes effets d'une féchereffe extraordinaire. 
" N'eiVil pas prouvé en Médecine que les mê- 
mes maladies ont régné en même temps dans 
plufieurs pays très-éloignés? N'eft-il pas prouvé 
que les vents < qui ont tant d'influence lur la 
conftitution de l'air , ont établi , dans le même 
temps U dans différents lieux , une difpofition 
qui a été fuivie de maladies particul ières &c epi- 

l' Adminiftration a tendu à la Colonie • en lui procurant des 
élèves des Écoles royales vétérinaires de France. 

( 5 ). V. Mém. fur les mal. de la Guadeloupe , par M. 
lertini -iflipr. à la Guadeloupe, ch. J. Renaud, année 177** 



— • 






kpi\ootiques. i r 

berniques? N'eft-il pas probable, d'après cela, 
que les rapports de la conintution de l'air, établis 
dans le même temps en Europe cV en Améri- 
que par une caufe générale, ont déterminé les 
maladies épizootiques qui ont régné aux mêmes 
époques ; &: que fi nous manquons de preuves 
pour appuyer cette opinion , c'eft moins la faute 
de la nature que celle de i'obfervation (6). 

Il paroît par deux procès-verbaux faits en 1780, 
l'un en date du vingt - fept février par M. Pe- 
liiîot ,, & l'autre du vingt- neuf par M rs B. & d'A. 
que des bœufs défîmes aux Boucheries du Cap , 
&: qui avoient fans doute été furmenés, font 
tombés morts fubitement , & que Ion a trouvé 
dans leurs cadavres àcs tumeurs charbonneufes à 
l'eitomac, fur les inteftins & fur le méfentère (7). 
MM. les Adminiftrateurs avoient rendu , quel- 
ques mois auparavant , une ordonnance pour obli- 
ger les Bouchers d'aflàinir & nétoyer leur en- 
trepôt de la Petite- Anfe , & leur défendre d'y 
mettre des animaux avant deux mois , & de ven- 
dre aucune viande fufpe&e ( 8 ) ; ils écrivirent à 
cette époque au Juge de Police, en date du I er 
mars 1780 : « Nous avons l'honneur de vous en- 
voyer &• nous joignons ici le procès-verbal re- 
latif à l'ouverture , qui a été faite par plufieurs. 
Chirurgiens du quartier de l'a Petitc-Anfe , d'un 
bœuf mort fubitement fur les terres de M. De- 
court. Nous ne pourrons, Monfieur, que nous 



(O- EfTai fur î'aclion de l'air, par M. J. J. Menuret , S, 
XXXVII. ... XI, pag. y 4. 

(7). M. Buiîcn , Juge fénéchaî du Cap, a bien voulu 
nous remettre ces procès-verbaux , avec quelques autres pièces 
fur le même fujet. 

(8). V. L. & G de S. D, par M. M. D. S. M. t. V, 

B iiji 



il Sur les Maladies 

<en rapporter à ce que votre fageiTe Se votre pm^ 

dence vous fuggèreront à cet égard ». 

On fait que les fatigues 3 occafionnées par des- 
voyages longs , donnent au fang & aux autres 
humeurs une difpofition très-acre , qui peut non- 
feulement produire le mal à Butin , mais le char- 
bon : il iVeil pas étonnant , d'après cela , que les 
Bouchers du Cap perdent auffi fouvent des ani- 
maux qu ils amènent de l'Efpagnol (9) ; ils font: 
obligés y pour les faire fortir 6V pour éviter des 
droits onéreux , de les faire paiTer par des détours 
très-longs qui les excèdent d'inanition & de fa- 
tigue ; cV ils amènent fouvent dans leur entre- 
pôt des animaux furmenés , dont la viande ne 
leur paroît pas fufpecle , parce qu'ils croient qu'ils 
ne font que fatigués , &" qu ils ignorent que ces 
animaux peuvent avoir contracté une difpofition 
charbonneufe, qui peut devenir funeile même aux 
hommes ( 1 ). 

Il conviendroit peut-être de faire vîfiter les 
animaux deftinés aux Boucheries de la Colonie , 
mais il faudroit auffi que les bouchers fufTenr/ 
affujettis , fous de fortes peines , à prévenir les 
Experts nommés à cet effet 3 pour qu'ils pulfent 

■ ll j ..!■ I — ■■ — . M ■ „■■■-■- — , , — ■■ I — --■ - - .■. I ■ I ■ ■ « 

(9). Lorsque ceux qui conduifent des troupeaux d'animaux 
de la partie efpagnoîe dans la partie françoife s'apperçoivent 
qu'un animal ne peut; plus continuer la route , ils le tuent Se 
ils vendent la viande aux ateliers des habitations voifines. 
Comment empêcher qu'un Marchand cherche à augmenter 
fes bénéfices ou à diminuer Tes pertes ? Et qui empêchera 
les Nègres d'acheter de la viande qu'on leur donne à très- 
grand marché ? La police générale ne peut pas s'étendre fur 
les abus qui doivent être furveillés par la police particulière 
des habitations. 

(1). Mém. de l'Acad. des Sciences, année 1766, édir. in-ix 
de Paris, t. I, fur une mal. img. arrivée à deux Bouchers 
de l'hôpital royal des Invalides 4e Paris* 



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I rUSl - • 



Êpi^ootiques. ± j 

ouvrir les animaux morts fubitement 3 ÔV remet- 
tre leurs procès-verbaux au Juge, r au Comman- 
dant, ou au Subdélégué de chaque quartier. 



■ BUJLWtHHMIWlIHmMBM II W I H M 1 rMTlU&AMiy£!HJ»J& rmi 



OBSERVATIONS 

De M. Lompagieu-Lapole , vétérinaire bre- 
veté du Roi 3 fur fépi^octie qui régnoit 
dans la dépendance du Cap en 1780. 

Cette maladie paroît être la même que celle 
qui parcourut nos Provinces des 1744: je l'ai 
exa&ement fuivie dans la dernière épidémie au- 
tour du Mont de Marfan., d'après l'ordre du 
Subdélégué de M. l'Intendant , 6V je crois qu'il 
n'y a de différence que dans quelques fympto- 
mes qui proviennent probablement de l'influence 
du climat , 6V de la modification des caufes : 
avant que de parler des ouvertures de cadavre , je 
crois devoir donner la defeription des fymtô- 
mes de la maladie. 

Les animaux étoient trilles > ils avoient une 
fièvre considérable : il y avoit grande gêne dans 
la refpiration 3 les yeux étoient larmoyants , les 
nazeaux diftiloient une matière rouffe 6V jaunâtre* 

Des animaux , qui paroiffbient bien portants y 
étoient furpris tout d'un coup par la maladie * 
ils fecouchoient , fe relevoient fans ceife com- 
me s'ils avoient eu des tranchées , 6V ils mou- 
raient au bout d'une heure : la maladie s'annon- 
çoit quelquefois par un cours de ventre., 6V les 
animaux périfloient dans vingt-quatre heures : il 
fe formoit quelquefois des tumeurs à différentes 

B iv 



%4 Sur les Maladies 

parties du corps , &r on a fauve quelques-uns des 
animaux qui les ont éprouvées : enfin il furve- 
noit quelquefois fous la ganache une enflure qui 
les empêchoit d'avaler , ce qui les étouffoït en 
moins de douze heures. Je les ai ouverts pref- 
que tous , cV j'ai trouvé à ces derniers des phîic- 
tênes à l'arrière bouche dans la trachée artère 
jufqu'au poulmon , qui étoit enduit d'une humeur 
glaireufe &: jaunâtre : le fang étoit coagulé dans 
les gros vaifTeaux 5 les inteftins étoient d'un noir 
foncé. J'ai également trouvé dans les autres ani- 
maux que j'ai ouverts des infiltrations de cette 
humeur épaiffe & jaunâtre : le fang étoit égale- 
ment très-épais & très-noir dans les grofles vei^ 
nés autour des inteftins ; mais je n'ai jamais rien 
obfervé de particulier à l'eilomac. 

Peu de temps après mon arrivée au Cap., j$ 
fus mandé fur l'habitation Vaudreuil où je re- 
trouvai la même maladie : je fis les mêmes ob- 
(ervations fur douze cadavres que j'ouvris j ils 
avoient tous des épanchements de cette humeur 
glaireufe c\: jaunâtre que j'avois obfervée en Fran^ 
ce : les veines du bas-ventre étoient pleines d'un 
fang extraordinairement épais &r noir : je priai 
le Gérant d'une autre habitation , qui venoit de 
perdre beaucoup d'animaux , de me laitier ou- 
vrir le premier mulet malade qui fe rencontre- 
roit : l'ayant obtenu , j'en tuai un , & je trouvai 
le fang également noir &: épais dans les groifes 
veines du bas -ventre. 

M. Lapole s'élève avec raifon contre le mal- 
heureux préjugé , qui attribuoit cette maladie au 
maléfice des Nègres \ fes idées à cet égard font 
Féloge de fon jugement , & il mérite de la re- 
connoiîfance,pour avoir eu le courage de faire des 
repréfentations qui font un hommage rendu à 



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EpÎTpo tiques* 1 5 

f homme qui , avili &: dégradé dans l'état de 
l'efclavage j, n'eft pas auffî méchant qu'on pour- 
roi t le préfumer. 

M. Lapole rapporte l'obfervation d'un bœuf 
que l'on croyoit avoir été empoifonné & qui 
étoit mort fuffoqué par une orange tres-grofle, 
qui s'étoit arrêtée dans l'œfophage avec beau- 
coup d'herbes. Il avoit été aflez heureux j dans 
une pareille circonftance , pour fauver une vache 
en pratiquant l'œfophagotomie : nous obferve- 
rons avec plaifir que M. Lapole eft le premier 
Vétérinaire qui ait pratiqué cette opération avec 
fuccès ; car c'eft par accident &: lans vue que 
l'Élève vétérinaire , dont parle M. Chabert dans 
fon Traité du charbon , a ouvert l'cefophage , en 
emportant une tumeur charbonneufe , dont le 
traitement &: la guérifon font cependant hon- 
neur à l'Artifie. 

Le 17 février 1780 , je fus appelé fur une 
habitation où il étoit déjà mort plufieurs mulets > 
le propriétaire , allarmé , voyoit avec peine re- 
naître un fléau dont la Colonie s'étoit déjà ref- 
ientie précédemment. 

On me préfenta un mulet malade à huit heures 
du matin ; il fe couchoit &: fe relevoit au bout 
de quatre minutes •■> il avoit le bout du nez très- 
froid , &" le battement du cœur violent ; il agi- 
toit très-fouvent fes extrémités poftérieures , Ô£ 
reculoit en arrière chaque fois ; il avoit de l'ap- 
pétit. A quatre heures du foir je m'apperçus qu'il 
poufToit quelques foupirs , &: avoit un petit batte- 
ment de flancs. Je donnai tous mes foins à cet 
animai , mais tous mes efforts furent inutiles : je 
l'ai trouvé mort. J'en ai fait l'ouverture : j'ai trouvé 
le fan g coagulé dans les veines méfentériques; 
il étoit d'un noir foncé : j'obfervai auffi une ma- 



rmw 



\6 Sur les Maladies 

tiëre féreufe & jaunâtre , & un tubercule rempli 
de vers iur une branche de la méfentérique an- 
térieure. 

Le lendemain zg de mars , un autre mulet 
tombe malade ; il préfente des fymptômes diffé- 
rents ; il fe couchoit & fe rouloit > mais il fe 
relevoit bientôt & cherchoit à manger. De qua- 
tre en quatre minutes il levoit la tête & battoit 
du pied: je le fis prendre., & lui trouvai, com- 
me au premier 3 le bout du nez & les oreilles 
froides \ il paroiffoit faire bien toutes fes fonc- 
tions. 

Pour prendre le mal dans fon origine, 6c 
croyant le mieux obferver , je demandai à l'ha- 
bitant de tuer cet animal ; il y confentit : j'en 
fis l'ouverture en préfence de plufieurs Médecins 
cV Chirurgiens que j'avois appelés : je trouvai 5 
avec le plus grand étonnement ', le fang tout 
coagulé, noir, un épanchement dans les veines 
méfentériques d'une humeur d'une couleur jau- 
nâtre , une tumeur de la grofTeur d'une noix 
remplie de petits vers pointus prefque invifibles 
qui avoient rongé l'aorte dépendante à là fortie 
de la poitrine : il n'y avoit rien de particulier 
dans tout le refte du corps. Étoit-il poffible de 
faire quelque remède pour prévenir la mort de 
cet animal , qui n'eût peut-être pas vécu quatre 
heures de plus? 

Le 3 de mars > un troifième mulet eft reconnu 
malade le matin à fix heures. À quatre heures 
de l'aprés midi , il meurt avec les mêmes fymp- 
tômes que les deux premiers, j'en fis Fouverture, 
&:. trouvai à celui-ci fur l'eftomac un tubercule 
où étoit un feul ver long d'un pouce. Cette 
maladie attaquoit auffi les chevaux : il en tomba 
un malade à huit heures du matin : on s'en ap- 



/.jpp*^tow«. n» 



Êpî-^oo tiques. ty 

perçut à fa ganache que Ton vit un peu engorgée. 
Dans deux heures la tête lui devint monftrueufe, 
fa refpiration n'étoit pas gênée : il jetoit feule- 
ment par le nez une écume blanchâtre. 

Je lui fis des incifions fur la ganache , il en 
fortit beaucoup d'eau claire : le tiifu cellulaire 
étoit jaune : j'allai le voir dans la nuit j 8fc je le 
trouvai mort. 

J'en fis l'ouverture ; il avoit un tubercule ver- 
mineux de la grolfeur d'une noix dans l'artère 
émulgente droite : l'arrière-bouche , la trachée- 
artère étoient enduites d'une humeur jaune glai- 
reufe d'un pouce d'épailfeur. 

Le feize mars , un mulet tomba, malade 8c 
eut les mêmes fymptômes : il lui fortit une pe- 
tite tumeur qui , dans deux heures de temps 3 
devint monftrueufe : je lui fis plufieurs incifions 
auffi profondes que je le pus , il n'en fortit qu'une 
férofité glaireuie* Le 17 à midi l'écoulement 
cefTa, les incifions parurent gangreneufes. L'après 
midi 3 à deux heures , l'animal commença à bat- 
tre des flancs ; il eut la refpiration gênée , Se 
pouffa quelques foupirs j il fe coucha & fe releva 
de fuite ; il mourut le 18. J'en fis l'ouverture, 
&: lui trouvai un tubercule plein de vers fur l'ar- 
tère aorte que ces infecles avoient rongée. 

J'ai ouvert au moins cinquante mulets ou che- 
vaux tous morts de la même maladie > Se ayant 
préfenté à peu près les mêmes fymptômes ; &C 
j'ai toujours trouvé les mêmes phénomènes. J'ai 
quelquefois trouvé des vers ceftres , qui avoient 
rongé le pilore où ils étoient implantés en grande 
quantité. Quelquefois la maladie fe caradérifoit 
par une fueur abondante ., par la gêne de la refpi- 
ration avec un râlement confidérable : l'animal 
ctoit très-agité , il frappoit du pied contre terre. 



2. S Sur les Maladies 

Le n mars , à dix heures du matin, fe vis 
un mulet , fortant du pâturage pour fe rendre à 
récurie , prendre tout d'un coup la courfe & fainT 
mille bons : je le jugai malade , le trouvai fort 
chaud & finguliérement fuffoqué. Je Pai quitté 
un inilant pour aller lui préparer un breuvage ; 
je ne fus pas quatre minutes abfent , que Ton 
me vint prévenir qu'il étoit mort: je l'ouvris Se 
lui trouvai environ quatre- vingt vers rouges feu- 
lement à l'orifice- inférieur de l'eltomac : je re- 
gardai ces vers comme la caufe de fa mort. J'ob- 
fervai que cette même humeur glaireufe , trou- 
vée chez tons les autres fjjets , commençoit à 
fe former chez celui-ci, le long de la trachée- 
artère : les vers crinons , qui font dans les tuber- 
cules artériels , font rouges ; ceux qui fe trou- 
vent dans les tubercules de l'eftomac font blancs. 
M. Lapolecroit que la plus grande quantité des 
animaux périment à Saint-Domingue par les vers; 
il dit en avoir trouvé dans tous les vifeères , 8c 
chez toutes les efpêçes d'animaux qu'il a ouverts ' % 
mais que malheureufement on n'a pas encore 
trouvé de fpécifiques contre ce fléau deftru&eur. 

Les enflures qui font compliquées de vers ne 
forment pas une maladie épizootique. M. Lapole 
a tenu dans fes écuries des animaux attaqués- 
de cette maladie avec des animaux bien portants; 
il en a également vu dans les écuries des efea- 
drons de Belznnce &r de Condé en garnifon au 
Cap, & il n'a pas vu que cette maladie fût 
contagienfe. Un de fes chevaux fut attaqué d'une 
enflure qui lui entreprit tout le deiTous du ven- 
tre ; il parut guéri : mais il mourut huit jours 
après, M. Lapole trouva dans le duodénum , à 
huit pouces de l'orifice de l'eftomac , environ 
-quatre-vingt vers ceftres qui étoient implanté* 



Êpfyôoiiques. zj 

dans les tuniques de Tinteilin. Ce cheval étoit 
depuis trois mois dans les écuries du fleur La- 
pole., cV il n'avoit communiqué fa maladie à 
aucun des autres. Suivant M. Lapole , le charbon 
eft très-commun dans les plaines de Saint-Do- 
mingue ; il attaque les bœufs &: les mulets prin- 
cipalement , & il exerce les ravages lorlquil 
furvient de petites pluies après de grandes le- 
chereiîes. M. Lapole a ouvert plufieurs efpêces 
d'animaux domeiliques ^ comme des chiens , des 
chats qui étoient morts de cette maladie. ' 

M. Lapole penfe que les grandes féchereiTes 
font les caufes principales de cette maladie ; il 
croit avoir obiervé que la mauvaife qualité des 
eaux peut occafionner des maladies , & que la 
difette & le défaut d'attention de faire boire les 
animaux à la main , les expofe à des indigefdons , 
à la phtyfie fëche ; il rapporte l'obfervation d'un 
bœuf qui , venant du travail tout fuant , but des 
écumes , &: eut une indigeftion dont il le guérit. 
M. Lapole blâme fufage ©ù Y on eft de lâcher 
dans les favannes les animaux qui fortent (liants 
des cabrouets , des moulins , ou qui viennent 
de faire de longues courfes ; il dit en avoir vu 
beaucoup qui ont contracté des fluxions de poi- 
trine pour avoir été faifis par le froid, & pour 
avoir bu de Teau corrompue ou des écumes. 
Ces animaux rendoient par les narines , dans les 
derniers jours de leur maladie , une matière jaune 
fanguinolente ; ils battoient des flancs , ils per- 
doient l'appétit &: les forces, & ils périfToient après 
avoir foufrert pendant dix à douze jours. L'obfer- 
vation , que les animaux fe portent mieux dans 
les mornes qu'à la plaine , n a pas échappé à M. 
Lapole y & il attribue cela , avec raiion , aux 
fourrages , aux eaux <k à la conititutiou de l'air 




yo Sur les Maladies 

qui font meilleurs ; il fe fert de cette obferva- 
tion pour prouver que le poifon n'eft pas la 
caufe de la mortalité , parce que les Nègres des 
mornes j> dont la condition eft la même ., fe li- 
vreraient fans doute aux mêmes projets de ven- 
geance que ceux de la plaine. 

Pour répondre à la confiance des Habitants 
&" à celle du Gouvernement y dont M. Lapolc 
avoit déjà reçu une grâce encourageante , vou- 
lant ne rien négliger pour détruire les préven- 
tions que plufieurs Habitants avoient que leurs 
animaux et oient empoifonnés avec la canne à 
madère ou le quebec , M. Lapole a fait des ex- 
périences \ il a râpé de la canne à madère \ il 
fa mêlée avec du firop , &: il en a fait manger 
à un cheval deux fois par jour _> pendant huit 
jours : après ce temps , il a exprimé quatre verres 
de jus de la même plante qu'il a fait avaler à 
Tanimal ; il lui en a inje&é enfuite dans les na- 
rines , dans les oreilles , dans le fondement \ il 
a trempé des épingles & des épines dans le 
même jus , & il a piqué l'animal dans plufieurs 
endroits , parce que c'en: le moyen par lequel les 
Habitants prétendent que les Nègres occafionnent 
les enflures. M. Lapole a continué ces eflais pen- 
dant quatre jours , fans que le cheval parût ma- 
lade -, il l'a nourri enfuite pendant un mois ; il 
l'a tué après ce temps , en préfence de plufieurs 
Médecins Se Chirurgiens , &: il n'a rien trouvé 
de remarquable dans cet animal, 

M. Lapole a répété cette expérience fur ufr 
mulet , & il Fa trouvé également fain ; il a haché 
une grande quantité de quebec ; il l'a mêlé avec 
du firop. Deux mulets , fur lefquels M. Lapole 
vouloit eîfayer les effets de cette plante , ont été 
deux jours fans vouloir y toucher : mais ils en 



ont mangé enfuite pendant huit jours. M Lapolc 
leur a fait avaler à chacun quatre verres de jus 
de cette plante; il leur en a injedé dans les na- 
rines „ dans les oreilles & dans le fondement : ils 
n'ont pas paru fouffrir , & il les a trouvés très- 
iains , en les ouvrant. 

M Lapole dit que le farcin , qui a du rapport 
avec les dartres , eft auili commun fur W ani- 
maux dans ce pays , que cette dernière mala- 
die 1 eft fur les hommes. 

Il parle enfuite du mal des eaux qu'il â\t être 
une maladie très-commune fur toutes les habi- 
tations ; elle eft cara&érifée par de petites tumeurs 
grofies comme une châtaigne ; elles iont rem- 
plies par une humeur épaifîe ; elles s'uîcèrent 
oc il en fort une matière blanche , jaune & ver- 
datre 5 elles paroiiîent formées par l'épaifliffement 
de la lymphe dans les glandes cutanées. Si l'on 
guérit quelques-unes de ces tumeurs dans un en- 
droit, il en paroît de nouvelles dans un autre. 
M. Lapole , croyant que cette maladie a des 
rapports avec la maladie vénérienne dit s'être 
fervi du mercure & du cautère potentiel avec 
lucces 3 il condamne , avec raifon , lufa°-e de 
quelques Habitants qui cèlent foigneufement les 
maladies qui régnent dans leurs troupeaux ; il 
voudrait qu'il fuffent tenus de les déclarer au 
Commandant du quartier ; pour que le Gouver- 
neur put prendre les précautions convenables à 
les vues & aux intérêts publics. 

Extrait de la confultadon de V École royale 

vétérinaire. 

Le Directeur célèbre des Écoles vétérin^eç 
de Paris a repondu à M. Lapole que 1 on n e oou 



■ji Sur les Maladies 

voit méconnoître , dans la maladie qu'il regar ~ 
doit comme vermineufe , un véritable charbon i 
l'ouverture des cadavres a montré , dit M. Cha- 
bert , des épanchements de fang noir &: coagulé , 
des épanchements lymphatiques jaunes &c coagu- 
lés : ces délbrdres ne peuvent être que l' effet 
du charbon & le' produit de l'humeur qui le 



conflitue. 



C'eft cette humeur , fuivant M. Chabert , qui,, 
en agiiîant fur les organes eiîéntiels à la vie , pro-= 
duit des irritations qui occasionnent les vertiges y 
l'efpèce de frénéfie dont les animaux font atta- 
ques , ck les vers ne contribuent que peu à leur fin. 

Toutes les tumeurs que M. Lapole a obfervécs,. 
&: qu'il appelle enflures , confirment l'opinion 
de M. Chabert , & il lui femble que la gangrène 
qui iurvient à ces tumeurs ne peut être l'effet 
que d'un charbon très-malin. Les caufes qui oc- 
cafionnent cette maladie à Saint-Domingue font 
les mêmes que celles qui la produifent en France , 
des féchereiTes exceffives , des eaux de mares , 
des plantes chargées d'infectes, ckc. 

M. Chabert croit que le charbon eft enzooti- 
que à Saint-Domingue , qu'il tient à des caufes 
communes & générales , qu'il y exiftera toujours, 
qu'il fe renouvellera plutôt ou plus tard , & qu'il 
y fera plus ou moins meurtrier , tant qu'on fui- 
vra le régime a&uel , & que l'on abandon- 
nera les animaux en fueur dans les favannes -, 
qu'on les abreuvera d'eau de mare , qu'on^ leur 
donnera l'écume du fucre , qu'on les excédera 
de travail dans des temps qui ne font pas réglés 
par l'heure des repas , qu'ils feront expofés à pren- 
dre dans les favannes une nourriture dont les 
qualités varient fuivant les faifons, & qui eft 
couverte d'infe&es & d'œufs qu'ils y dépofent. 

M, 



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Ëpi^oôtiqiies. 35" 

; M. Chabert croit que les vers qu'on a trouvés dans 
les inteitins &" dans I'eftomac font dus à l'écume 
du fucre , dont les mouches font friandes &: où 
elles dépofent leurs œufs ; il croit encore que les 
indigeftions des animaux peuvent être produites 
par des écumes, &: qu'on doit les regarder comme 
une des caufes prochaines des maladies des ani- 
maux ; il voudrait ? pour corriger ces écumes , 
que l'on y mît du fei marin & des plantes amères. 

Il penfe que Ton devroit donner aux ani- 
maux une nourriture choiïie , &: en quantité 
fuffifante; qu'on devroit les panfer exactement, 
leur donner un abri convenable > une boif- 
fon pure 6V prendre des précautions avant & 
après leur exercice. M. Chabert recommande 
ïa propreté dans les abris qu'il veut que l'on faiïe 
gour les animaux b parce que les excréments 
Font expofés a une décompofition d'autant plus 
prompte , que le climat eit plus chaud ; il ob- 
ferre que dans le panfement à la main i lorfque 
l'étrille n'enlève que peu ou point de craiîé , 
l'animal a une difpofition plus ou moins éloig- 
née à la maladie; il recommande dans le panfe- 
ment de laver les jambes , la bouche , les na- 
zeaux , les yeux , l'anus , les parties naturelles avec 
de l'eau fraîche , quelquefois acidulée avec du 
vinaigre. 

Si Ton fe détermine à renfermer les animaux 
dans des écuries ou à les recevoir dans certain 
temps fous des hangars, il faut leur préparer du 
fourrage qui, fubiffant un degré de fermentation, 
détruit la plus grande partie des femences ver- 
mineufes : on ponrroit leur en donner de temps 
en temps comme correctif. 

M. Chabert veut que l'on règle l'heure du 
repas des animaux > il recommande de ne les 



m-mr 



wmmmmsmM 



^4 Sur les Maladies 

abandonner au pâturage que lorfque le foleil 
aura diffipé la roièe , & il veut qu'ils en fortent 
avant que les vapeurs commencent à fe conden- 
fer. On les fera rentrer à midi fous les hangars 
Si on leur donnera alors les fourrages fecs : on 
mettra un intervalle plus ou moins long entre le 
moment du travail &: celui des repas; 

Il faut abreuver les animaux avec de l'eau pure, 
moins chaude que la température de l'air , &c 
aiguifée avec un peu de vinaigre ou de jus" de 
citron t on peut rendre l'eau de mare moins mal- 
faifante en la battant avec des vafes 6V la bif- 
fant repofer enfuite : on peut y ajouter du vi- 
naigre , du jus de citron , de l'acide vitriolique , 
de l'eau de Rabel : il faudrait mettre les mares 
à l'abri dès rayons du foleil \ au moyen d'arbres 
touffus : il faut les nétoyer fcuvent , garnir le 
fond & les bords avec du gravier : on peut pra- 
tiquer , à quelques pieds de la mare , un baf- 
fin dans lequel on puiiTe faire couler l'eau fuf- 
fifante pour abreuver les animaux , en la faifant 
paîfer par une tranchée de communication qui 
ferait garnie de gros fable & de graviers, au 
travers defquels fe filtrerait l'eau. 

Anrès avoir indiqué les moyens de prévenir 
les maladies des beftiaux , M. Chabert prefcrit 
ceux qui peuvent les préferver lorfque les mala- 
dies exiitent i il établit enfin une méthode eu- 

rative. , 

Il recommande dans ce traitement la faignee 
dans les animaux jeunes & vigoureux, de favo- 
rifer par les véficatoires & par l'application du 
feu la' formation des tumeurs qui fe manifeftent 
au dehors , de les faire fuppurer long-temps , de 
donner quelques alexipharmaques > fuivant les 
indications , l'alkali volatil , des apéritifs incififs 



Epiï^ooriques. * e 

communs , cîes antifeptiques , l'antimoine dia- 
phorétique , i'oximel fcillitique , le nitre , le 
kina , la liqueur minérale d'Hoffman , que lorfque 
les animaux font hors de danger; il rejette du 
traitement toutes les drogues incendiaires j dont 
bn a tant abufé par ignorance dans l'épizootie 
de 1774 & des années fuivantes. M. Chabert, 
qui dit avoir tiré Tes formules de l'Ouvrage de 
M. Poupée-Defportes, recommande dans le trai- 
tement des vers l'huile empyreumatique animale, 
dont le fuccès lui a été garanti par une foule 
d'expériences. 

Malgré l'ordonnance de MM. de Valliere Se 
de Vaivre, qui enjoint d'enterrer les cadavres des 
animaux dans des lieux éloignés dans des fofFes 
profondes (1) , on trouve encore à l'entrée des 
villes 3 dans les grands chemins ., des cadavres 
d'animaux qui pourriflent fur le fol : chacun fe 
plaint de l'infalubrité de l'air ; chacun fe plaint 
du défaut de police , & on a peine à fe fou- 
hiettre aux lois les plus fages : on néglige les 
précautions qui peuvent arrêter le développe- 
ment 6V l'activité des principes contagieux. 

Les Habitants devroient enterrer les animaux 
dans un lieu clos. Les belles expériences de M. 
Vicq d'Azir fur la contagion des foiTes vétéri- 
naires, fuffifent pour démontrer le danger d'y 
faire tuer 6V enterrer les animaux dans des divi- 
fions fréquentées par les Nègres , par les chiens 
6V où l'on plante des vivres 6V des fourrages. 

Un procès-verbal fait à la Petite-Anfe en 1776 
par M. Peliflbt > ayant expofé que les Efpagnols 
- ■ 4 

(1). V. Lois & Ccmft. de St-Dom. par M. M. D. S. 
M. t. V,pag. 5 30. 

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*g Sur les Maladies 

apportaient de là viande fufpede, préparée e* 
aiguillette , pour la vendre aux Nègres qui en 
éprouvoient des maladies charbonneufes , M. te 
Commandant général ordonna provifoirement 
d'arrêter fur le port dans la ville, ou à la plaine , 
la viande qui feroit apportée par les Efpagnols y 
il follicita'le Juge de Police (£) de fe Joindre à 
lui pour prendre les mefures convenables dans 
cette circonstance, 6V il a été rendu une ordon- 
nance provifoire qui défend à tout particulier 
d'acheter, de vendre du taffeau (y) apporté par 
les Efpagnols, & de faire brûler celui qui avoît 
été apporté. Cette ordonnance a été publiée de 
nouveau en 1779 (4) ^ ur de nouvelles plaintes 
portées au Gouvernement -, & d'après une lettre 
de MM. les Général & Intendant , par laquelle 
ils prioient le Juge du Cap de faire vérifier juridi- 
quement les faits qui leur avoient été dénoncés „ & 
de donner aux conféquences qu'ils autoient ou poud- 
roient avoir toute V attention & févériié que l'intérêt 
public exige ($). 

Depuis la paix , les cargaifôns de chevaux an- 
Mois , de mulets •& de bœufs abondoient dans la 
rade du Cap. On ne doit pas douter que des ani- 
maux très rapprochés dans des navires où ils font 
expofés à être nourris avec des fourrages altérés 
&: à boire de la mauvaifê eau , même de l'eau 
de mer , arrivant d'un pays froid dans un pays 

(1). M. Efteve , alors juge-fénéchal du Cap, & aujourd'hui 
juge de l'Amirauté. m . 

(j). Le tnffeau eft une viande imbibée de jus de citron & 

defleché au foleil. .. ,, 

( 4 ) V. Lois & Conflit, de St-Doming. par M. Moreau 

àe St-Mery, tom. V. pag. 701. . 

C.0 Ext. d'une lettre de MM. d'Argout & de Vaivre a 
MM. le Procureur du Roi & le Juge du Cap, en date du 

11 décembre 177?» 




M 



Épi^oouques. 3 j 

trés-chaud , où ils ont non-feulement à contrac- 
ter l'habitude d'une nouvelle température , mais 
d'une nourriture nouvelle , ne foient très-difpo- 
fés à être malades : cette révolution leur eft fou- 
vent funefte : il en périt un grand nombre ,. &: 
cela eft d'autant plus fâcheux pour la Colonie , 
que ce commerce ne fe fait pas en denrée , mais 
en argent 5 6V que cela porte un grand, préju- 
dice à l'exploitation des manufactures. 

Le fieur Lapole , dont le zèle a toujours- été 
louable , a rapporté dans un procès -verbal du 10 
janvier 1780 , qu'il avoit vu périr une cargaifoa 
entière de chevaux anglois qui avoient été nour- 
ris avec du foin , de l'avoine &: des patates, 
échauffés. 

Il en eu. de même des mulets que tes Efpagnols 
apportent ; ils peuvent non-feulement apporter 
des maladies des. lieux d'où ils viennent ? mais 
ils font dans les difpofîtions les plus favorables 
pour en être attaqués ; & l'on ne doit pas être 
étonné d'en perdre beaucoup,, lorfqu'au lieu de 
leur donner des foins attentifs jufqu à ce qu'ils 
foient aclimatés , on leur fera fiipporter tout de 
fuite des travaux qui accélèrent la dépravation 
de leurs humeurs : nous avons vu périr en iyj6 x 
d'une plévropéripneumonie , pîufieurs mulets qui 
avoient été defeendus de bord pendant un nord: 
nous avons trouvé la plèvre & le poulmon en- 
flammés Se encroûtés de fuppuradon : les bron- 
ches étoient remplies d'une glaire fanguinotente. 

M. le Chevalier de Ladebat vient de nous mar- 
quer dans une lettre , en date du 24 avril de 
cette année : « Les pertes considérables que j'ai 
effuyées fur mes mulets n'ont point été occa- 
fîonnées par les épizooties dont pîufieurs fiicre- 
ries ont été frappées : tous les mulets que j'ai 

C iij 



■ - ■ ■ ■ 



%| Sur les Maladies 

perdus étoient tombés lentement, malgré les foins 
& là nourriture la plus abondante, dans un état 
de diOTolution qui s'annonçoit par la maigreur Se 
par la chute du poil (6). L'eau qu'on a trouvée a 
l'ouverture a prouvé inconteftablement cet état 
de diifoiution dont j'ignore la caufe : peut-être 
ces animaux , achetés à bord & alors bien por- 
tants en apparence , avoient - ils été abreuves 
d'eau de mer dans la traverfée ? Et c'eft peut- 
être à cela que l'on doit attribuer la maladie 
qui les a détruits dans les fix premiers mois (7). 

M. Millot, ajfodé du Cercle, nous a envoyé 
cObfervation fuivante. 

Les pluies ont été abondantes en mars 6V en 
avril : il y avoit beaucoup d'herbes dans les la- 
vannes , mais l'humidité k l'alternative du froid 
& de la chaleur ont été préjudiciables à des 
mulets nouveaux que j'avois achetés dans un en- 
trepôt à Limonade. ^ ../;. . 

Le z mai, à trois heures après midi, le gar- 
dien d'animaux amena un mulet qui étoit enflé 
depuis le milieu du ventre jufqu'au milieu du 
cou. L'épaule, hors le montoir, étoit extrêmement 
tendue : il y avoit dans le ventre beaucoup de 
borborygmes : on a fait des fearifications à la 
partie la plus déclive de l'enflure, 6V on a mis 
l'animal dans une écurie. L'œil étoit étmceîant , 
la refpiration un peu longue ; les fcarirkations 



(ëf). La mer brûle prefque toujours le poil des animaux, 
& ils en changent lorfqu'ih font à terre. 

(7). L'habitation de M. le chevalier de Ladebat elt au 
Camp de Louife, quartier de l'Acul : le terrain de cette ha- 
bitation elt bas , & les eaux y font mauvaifes. 






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rendoient une humeur lymphatique ou féreufe x 
<k le tiiTu cellullaire en paroifîbit rempli. 
. Je fus voir cet animal à minuit : on me dit 
qu' il avoir mangé ; il avoit fiante & uriné , mais 
il paroiflbit trifte. A cinq heures du matin la res- 
piration étoit gênée : il y avoit un écoulement 
par les nazeaux d'une humeur femblable à celle 
des { tarification s ; il mangea un peu , mais il fe 
développa peu de temps après une enflure fous, 
la ganache, & elle fut très-confidérable en moins 
d'une heure. 

On avoit fait fur les enflures une embroca- 
tion de tafia, camphré , mais je les fis. panier avec 
le fuppuratif chargé de cantharides. 

A onze heures la refpiration étoit gênée j 
les nazeaux étoient engorgés *fur tout le côté 
droit, l'enflure de la ganache ri avoit pas aug- 
menté ,. celle du poitrail étoit un peu baiffée ^ 
Jes fearifications rendoient beaucoup de férofité 
6V l'animal mangçoit un peu. 

A cinq heures du foir l'enflure du poitrail étoit 
diminuée , celle de la ganache étoit dans le même 
état., celle du nazeau droit étoit augmentée-, 
cV l'animal jetoit beaucoup d'humeur lymphati- 
que blanche filandreufe. 

Il y a eu dans ce jour un orage avec beau- 
de pluie , de vent & de tonnerre. 

A fix heures la refpiration étoit courte & 
gènèe , les flancs battoient , l'œil étoit morne , 
la tête bainee , les oreilles abattues : ranima! 
eft mort quelque temps après, 

M, Millet avoit déjà perdu trois mulets fur 
douze qu'il avoit achetés v en remplacement , le 
16 février 1787, dans l'entrepôt des fieurs Mo- 
iine à Limonade , Se il en avoit trois autres qui 
avoient du farcin, Nous avons vu chez lui, ie 

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Su* les Maladies 
io mai, une jeune mule qui avoit, depuis te 
veille , une tumeur œdémateufe confidérable fur 
r épaule hors du montoir» On avoit fcarifié pro- 
fondément cette tumeur dans toute fon étendue : 
le tiflfu cellullaire étoit jaune infiltré , l'animal 
étoit gras ; il portoit la tète haute , il avoit Vceiî 
vif: on l'approchoit difficilement*, fon pouls étoit 
lent , la refpiration n étoit pas gênée : les acci- 
dents ont augmenté peu à peu. M. Miilot nous 
écrivoit le 1 1 : « Je défefpere de ma jeune 3c 
jolie mule. La pluie qui tombe depuis plus d'une 
heure ne lui fait pas du bien -, elle eft trille, elle 
mange difficilement , la refpiration eft gênée , 
les flancs font déprimés : les vers font établis 
dans les plaies & la dévorent , fans que l'animal 
y parpilfe fenfibîe. Cet animal eft mort le la 
mai, <k Ton a trouvé à fon ouverture des infil- 
trations lymphatiques le long de la trachée-artère 
dans le médiaftin , dans le méfentêre fous la 
ganache. M. Miilot nous a rapporté que ces mu- 
lets nouveaux avoient paru bien portants pen- 
dant un mois , que c'eft à cette époque qu'il les 
avoit fait cabefter , qu'il leur avoit fait brûler le 
lampas , couper les barbes , & qu'on leur avoit 
mis , après cela, dans la bouche de l'ail pilé avec 
du fel ; ils n'ont été mis au moulin que fix fe- 
maines après , & on ne les y a tenus qu'une 
heure far vingt-quatre. 

Le mal des eaux a infecté le troupeau pendant 
l'hiver qui a été très-pluvieux , ce qui a jeté les 
mulets dans un état de maigreur &z de dépende - 
ment ., ck a fait mourir ceux qui étoient âgés (8). 

(8) Nous avons trouvé , le j juin , dans le troupeau 
•de M. Miilot, fept mulets qui avoient des gonflements fur 
les articulations avec de petits ulcères rouges : ces animaux 
avoient aulfi quelques tubercules fur la peau , cjui étoit ieche* 



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Épî^oot'ques. 41 

M. Miîlot a fait nétoyer les parcs de Tes ani- 
maux en décembre s il .leur a fupprimé tes écu- 
mes ; &. quoiqu'il y ait fur fon habitation des 
favannes allez confidérables pour changer de pâ- 
turages chaque jour, il leur a fait donner de la 
bagafle hachée avec des têtes à cannes, humec- 
tées par le moyen d'une râpe préparée avec trois 
cinquièmes d'eau , &r deux cinquièmes de firop 
brûlé i il a obfervc que les animaux préféraient la 
bagaife au fourrage vert. 

M. Milice a remarqué que les mulets font 
avides de lécher la terre qui fort de dellus le 
fucre ; &" comme il a cru que cela pouvoir les 
incommoder , ii a foin de la faire jeter 
dans des lieux écartés. Nous invitons quelques 
Chimiftes à examiner cette terre avant quelle 
ait fervi à purifier le fucre, &c après , pour con- 
naître les principes qu'elle contient , &: ceux 
dont elle fe charge. 

M. Miîlot penfe que l'eau des marres eft d'au- 
tant plus mal-faine , qu'elle n'eft que la réunion 
des eaux pluviales qui fe chargent de toutes les 
immondices des favannes où elles paifent. 

Il croit que l'alternative du chaud & du froid , 
la pluie & le foleii, l'altération des pâturages ., 
la malpropreté des animaux qui fe vautrent dans 
les cendres ou dans la pouffière, lorfquils ont 
chaud , ou lorfqu'ils font inquiétés par les mou- 
ches , font des caufes fréquentes de maladie. 

Nous obferverons que M Barré de St-Venant, 
préfident du Cercle , dont l'habitation n'eft qu'à 
une lieue de celle de M. Millot , a fait l'acqui- 
fition de vingt-quatre mulets qui ont été choifis 
au fort entre lui & M. Miîlot ; qu'il ne les a 
pas fait travailler encore , ■& qu'il n'en a perdu 
aucun. 



^ppv 



—-m^*^* 



42. 5&r /<?.* Maladies 

Les Àrtiftes vétérinaires , brevetés &c entrete- 
nus par îa Cour dans la Colonie , ont repré- 
fente au Gouvernement la néçefîité de vifiter les 
cargaifons des animaux qui font apportés par les. 
An&lois & par les Elpagnôls : mais on a été ar* 
rêré iiifquà préfent pour ordonner cette viiite, 
parce que Ton a cru qu'elle pourroit donner des 
entraves à un commerce que Ton doit favori- 
fer (9) , & que Ton a penfç qu'il vajloie encore 
mieux donner aux Habitants des initructions fur 
les précautions qu'ils doivent prendre lorfqu'ils 
ont acheté des animaux , que de rebuter les 
marchands anglois , 6c fur-tout les efpagnoh, par 
des lois conditionnelles & ex.cluiives. 

Les Nantois &: les Bayonnois apportent -fou* 
vent des vaches dans la Cclonie. Ces vaches > 
d'après les êdits de Sa Majefté &" les arrêts de 
fon Confeil , devroient être marquées d'une S. 
fur le front , &: fans cela elles ne devroient pas 
être reçues dans la Colonie. Les Capitaines de* 
vroient être tenus auffi de repréfenter un certifi- 
cat iégaliféj pour aiîlirer qu'il n'exiftoit pas de 
maladie épizootique. On devrok ufer des mêmes, 
précautions pour les animaux que les Habitants 
embarquent quelquefois , en allant en I rance > 
pour fe procurer du lait dans la traverféc : car 

(9). En iféï 4 îa Chambre d'agriculture eu Cap a folii- 
cité la permifïîon d'introduire , dans les ports où il y a un 
fiége d'Amirauté , les chevaux & mulets étrangers , la Colo- 
nie ne pouvant dès -lors fournir les animaux néceilaires à 
l'exploitation des manufactures , & ne pouvant réparer les 
pertes occafionnées par les féchereffes ou par l'abondance des 
pluies. Cette introduction eft encore plus néceffaire aujour- 




_ Èpî^ootiquèS* 4.3 

on ne doit négliger aucune des précautions pour 
empêcher le tranfport des maladies contagieufes. 

Les habitants du Cap s'étoient plaints plufieurs 
fois de rinfeclion occafionnçe par la voirie, 
qui étoit à rentrée de la ville : nous avons vi- 
fité cette voirie , affilié de M. Roulin , en pré* 
fenec de M. Defchamp , fubftitut de M. le Pro- 
çureur-général du Roi ; c\r nous y avons compté 
plus de foixante cadavres , qui exhaloient une 
odeur que les vents du fud cV de fud-oueft por- 
toient dans la ville. Nous en avons parlé dans 
notre dçfcription médico-topographique de la ville 
du Cap , dans la féance publique du Cercle du 
1 1 mai 178 y. M. Buffon , juge du Cap , a rendu, 
dans la même année (1) , une ordonnance de po- 
lice qui établit un Entrepreneur pour fairç en- 
terrer les animaux. 

Les habitants ne vendent fouvent leurs animaux 
fur les habitations > que lorfque la caducité ou 
des maladies les ont mis hors de fervice : cela 
fait que les boucheries font fouvent pourvues 
de mauvaife viande. Si Ton n étoit pas arrêté 
par la crainte de diminuer les fubfiftances , on 
pourroit établir des prohibitions contre les bou- 
chers , même contre les vendeurs : mais y a-t-il 
rien de plus dangereux que de laiiïèr vendre dans 
les boucheries des viandes fufpeétes, qui peuvent 
être une fource de maladie ? 

Comme un homme avide 6V trompeur fait 
vendre quelquefois judiciairement les Nègres ma- 
lades qu'il craint devoir mourir en fes mains, 
il y a des particuliers qui font vendre à la barre 
du fiége les animaux qui font attaqués de quel- 



1 



(1). Ordonnance provifeire de police concernait la voirie 
du Cap, du 1 feptembre 1785. 



. .. - ■ ' 



44 Sur les Maladies 

ques maladies , le fietir Lapole croit que c'eft & 
cet abus que Ton doit attribuer la propagation 
de quelques maladies contagieufes , & il a pro- 
pofc€ti 1780 , dans un procès- verbal >_ de vifiter 
les animaux que l'on voudroit vendre judiciai- 
rement. 

Les maladies charbonneufes qui font enzooti- 
ques à Saint-Domingue ont attaqué les ani- 
maux > non-feulement de la dépendance du Cap , 
mais elles ont régné épizootiquement en 177^ > 
dans les plaines du Cul de Sac & de l'Àrtibo- 
nite. M. Bouvier , maître en chirurgie , nous a 
fait connoître en 1776 que le charbon avoit 
fait périr beaucoup de boeufs à FArtibonite , 8c 
qu'il avoit foigné plufieurs Nègres qui avoient 
contracté le charbon pour avoir mangé de la 
viande de ces boeufs , que l'on avoit jetée impru- 
demment dans la rivière. 



OBSERVATION 

Par M. Auvrai fur la voracité des JS'ègres. 

1 
J'ACHETAI des Nègres à bord d'un navire 
venant de la côte d'Angole , dans le nombre 
defquels il fe trouva un Nègre & une Négrefle 
de nation Mondongue^ qui ne laififoient échapper 
aucune occaiion de manger des charognes ^ quoi- 
qu'ils RiiTent amplement nourris comme les au- 
tres. Quelques précautions que j'aie pu prendre , 
je n'ai jamais pu remédier à la dépravation de 
leur goût. 

Le Nègre tomba dans un état de maigreur Se 
de difîblution. Surveillé à l'hôpital, il commençoit 



Êvl^ootiques. ^ 
à reprendre uù peu de force j ôV fon état don- 
noir quelque efpoir de le réchapper ; mais à peine 
put -il marcher, qu'averti par un Nègre de fa na- 
tion ( qui étoit fur une habitation voiïine) , qu'on 
avoir enterré un veau dans les environs ,' il s'é- 
chappa 'de l'hôpital, fut avec fon camarade dé- 
terrer l'animal , &: en mangea tant qu'il revint 
tout enflé : peu de temps après il mourut (2). 

La Négreffe avoir le même goût pour la cha- 
rogne : on lui avoit fouvent vu manger des chats 
morts &: des rats (tous les Coiigos mangent des 
rats dans leur pays , 6V quand ils font frais ils ne 
font aucun mal). Il y a quelque temps qu'étant 
à la pourfuite de quelques Nègres marons dans 
les mornes , j'en lurpris un dans fon ajoupa oc- 
cupé à faire rôtir deux rats embrochés qui n é- 
toient ni écorchés ni vidés. 

La Négrene , après un an de Colonie , tomba 
dans un état de maigreur , & il étoit probable 
qu'elle fuccomkeroit comme le Nègre* Je me 
décidai à la faire tranfporter fur l'habitation où 
je demeure : je la fis furveiller le jour 6> la nuit; 
elle couchoit à l'hôpital. Un foir i'hofpitalière 
faifant fa vifite dans les chambres des NégreSes ' 
fut frappée d'une odeur infecte; elle chercha par- 
tout & ne découvrit rien : mais elle s'appercut 
que plus elle s'approchoit du lit de la Né\rei!e 
congo, plus l'odeur étoit forte, ce qui la dé- 
cida à chercher jufques fous la pailla lie , ou 
elle trouva deux rats morts depuis plufieurs jours, 
pleins de vers j elle en avoit déjà mangé un[ 
& fe propofoit de manger les deux autres dans 
la nuit. J'ai fait redoubler de foins pour lui faire 

(0- Il paroît que les Bambaras de la côte d'Or , & les 
Mcndongaes de fa côte d'Angole font les plus carnivores.' 



■n 



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^6 Sur les Maladies 

perdre cette habitude : je ne fais fi j'ai réuffi i 
mais elle eft parfaitement bien rétablie & dans 
le meilleur état. r 

ïï y a peu d'habitations où l'on ne trouve de 
femblables exemples , fur-tout fi on fuivoit de 
près les Nègres qui tombent dans la maigreur 
êz la diiTolutiom 

En Tannée 1773 , lé navire le Pacifique , armé 
au Havre de Grâce , expédié pour traiter à Juda, 
cote d'Or, faifant fon retour au Cap-François, 
île Saint - Domingue relâcha à l'île du Prince. 
Deux Nègres Bambaras s'échappèrent, & au bout 
de trois jours furent trouvés à fe régaler d'un 
vieux cheval mort depuis plufieurs jours & à 
moitié pourri. De ces deux affamés carnivores, 
un mourut la même nuit , l'autre furvécut à fon 
camarade fept jours , & finit fa carrière le hui- 
tième, après avoir mangé dans la nuit la ration , 
en lard falé , de 40 hommes d'équipage.^ 

M. Duport-Dutêrtre , alors chirurgien à bord 
dudit navire , fit l'ouverture du cadavre ; il trouva 
un ulcère gangreneux à l'orifice fupérieur de i'ef- 
tomac, de^la grandeur d'un double efcalin, tk un 
mi autre dans le fond de ce vifcère. 

Extrait des Obfervations fur Vefclavage des 
Noirs a Saint-Domingue , par M. Robert- 
Coël s habitant l'Aile , envoyées au 
Cercle le 28 mai 1787. 

Je voudrais peindre le cara&ère des Nègres de 
la Côte , mais leur pays eft partagé en quantité 
de petites nations qui ont chacune une nuance 
qui les diftingue , ce qui m'entraîneroit dans un 
long détail, qui fouvent feroit trop minutieux: 






I . » .k t *pi\oonqués. jj 

Je ferai feulement remarquer que chez les Nègres 
d'Angole un homme fe croiroit avili s il culti- 
voit la terre & que ce- foin cft tout entier aban- 
donne aux femmes , ce qui rend les Nègres de 
cette Cote parefleux, peu iufceptibles de devenir 
cultivateurs, ^ils ne font point amenés jeunes 
dans nos Colonies ; qu'ils font très-ivrognes 3c 
que le vol chez eux , loin d'emporter fmfiimie 
vit une marque d àdrefe pour celui qui l'exerce av^c 
(ucccsî qu e le Nègre de la côte d'Or cil auffî ivrogne 
c^ voleur, mais plus propre à h cultures ou en 
-gênerai tous les Nègres font indolents , ayant peu 
de befoins, de la plus grande indifférence far les 
aifances & hs commodités de la vie , aimant 
avec voracité f principalement les Nègres Bam- 
baras ) toutes fortes de viandes , même infcdées 
& facniiant jufquà leur fanté pour fe fctis&îre. 
J ai ^ vu un de œ$ Nègres fur une habitation 
dont ) etois chargé , attiré par l'odeur deteftable 
du cadavre d'un chien qu'on avoit foupeonné en-* 
rage , .& qu'on avoit tué le dimanche , l'aller 
chercher le jeudi au milieu des joncs d'un marais 
ou on l'avoit caché , fiç le man-er demi-çrillé 
iurdes enarbens : auffl a-t-il payé cher ce repas 5 
il eu mort deux jours après, enflé à faire hor- 
reur malgré tous les remèdes qu'on lui donna 
pour 1 évacuer , & ce n'étoit point le befoïn qui 
I avoit contraint , ayant des vivres en quantité 
iurl habitation : il y avoit déjà plus de fi* ans 
quil etoit dans le pays far cette même habi- 
tation. 



Ai 



a% Sur les Maladies 

Extrait d'une let re de M. Paulet , maître 
tn chirurgie au Terrier-Rouge. 

Vous defirez , Moniteur , que je vous fàfte part 
des accidents arrivés aux Nègres qui ont mange 
de la chair des animaux morts du charbon. 

En 1776 , j'ai été appelé chez M. de Vailly , 
habitant aux Fonds-Blancs , pour voir un Nègre 
qui avoir fur la joue gauche un pouu charbon- 
neux , avec un gonflement confiderable a la lace, 
au cou & à la poitrine. Je demandai a ce Nègre 
s'il avoir mangé de la viande de quelques ani- 
maux morts de maladie ; il héhta a m en taire 
l'aveu : enfin il me dit qu'il avoit mange un 
morceau de bœuf mort , mais que c etoit un 
morceau de cuifle , & que le fiege ae la maladie 
étant dans le ventre , il n'avoir pas cru que cela 
pût l'incommoder. J'ai traité ce Nègre , & il a 

guéri. , iT , !..„/;, 

Dans la même année quatre Nègres dune fu- 
crcrie , au Terrier-Rouge , déterrèrent un mouton 
& le mangèrent. Un de ces Nègres fut atteint 
d'une humeur charbonneufe au vifage , ^mou- 
rut ; un autre eut le ventre affedé & petit : dans 
quatre heures de temps , dans des convulhons 

horribles. . '=, * « u 

Avant vu mourir plufieurs Nègres du charbon 
fur l'habitation BrethouX , je dis au gérant que 
l'atelier avoir infailliblement mange des boeuts 
qui mouraient fur l'habitation ; il fit cies recher- 
ches &r trouva dans prefque toutes les cales a 
Nègres de la viande qui étoit dans la plus grande 

CC Un P parriculier de cette paroifle , qui fait le 
commerce des bétcs à cornes , a perdu fubite- 



mmmm 



! - ■ ■ 



Êpfyootiques. 4^ 

tnênt un Nègre dans le mois de mai 1787. J ai 
été appelé dans le même temps pour voir un 
Nègre qui étoit fans connoiûance , couvert d'une 
fueur froide, &: qui eft mort deux heures après. 
Plufieurs Nègres de la même habitation fe trou- 
vant très-incommodés , &: craignant de futur le 
même fort , nous ont avoué qu'ils avoient mangé 
de la viande des bœufs morts dans la favanne 
commune, &" qui n avoient pas été enterrés. 

Le charbon régnoit encore à f Artibonite en 
1783. M. Gelin, élève diftingué de l'École vété- 
rinaire de Paris & entretenu dans la Colonie, 
a donné pour l'habitation Cibcr une confultation 
dont nous allons rapporter l'extrait. 
^ Sur les renfeignements qui ont été donnés , M. 
Gelin a reconnu que la maladie pour laquelle on 
le confultoit étoit le charbon \ il établit d'abord 
que cette maladie fe manifefte de plufieurs ma- 
nières , qu elle attaque les animaux les plus pras 
êc les plus forts , &: que les effets en font fi 
prompts j qu'il y a peu d'animaux qui en réchap- 
pent- 

Le charbon fe divife en extérieur qui eft moins 
dangereux, &: en intérieur qui eft prefque tou- 
jours incurable : on reconnoît le charbon exté- 
rieur à une ou plufieurs tumeurs , plus ou moins 
volumineufes, qui furviennent indiftinétement fur 
toutes les parties j après un mouvement fébrile > 
&: qui parviennent a leur accroiffement dans Fef- 
pace de cinq à fix heures. Ces tumeurs font fou- 
vent cedémateufes , douloureufes èV infiltrées 
d'une férofité roulTâtre très-corrofive : quelque- 
fois la gangrenne apparoît avec la tumeur. 

Le charbon intérieur fe manifefte par l'air 
trifte , la tête baffe , le refus des aliments 3 le 

D 




i^ 



emma* 



a» 



j$$ Sur les Maladies 

froid des oreilles &: des extrémités > l'inflamm^ 
tion de la bouche & de la membrane pitui- 
taire , par des coliques : le malade fe lève , fe 
couche * regarde fon flanc j il fe livre quelque- 
fois à des mouvements effrénés , &" il meurt plus 
ou moins promptement dans les convulfions , 
fuivant que le charbon affecte des vifcères plus 
ou moins eflentiels à la vie. 

L'ouverture des cadavres montre des extrava- 
fions d'un fang noir enflammé avec des points 
gangreneux entre cuir & chair : les vifcères du 
bas-ventre font enflammés , gangrenés , &: l'on 
.y trouve des excoriations , des déchirements , 
des infiltrations d'un fang noir épais , d'une fé- 
rofité rouflatre , des épanchements de fang dans 
, les inteftins , des tumeurs plus ou moins consi- 
dérables aux environs des reins , les vifcères de 
. la poitrine , les membranes du cerveau engor- 
gées d'un fang noir & fortement enflammé. 

M. Gelin établît un traitement préfervatif Ô£ 
un curatif. Dans le premier, il veut que Ton in- 
terdife toute efpèce de travail aux animaux ex- 
pofés à fépizootie , que Ton diminue la moitié 
de la nourriture , qu'on les abreuve avec une 
eau pure acidulée 6V une eau blanche nitrée , 
qu'on les panfe à la main , qu'on les bouchonne 
le matin &" le foir j qu'on les renferme depuis 
neuf heures du matin jufqu'à quatre heures après 
midi pour éviter l'infolation , qu'on leur ôte les 
écumes ( 3 ) > que l'on pratique trois ou quatre 

tm m 1 1 1 i. .1. „ , 1 . ■ 

( 3 ). Je crois que l'habitude où Ton eft de tranfporter 
à toute heure des écumes dans les bacs & chaudières desti- 
nées à mettre les têtes à cannes hachées , ou les herbes 
deftinées pour les animaux, eft dangereufe., fur-tout cjuand 
ces bacs & chaudières ne font pas couverts. La chaleur du 
foleil excite une très-prompte & forte fermentation : il fe 



«■ 



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^^fl^WHHR 



Êphçootiques. m \ 

faîgnées à un ou deux jours d'intervalle , fuivanc 
les indications ; que Ton applique un féton , & 
que Ion y entretienne la fuppuration jufqu'à ce 
quelonn ait plus à craindre l'invafion du charbon. 

Dans le traitement curatif , M. Gelin veut 
qu'on fépare les animaux fains des malades, 
ôc que Ion tienne ceux-ci à la diette , quoiî 
leur donne de l'eau blanche cV acidulée avec le 
vinaigre. Il faut pratiquer de larges inciiions fur 
les tumeurs: on les cautérifera, on appliquera 
des fuppuratifs animés par les vefficatoires. La 
faignée doit être proferite à cette époque , ôc 
ï on ne doit employer des purgatifs que lorfque 
les plaies font prêtes à fe cicatrifer. 

Si nous connoiffions bien toutes les caufesqui 
peuvent produire les maladies charbonneufes 
nous dirions pourquoi elles fe manifeftent dans 
des lieux différents , pourquoi elles paroiflent fe 
calmer dans un temps pour reparaître dans un 
autre : nous pourrions taire eonnoître leurs rap- 
ports avec d'autres maladies , & pourquoi elles 
régnent fur une habitation , tandis que les ani- 
maux des habitations voifmes font attaqués par 
d'autres maladies , comme nous lavons obfervé 
au Quartier-Morin & à la Petite-Anfe. 

La morve , cette maladie terrible , n'eft con- 
nue à Saint-Domingue que depuis quelques an- 
nées. M, Lapoiie croit qu'elle a été apportée 
en 1780 par des animaux étrangers, & il dit 
cju il l'a obfervée pour la première fois dans les 
écuries du S. L. voiturier public au Cap, qu elle 



dégage beaucoup d air fixe qui, par fa pefanteur, refte dans 
ces bacs ou chaudières , ce qui peut contribuer à occafionner 
des maladies, peut-être même des épidémies. Note communi- 
que* par M. Auvray, 

D ij 



wm 



*am> 



Si Sur les Maladies 

a été communiquée aux animaux des Pères dô 
la Charité à l'hôpital du Roi ; qu'elle a paffé 
de là fur les habitations du quartier Monn àc 
de la Petite-Anfe. ^ t 

Suivant les obfervations du révérend père Sé- 
raphin , fupérreur de la Charité du Cap - Fran- 
çois (4; , les mulets attaqués de la morve ont 
l'air trifte , la tête baffe , les oreilles tombantes t 
l'oeil morne , le poil hériifé , les flancs leur bat- 
tent ; ils maigriifent : les glandes de la ganache 
fe gonflent , l'humeur qu'ils rendent eft rouifâ- 
tre &: prend de jour à autre la coniiftance de 
pus \ elle fort en gros flocons avec une expira- 
tion bruyante -, ils mangent bien : il eit iurvenu 
un gonflement au poitrail ou au fourreau à quel- 
ques-uns : à la dernière croque > les extrémités 
ie gonflent , fe gercent & il en fort une eau 

îviante 

Tous les remèdes ont été inutiles , les faignées 
&c les purgatifs ont accéléré la mort. Les fu- 
migations , les cautères , les fêtons ont paru la 
retarder (5). Tous les animaux que l'on a tenus 
enfermés font morts plutôt : il n'y a eu que 
quatre chevaux attaqués ; & il n'en eft mort 

qu'un. \' '. 

Les organes de la refpiration etoient iains, 
ainfi que ceux du bas-ventre : mais la mem- 
brane pituitaire ètoit gonflée , ulcérée, & les cor- 
nets détruits : la morve de Saint - Domingue , 
fuivant le R. P. Séraphin , eft plus meurtrière que 
celle d'Europe. 

M. Gelin , qui a obfervé cette maladie dans 



(4). Extrait d'une lettre, datée de l'hôpital du Roi, du 
*7 avril 1787. 

(j). V.^Méd. vét. Ciafc VI. pag. 818. 



Eprçootique*.. f * 

plufieurs quartiers où il a foigné un grand nom- 
bre d'animaux , a préfenté à MM. les Adminif- 
trateurs un mémoire dont nous allons donner 
l'extrait. 

Extrait du mémoire de M. Gzlmfurlamorvf. 

La morve eft une maladie trës-eontagieufe 5 
elle eft ordinairement fporadique en Europe: 
nous croyons, qu'on pourroit lenvifager à Saint- 
Domingue comme épizootique. Cette maladie 
n a commencé à paroître., dans la plaine de la 
dépendance du Cap v que vers le milieu de Tan- 
née 1784 ; elle s'eft manifeftée denuis cette épo- 
que fur plufieurs habitations. 

Cette maladie s'eft portée principalement fur 
les mulets ; nous l'avons cependant obfervée fur 
quelques chevaux. 

On fait par fhiftoire des épizooties qu'il y a 
des maladies qui n'attaquent qu'une feule efpëce 
d animaux, comme il y en a qui fe communi- 
quent a toutes les efpèces. 

Les mulets travaillent beaucoup plus que les 
chevaux : les fatigues exceffives qu'ils éprouvent 
leur occafionnent des fueurs abondantes , des dé- 
perditions confidérables : le fang s'épaifîït ; k$ 
humeurs s'apauvriiïent ; ils contra&ent des "dif- 
politions à plufieurs maladies , & ils font plus 
iulceptibles à fadion des principes contagieux. 

S il eft difficile de connoître les caufes des 
maladies des animaux,, il ne l'eft pas moins quel- 
quefois de prononcer fur leur cara&êre & fur 
leurs fuites : c'eft ce qui nous a infpiré de la 
relerve a l'invafion de cette maladie ; &: quoique 
nous viffions une analogie parfaite entre les fymp- 
tomes quelle nous préfentoit 6V: ceux que nous 

D iij 



*S#.4 



«4 Sur les Maladies 

avions obfervés, en 1780, fur un très-grand nom- 
bre de chevaux, à Beaumont fur Oife^ nous 
n'avons pas cru devoir prononcer fur fa nature 
& fur fon efpèce , jufqu à ce que nous ayons été 
inftfuits par l'obfervation & par l'ouverture de» 
cadavres. 

La morve en Europe eft une maladie chronique * 
elle eft au contraire très-aiguë à Saint-Domingue* 
M* Vitet dit avec raifon que les progrès de cette 
maladie font plus prompts dans les mulets que 
dans les chevaux (6). Nous penfons auffi que ces 
progrés font plus rapides dans les pays chauds 
que dans les pays tempérés. 

Les Nègres ne s'apperçoivent que les animaux 
font malades que lorfqu ils commencent à jeter* 
Le flux s'établit ordinairement par les deux na- 
seaux. La matière de ce flux eft un pus bien 
formé, dont les qualités paroiifent dépendre de 
l'état des fujets & de leurs humeurs. Les malades 
tombent dans un état de maigreur confidérable. 
l'intenfité des fymptômes de cette maladie Se 
leur rapidité nous ont fait douter pendant quel- 
que temps de fon véritable caractère : nous avons 
foupçonné que c étoit une péripneumonie maligne 
compliquée d'ulcères chancreux, femblable à celle 
qui a régné à Paris en 1769 (i) ; & comme elle 
âttaquoit des animaux très-jeunes , nous avons 
cru aufïî qu'elle pouvoit être regardée comme 
un flux critique & néceflfaire à la dépuration des 
humeurs, comme cela a lieu dans la gourme, 
la'fauffe gourme , la pleuréfie , la péripneumonie , 
la morfondure* 



(6). Méd. vérér, par M. Vitet, cl. VI. mal. eva^. p. 814. 
(7). Mém. de la S, R. de méd. année 1775, pag. 3^* 
* 3*7- 



JM 



■ ■■ il JUI 



rLpi^ootiques. ^ » 

Enfin les faits ont fixé notre opinion ., &■ lorf- 
que nous avons été affurés que cette maladie étoit 
la morve, nous avons infifté fur la néceffité ab- 
folue non-feulement de féparer les animaux fains 
des fujets malades, mais encore de tuer ceux-ci., 
pour arrêter les progrés de ce fléau redoutable. 

Rien n eft plus incertain que le fiége de la 
morve. Les Auteurs qui ont écrit fur l'hyppiatrique 
ne font pas d'accord : les uns font placé dans 
le foie, les autres dans la rate, d'autres dans les 
rejns, quelques-uns dans les poumons, d'autres 
dans le cerveau. M. LafofTc père , en 1749 ■ pré- 
tendit démontrer que le fiége de cette maladie 
étoit dans la membrane pituitaire. M. LafofTe 
fils adopta ce fentiment : mais M. Chabert croit 
que le fiége de cette maladie eft dans le fang. 

Il eft bien vrai que la membrane pituitaire eft 
toujours plus ou moins affedée dans la morve., 
quelle paroît fouvent la feule partie attaquée.; 
mais les défordres obfervés dans le cerveau , dans 
les vifcéres du bas-ventre, dans la poitrine par- 
ticulièrement , f emblent annoncer que cette ma- 
ladie dépend de la perverfion des humeurs , & 
nos obfervations nous portent à adopter l'opi- 
nion de M. Chabert. Nous penfons que fi la 
morve fe cara&érife toujours par l'écoulement 
des nafeaux , c eft parce que l'étendue de la 
membrane pituitaire, la foiblefle de fa tiffure 
&: le nombre de ks glandes offrent à l'humeur 
morbifique une iifue plus favorable. 

Les recherches qu'on a faites pour découvrir 
la nature du virus morveux , obtenir des notions 
fur les caufes qui peuvent fe développer , & fur 
la manière dont il fe tranfmet , ont été jufqua 
préfent infru&ueufes. On a regardé en Europe 
comme une des principales caufes de la morve 

D iv 




■mu 






j6 Sur les Maladies 

la mauvaife qualité des eaux &: des fontrages s 
mais nous ne pouvons l'attribuer à cette caufe 
dans ce pays , puifque la conftitution des faifons, 
depuis mil fept cent quatre-vingt y ne paroît pas 
avoir apporté d'altération fenfible aux pâturages 
dont les animaux fe nourrirent habituellement, 
comme on enobferve dans les longues féchereflfes, 
ou îorfque les pluies ont été abondantes , ou dans 
les alternatives de pluie &c de féchererfe > conf- 
titution qui paroît favorifer particulièrement le 
développement du charbon. 

On ne panfe jamais les animaux à Saint-Do- 
mingue. On lâche dans les favannes les animaux 
fuants qui fartent du travail 5 ils font expofés à 
recevoir des ^r^ins de pluie tk à fouffrir des fup- 
preffions de tranfpiration , par rimpreffîon d'un 
air froid cV humide : les aliments qui les^ nour- 
rirent ne réparent pas les pertes occafionnées par 
des travaux exceffifs, ce qui doit produire lépaif- 
fixement & l'arrêté du fang cV de la limphe. 

Nous avons obfervé au quartier Morin, fur 
une habitation où la morve a fait des ravages 
' confidérables (8) que cette maladie prenoit de 
I'intenfité, fe développoit davantage, 6V avoir 
un caradère plus aigu dans le temps des roulai- 
fons , Iorfque les animaux fatiguoient beaucoup, 
&: lorfqu'ils communiquoient plus entr'eux au 
moulin ou au cabrouet. 

Mais toutes ces caufes ont exiflé dans tous 
les temps à Saint-Domingue , &: fi elles favo- 
rifent le développement de la morve, elles ne 
fuffifent pas pour produire cette maladie > qui 



(g). L'habitation die M. Lefevre. Cette habitation a persil 
plus de deux cent mulets depuis trois ans , malgré tous les 
foins d'une adminiftration très-attentive. 



, — 



■~ 



99 



Êpi^ooriques. j7 

auroit été connue , fans cela , bien long-temps 
avant l'époque dont nous avons parlé. 

Nous penfons que la morve a été apportée 
dans la Colonie par des chevaux ou des mulets 
étrangers. Les Habitants ont été jufquà préfent, 
en achetant des animaux apportés par les Ànglois 
ou par les Efpagnols , dans une fécurité dange- 
reufe ; mais les pertes qu'ils éprouvent devraient 
les décider à n'introduire dans leurs favannes 
des animaux nouvellement exportés 3 qu'après les 
avoir fait vifiter. 

Comme il eft très - difficile de connoître les 
caufes de la morve , &" que nous ne pouvons 
en examiner que les effets & les fymptômes , 
nous décrirons avec exactitude ceux que nous 
avons obfervés , & les lignes qui peuvent la faire 
diilinguer des autres maladies avec lefquelles 
elle a des rapports. 

Tous les chevaux ou mulets qui jettent ? ne 
font pas attaqués de la morve : mais ceux qui 
font atteints de cette maladie jettent néceiTaire- 
ment, &: dans ce cas les glandes de la gana- 
che font gonflées , & Ton obferve des chancres 
fur la membrane pituitaire. 

Nous avons obfervé , avec M. Chabert ,, trois 
degrés dans la morve. Dans le premier , rani- 
mai a un air trifte , abattu ,, l'œil morne , la tête 
baflfe , le poil terne , la bouche &: la membrane 
pituitaire très- enflammés , les urines crues: le 
flux s'établit ordinairement tout de fuite par les 
deux nafeaux : la matière efl: blanche , vifqueufe 
&: s'attache à l'orifice des nafeaux: les glandes 
limphatiques de la ganache fe tuméfient ordi- 
nairement ; elles font mobiles & fans douleur : 
cet engorgement précède quelquefois le flux* 
mais ordinairement il lui fuccède. 



tmmmmm 



mm4 



58 



Sur les Maladies 



Dans le fécond degré , tous les fympômes pren- 
nent de l'intenfité ; cela arrive ordinairement du 
cinq au feptième jour : les malades tombent dans 
le marafme 5 la membrane pituitaire fe bourfou- 
fie ainfi que le cartilage tranfverfal des nafeaux ? 
les glandes de délions l'auge deviennent quel- 
quefois douloureufes , le pus qui découle des 
nafeaux eft très -abondant 5z plus vifqueux : il 
eft fouvent grumeleux &: jaunâtre 3 il tombe par 
flocons , il devient acre & corrofif , il ronge Se 
détruit la tiflure des parties qu'il touche : on 
voit alors les chancres qui paroirfent fur les pa- 
rois du cartilage mitoyen clés folles nafales ; le pus 
étoit fi correi-if dans plusieurs fujets 3 que nous 
avons vu le cartilage percé , rongé cV prefque 
entièrement détruit : les yeux fe fluxionnent , 
les larmes font épaififes &: purulentes ; elles cou- 
lent le long du chanffrein. Nous avons obfervé 
dans plufieurs animaux que les os angulaires & 
la partie fupérieure des os du nez étoient , pour 
ainii dire, foulevés , & qu ils rendaient, ainfi que 
les zygomatiques , lorfqu'on les frappoit ., un fou 
lourd qui annonçoit la quantité du pus contenu 
dans l'intérieur des finus. 

Enfin , vers la fin de la maladie , que nous 
appelons le troifième degré , les ulcères chan- 
creux s'agrandirent , la refpiration devient labo- 
rieufe.: on entend un râlement confidérable , 
comme celui que l'on obferve dans les chevaux 
cornard ou halley : le pus devient verdâtre , fan- 
guinolent , très - fétide : il furvient quelquefois 
des hémoragies confidérables : la fièvre fe déve- 
loppe du quinze au vingt : le battement de flanc 
a lieu j & les animaux périment. 

L'ouverture des cadavres nous a montré la 
membrane pituitaire ulcérée , entièrement dé- 



Ëpz^ootiques. < 9 

truite dans la partie iupérieure des foiTes nafales 
fk dans les fi nus. 

Nous avons quelquefois trouvé cette membrane 
enflammée &c ftrppurée , les finus frontaux maxil- 
laires &: zygomatiques remplis d'un pus femblable 
à celui qui fiuoit au dehors , le cerveau molaire, le 
plexus choroïde engorgé , les ventricules pleins 
d'eau rouffe, les glandes (pinéale & pituitaire) 
engorgées éV abfcédées ; les glandes dudeifous^ 
la ganache & les tyroïdes plus ou moins engor- 
gées ; les poulmons remplis d'hydatides , de "tu- 
bercules 6V de points blanchâtres répandus fur la 
furface de ce vifcére & fuppurés, : les appendices 
fur-tout nous ont paru fortement afFeclés : nous 
avons trouve les glandes bronchiques d'un vo- 
lume comfidérable &" fuppurées : les bronches &c 
la trachée-artère contenoient quelquefois du pus: 
les glandes axillaires nous ont paru fouveht en- 
gorgées , ainfi que les glandes méfentériques que 
nous avons trouvées piufieurs fois fuppurées , fur- 
tout chez les fujets'farcineux. 
^ Voilà à peu près le réfultat de nos obferva- 
tions depuis l'année 1784 jufqu en 178 y ; mais à 
cette époque, nous avons obfervé un change- 
ment notable dans le développement de la ma- 
ladie. 

Nous avons peu vu d'animaux qui n'aient 
éprouvé , avant que d'être attaqués de la morve , 
des claudications plus ou moins fortes & plus ou 
moins longues , fans aucune apparence de tu- 
meur % d'engorgement , d'inflammation , ni d'au- 
cune léfion extérieure ; elle eft furvenne à d'autres 
a la fuite d'ulcères chancreux , carcinomateux 
qui environnoient la bouche , particulièrement 
lacommiflure des lèvres, & s'étendoient fur les 
mufcles maxillaires , fur les reïeveurs de la lèvre 



M 



a** 



60 Sur les Maladies 

antérieure , fur les malfeters , fur les milohioidiens 
&: fur le menton. Ces ulcères commençoientpar 
une tumeur dure , circcnfcrite , indolente , re- 
nitentej fur la furfaee de laquelle s'élevoient 
plulieurs petits boutons remplis d'un pus fétide, 
ichoreux , cV qui ? par fon extrême âcreté , ron- 
geoit la peau cV fermoir des efearres confidéra- 
bles : nous avons vu la morve fuccéder au farcin., 
&: fe compliquer avec cette maladie , fans que 
la mort furvînt plus promptement. Quelques ani- 
maux , qui avoient le mal des eaux , ont été 
attaqués de la morve (9), &: les ulcères ré- 
pandus fur tout le coros fe font deflechésj lcrf- 
que le flux a été établi. Nous avons obfervé fur 
une habitation du quartier Morin , que le plus 
léger accident fiiffifoit pour déterminer cette ma- 
ladie formidable. 

TRAITEMENT. 



On n'a guéri en Europe qu'un très-petit nom- 
bre d'animaux attaqués de la morve, &: cena 
été encore que lorfque la maladie étoit dans 
fon principe, & lorfqu'eile n'avoit aucune com- 
plication. 

Nous n'avons pas vu un feul animal , depuis 
iyBj, qui eût la morve, fans complication: 
toutes les tentatives que nous avons pu faire ont 
été inutiles , & nous regardons cette maladie 
comme abfolument incurable. 

Nous avons employé j fuivant les indications , 
la faignée , les délayants , les tempérants , les 
antiphiogiftiques , les apéritifs , les fumigations 



(9). V. ci-après une confultation fur le mal «les eaux pa* 
M„ Gelin, p. 



,,±4*4^ ■ -^umamBi 



A il 



Êpi^ootrques. Gz 

èmolientes ou acidulées avec le vinaigre , \q$ 
fumigations avec le camphre, le lucre brut. 
Nous avons ajouté de leaiTde chaux (i, dans les 
boiflbns délayantes cV iudorifiques : nous avons 
adminiitré lalkali volatil tiuor 6c concret à 
forte dolè [z) : nous avons touché les ulcères 
chancreux avec l'eau phagédenique : nous avons 
fait des injections adoucnlàntes , des déteriives: 
nous avons appliqué des cataplafmes émolients, 
des emplâtres fondants fur les glandes engor- 
gées : nous avons appliqué des veilîcatoires , mais 
nous avons obferve , avec M. Chabert , qu'ils 
hâtoient la fin des malades. Nous avons tenté 
l'opération du trépan fur les finus frontaux & 
maxillaires pour pouvoir déterger les ulcères de 
la membrane pituitaire par des injections ; mais 
nous n'avons obtenu aucun fuccès : nous n'avons 
pas voulu eiTaycr les vapeurs de l'orpiment re- 
commandées par M. Vitet (5 j , dans la crainte de 
quelques accidents fur les Nègres. 11 y a beau- 
coup d'autres remèdes qui ont été employés inu- 
tilement contre la morve : on peut confulter à 
ce fujet la Matière médicale de M. Bourgelat (4) 
& un ouvrage de M. Huzard ( 5 }., vétérinaire 
recommandable par fon zèle & par fes lumières > 
aflbcié nationnal du Cercle. 

Les Nègres font pareiTeux , négligents &: mal- 
adroits : on ne peut pas compter fur l'exécution, 
des foins &: des précautions dont on les charge 
dans le traitement des animaux ., & c'eft une des 
■ 

(1). Mém. de la S. R. de méd. année 1779 , p. 261 & C 
(z). Mém. de la S. R. de méd. L. Ci * * 
(3). Méd. vétér. pag. 119. 
(4). Pag. ijj & i$£. 

(5). Notice des principaux HipiaOres qui ont traité de la 
»©rve, tâétie dans le Journal de méd. en mai 178*. 



aftjtf 



61 Sur les Maladies 

caufes qui contrarient le plus les fuccès que Ton 

pourroit obtenir. 

Moyens prophylactiques. 

Si la morve fe déclare fur une habitation , 
il faut s'aflujettir à vifiter le troupeau trois fois 
par jour avec exactitude. 

Dès qu'on appercevra le moindre flux chez 
un animal , on le féparera fur le champ , &: on 
le tiendra enfermé jufqii à ce que la maladie pa~ 
roilTe caractérifée. 

On doit conftruire la café deftinée à fervir 
d'hôpital dans un lieu fous le vent : cette caic 
doit être bien aérée , fablée & -garnie d'une man- 
geoire avec un râtelier. 

On ne laifîera entrer aucun animal fain dans 
cet hôpital : les brofles , les étrilles , les cornes , 
les bouteilles j les licols , les épeiiins , les bailles ., 
les feringues , enfin tous les uftenfiles confacrés 
au fervice des animaux attaqués de la morve , 
ne doivent pas être employés pour les animaux 
fain s. 

Les Nègres , deftinés au fervice de l'hôpital , 
ne doivent pas approcher les animaux fains • à 
moins qu'ils ne fe foient lavés & baignés. 

Lorfque les animaux qu'on aura féparés feront 
reconnus morveux , on les fera tuer fur le champ 
fur le bord de la foffe qui doit être profonde , 
& fur laquelle on mettra des branches de cam- 
peche pour empêcher les animaux d'en approcher. 

On aura foin d'aifainir les lieux où la morve 
eft établie : on râtiifera les râteliers j, les auges y 
s'ils (ont en bois : on les lavera avec de f eau 
bouillante acidulée avec le vinaigre ., on grattera 
les bacs en maçonnerie, on les fera crépir > 3c 



— -— - 



. , . Êphpodquts: 6% 

après les avoir enduits , on les blanchira avec de 

M Virer recommande de frotter les nafeaux 
de chaque animal avec l'effence de térében 

ceruin.^ ' ma ' S " T?" ^ Doas a ^ P 2 ™ 

Nous n'avons obrenu de fuccès fur quelques 

habitations, & nous ne femmes parvenir" 

nous avons ete fécondés par le zèle & I' exa di- 
biens PC ^ CllargéeS de ia ré S ie ds ces 

Nous avions cru qu'il éroit de l'intérêt public 
que Ion vifltât les bâtiments qui apportent dS 
cargarfons de chevaux & de mulet de la Noï 
velle-Angleterre & de la côte d'EfWne 

Nous avons propoiè de faire gratuitement certc 
Steî«? W P ouvolt r em P^her ï'inrroduéHon des 
maladies conragieufes , & prévenir des pensa 

tait parr de nos vues , en 178 r à la Société 

oond, P 5P r C " de la Colonie > ** °« ré- 
pondu s « L inlpection des mulets & d»s ch<- 

vaux a leur arrivée dans l'Ile, n'eu pas fans'ïn- 

Sffiffi 0,î PCUt Cra . indrC *>'* k &veur d'une 
ÎO! qui 1 ordonnerai , il ne fe gliffîr des frandes 

?obnieT OPOleS COntUkeS « aVanta S- ** 

coSlnîurf' 011 ?' qUi f ° nt P re(rentir *» i^- 
donner re q T,fie° n SEÏ.St*? - ° r ~ 
tages qui pourraient en S ZËnil ?* 
-mph notre tâche à cet iSJSTS 



(<>)• MécL vétér. T 



2. pag. 831, 



W-*. 



wmm 



64 Sur les Maladies 

craignons pas qu'on nous reproche d'avoir été 
dirigés dans nos repréfentations par notre intérêt 
particulier , puifque nous croyons qu'il étoit de 
yiotre devoir de faire cette vilite fans rétribution. 
M. Vitet dit que pour détruire le virus mor- 
veux il faudrait que toutes les nations s'accor- 
daient ; en même -temps , à détruire tous les 
chevaux morveux. a 

Ce projet trouverait peut-être plutôt Ion ap- 
plication dans la Colonie , qu'en Europe , fi l'on 
voulait empêcher l'introdu&ion d'animaux lul- 
pects, (i Ton empêchoit la communication qui 
a lieu entre toutes les habitations &: les diffé- 
rents quartiers , &c fi l'on prenoit le parti de tuer 
tous les animaux dans lefquels la morve eft éta- 
blie : mais cela ne pourrait s'exécuter que par des 
ordres fupéricurs ; cV > comme le dit M. Vitet, 
les particuliers uferont toujours de tous les de- 
lais , de tous les moyens poffîbles pour éluder 
l'arrêt de mort de leurs animaux. ; • 

La lettre fuivante nous a été écrite de la 
Grande -Rivière le y feptembre 178?, par M. 
Peyre ; médecin du Roi , aflbcié du Cercle. 

i Une maladie épidémique , mon cher Con- 
frère, qui règne depuis quelque temps^ fur 1 ha- 
bitation de M. Dufay , l'a détermine a taire 
venir M. Lapole pour développer la cauie dun 
fléau qui ruine bien des Habitants. Apres avoir 
examiné tous les animaux qui paroinoient plus 
ou moins affedés, il a particulièrement donne 
fes foins à une mule qui languiflbit depuis en- 
viron cinq à fix jours. Cette bête ne mangeoit 
pas ; elle rendoit par les nafeaux une écume 
Wuinolcntc , la refpiration étoit trcs-gcnec , 
& la chaleur du corps très-confiderable : après 
bien des agitations , la mule eft morte ce matin : 
p 1 ouverture 



^^™"?^^^^™^ . - !'■■ 



Ëpi^oodcjues. g. 

l'ouverture en a été faite par M. Lapole ; il a 
trouve la trachée-artère toute ulcérée & noire 
comme de l'encre , les poumons fphacelés & 
adhérents a la plèvre. 

L'ouverture du bas -ventre nous a fait voir 
quelque chofe de plus intérefTant : l'orifice in- 
térieur de l'eftomac étoit entouré de plufieurs 
petits vers courts , dont le nombre augmentoic 
prodigieufement , en s'avancant vers le duodé- 
num , qui en étoit tout tapiiïé : j'en ai même 
retire qui Je trouvoient nichés entre les mem- 
branes de 'inteftin : nous avons vu , non lans 
lurpriie , deux facs anévrifmaux dans les bran- 
ches des artères rénales du côté droir ; ils con- 
tenoient une prodigieufe quantité de petits vers 
comme des^ aiguilles. Je vous envoie les deux 
Pièces feparees dans deux Bacons , pour que vous 
les examiniez a loif.r. Quelle cil à préfenr la 
cauie de la mort de cet animal } Je fufpens 
mon jugement : communiquez - moi votre fa- 
çon de penfer a cet égard : cette maladie me 
paio.floit bien compliquée. Je fuis tout à vous t 
1 J £YRE, médecin. » 

M. Gaubert , habitant au quartier Morin 
nous a envoyé dans le même temps l'obferva- 
tion (mvante , qui a été faite fur l'habitation 
Ducaffe aux galleries du Dondon. 

Un mulet maigriiroit beaucoup & avoir perdu 
fon appétit : e farcin eil furvenu : l'animal e(l 
devenu f, fo.ble qu'il ne pouvoir fe foreur 
qu avec peine ; fes yeux étoient enfiés , les con- 
cluons lont tourmenté pendant vingt- quatre 
heures avant fa mort. quatre 

v.?'? , a tr ° Uvé dans les inteftins une infinité de 
veis b ancs , gros comme une aiguille : il y avoir 
dans leilomac plus de foixante & vers œftœs qui 

E 



êS Sur les Malaaîes 

adhéraient à fes parois : on a mis ces vers daftd 
du tafia } ils y ont vécu environ dix heures ": on 
a perdu plufieurs mulets fur cette habitation pair 
la même caufè. 

M. Lapole a été appelé en 1785 chez M Brif- 
far -, au quartier Morin , pour voir un cheval 
qui n'avoit paru malade que de la veille: cet 
animal étoit mort } lorfque M. Lapole arriva. 
Le fond de l'eftomac , ia grande courbure jufqu'aii 
duodénum étoient dépouillés de la tunique ve- 
loutée &: membraneufe t il y a voit plufieurs 
érofions & un engorgement inflammatoire , la 

Eartie flipérieure de l'eflomac , la petite cout- 
ure étoient moins endommagés , l'orifice car- 
diaque étoit rétréci : il y avoit plulieurs cèdres 
dans la partie moyenne poflérieufe de l'cefo- 
phage : il y en avoit deux groupes confidérabîes 
dans la partie r oyenne 6V antérieure de i'efto-* 
mac ; il y étoiei t implantés pat leurs crochets 
noirs & cornés , & il y adhéraient fortement : 
il y avoit de ces vers dans la partie inférieure 
de l'eilomac au pylore , au duodénum , &c ces 
parties paroiiToient rétrécies. 

Ces vers étoient encore vivants , lorfque nous 
les avons vus avec M. Auvray , quoiqu'ils fuiTent 
dans le tafia depuis plufieurs heures. 

Nous avons coupé des morceaux d'eflomac où 
il y avoit des vers implantés : nous les avons 
mis à cinq heures du loir , 

i° 3 Dans l'huile de térébenthine $ ils étoient 
vivants le lendemain à huit heures du matin. 

i°, Dans l'huile de pétrole ; ils étoient vivants, 

3 , Dans le vas de' citron; ils étoient vivants* 

4 , Dans l'eau acidulée fortement avec l'acide 
vitriolique ; ils étoient vivants. 

5 , Dans une folution de nitre : ils étoient 
vivants* 




Êpi^ooriques. gy 

6°, Dans l'aîkali volatil fluor étendu dans l'eau • 

il n'y avoir que ceux qui étoienc décachés qui 

ru lient morts. * 

M. Auvray a verfé fur ceux qui tenoient à 
leftomac, beaucoup dalkaii volatil fluor , pur 
& ils ne font pas .me rts. 

M. Chabcrt n a rien trouvé de plus efficace 

pour détruire cette clpèce de vers , qui eit très- 

vivace , que l'huilé empiréumatique animale (7). 

Il eij: bien elTentiel , & nous ne pouvons nous 

laiier de le répéter , de ne pas confondre les 

erohons que les vers peuvent produire , avec 

celles des poifons : on ne s'y trompera pas , fi l'on 

cft exercé à ohferver &. à comparer : mais il y 

a malheurëufement des hommes dominés par les 

préventions , & que le défaut d'attention ÔC 

J ignorance égareront toujours. 

Cefï en 178 y, au mois d'odtobre , que M. 
Odelucq , aiïbcié du Cercle , a obfervé la morve 
pour la première fois j fur l'habitation principale 
de M le marquis de Galîifet , dans le quartier 
de la Petite-Anfe i il eft mort dîx-fept mulets 
de cette maladie jufqu'à la ml de l'année. 

Il eft tombé, fuivant les obfervations de \f. 
Odelucq, dans cette année 75" pouces un quart 
«eau: le mois d'octobre a été très-pluvieux. 

On à éprouvé , pendant les quatre premiers 
rnois de 1786, une grande fécherefle. Les vents 
de lud-oueft , qui ont régné en février 7 mars 
©f avril , ont occafionnè une chaleur extraor- 
dinaire : on a vu les armoires , les tables , des 
vaifleaux de verre fe fendre 6V éclanter: le foleil 
a ete fouvent obfcurci par une efpcce de briTire^ 
& par la fomée occahonnée par l'incendie ces 

<7> V. le Traité des malad. vermin. par M. Chabert 

Ei; 




Mxmt 



ma 



». 



Sur les ' Maladies 
forêts de la partie efpagnoie. Il neO: tombé., pen- 
dant cette année, que 2.9 pouces dix lignes un 
douzième d'eau , dont la moitié pendant les 
mois d'o&obre & de décembre : il eil more 
onze mulets dans les trois premiers mois de l'an- 
née ; on en a perdu deux en avril , fuze en 
mai , après uiieshûte de \i pouces quatre lignes 
d'eau : il n'en eil pas mort en odobre : on en a 
perdu deux en novembre, & cinq endécembre. 
. .Lorfque cette maladie a commencé à paraître 
fur cette habitation, le troupeau étoit de quatre- 
vinoit mulets dans le meilleur état : les travaux 
n'avoient pas été forcés. 

Il refaire des obfervations de M. Odelucq > que 
les lechereOTes peuvent établir chez les animaux 
une difpofition à la morve; mais que la pluie 
& l'humidité favorifent le développement de 
cette maladie. 

M. Odelncq nous a priés, le zs mars 1787, de 
voir quelques mulets qui étoient attaqués de la 

morve. 

On nous a montré un jeune mulet bien gras, 
•dont le poil étoit liiïe & luifant , dont toute 
l'attitude annonçoit de la famé ; il aveit été 
féparé du troupeau depuis l'a veille , parce qu'on 
sltbit apperçu qu'il jetoit par le nafeau, du côté 
du montoir/une humeur blanche muqueule : cet 
animal eft mort quelques jours après. 

On nous a montré cinq autres mulets qui 
étoient malades depuis plulieurs jours ; ils jetoient 
des deux nafeaux une matière muqueufe puni* 
lente, blanche ou tirant fur le vert. 

Un de ces mulets avoit eu une enflure à l'ex- 
trémité de l'arrière main du côté du montoir : 
on y avoit appliqué le feu , ce qui formoit un 
ulcère fordide 7 qui rendoit un pus fanieux. 



«M9HH 



Êpi^oorzques. g C ) 

Cet animal avoit une allure trifle ; Ton œil 

étoit flétri,, ii perçoit la tête baiïe , il refpiroit 

avec peine, Tes flancs tui battpiènt/il étoit maigre, 

fon poil étoit hériaë 6c fec. 

Un autre mikt, qui r/avoit en ni enflure ni 
engorgement ienfibles , jetoït des deux nafeaux 
une humeur abondante verdure n fans mauvaife 
odeur ; il refpiroit avec peine, les flancs lui bat- 
toient, ion allure étoit trille, il avoit beaucoup 
maigri, ion poil étjbït hérité & fcc. 

Nous avons fait tuer ce: animal : les vifcêres 
du iras-ventre étoient très-fains ; ceux de la poi- 
trine n avoient aucune altération : la trachée ar- 
tère étoit dans l'état naturel : il y avoit un peu 
d'humeur gîaireufe dans le larinx ; mais cette 
partie nfétqit afFedée d'aucune phlogofc, ni ulcé- 
ration : la langue étoit brune 6V un peu fêche, 
la membrane pimitairc qui tapiiïe les folTes na- 
falcs étoit gonflée , tubcrculeuie, ulcérée dans 
prefque toute fon étendue : la cloifon caitilagi- 
neufe des narines paroifïbit afTeclée de carie. II- 
V avoit dans un finus maxillaire une collection 
de pus blanc : les autres finus n étoient pas af- 
fe&és. r 

Le z6 mars nous avons examiné deux mulets ; 
îuri avoit des glandes engorgées le long du cou, 
depuis la ganache jufqu'au poitrail. Les glandes 
de l'auge formoient une tumeur plus grolfe qu'un 
œuf: l'extrémité de l'arrière-main, du coté du 
•montoir , étoit engorgée : il y avoit plufieurs 
tumeurs qui avoient fuppuré, &r on les panfoit 
avec la fiante de vache & la chaux : on avoit 
appliqué un Téton au poitrail. 

L'animai refpiroit avec peine , fon cou étoit 
allonge , fa tête baffe , fes* oreilles écartées , fes 
flancs agités", fon œil terne s fon poil hériffé cV 

E iij 



VL.<É 



76, Su* Us Maladies 

fec ; il jetoit des deux nafeaux , avec bruit , tm£ 

humeur d > un blanc verdatre. 

Nous avons tué cet animal , en lui ouvrant 
une carotide : les glandes du cou étoient abfce- 
dées 6c contenoiçnt un pus blanc 6c léreux , les 
fublinguales étoient engorgées x les vifcéres delà 
tête 3 de la poitrine , du bas- ventre étoient dans 
mi état fain > la membrane pituitaire , qui recou- 
vre les folles naJaîes , étoit dans toute Ton éten- 
due tuberculeufe , rougeâtre , ulcérée , 6c cette 
altération arTe&oit les cartilages de la clpifon t 
il n'y avoit rien de remarquable dans les finus. 

L'autre mulet n'avoit ni enflure ni engorge- 
ment glanduleux ; Ton poil étoit Uufant 6c poli? 
il avoit de l'embonpoint , fon allure étoit natu- 
relle : il portoit la tête haute , fes yeux étoient 
éclatants: il jetoit avec bruit, par les deux na- 
feaux j une humeur blanchâtre , ce qui annon?- 
çoit que la maladie étoit à fa troifiéme époque-, 
& que les accidents feroient rapides : on a été 
obligé de le tuer quelques jours après. 

On avoit vu , quelques années auparavant, les 
maladies charbonneuies fur les habitations de M. 
de Gallifet ; mais il eu; fingulier que la morve , qui 
a déjà tué prés de quatre-vingt mulets Sur l'ha- 
bitation principale , n'ait pas gagné fur les deux 
autres habitations qui font voUines ,_ 6c qui com- 
muniquent enfemble pour les travaux (S). Il eft 
vrai que l'habitation d'Agout , qui eft auffi voi- 
fine , n'a pas encore fouffert de la morve ; 6c 



(8). M Gelin vient r!e nous dire , îe 14 imn T787 , qu'il 
étoit mort depuis quelques jour 1 ; , fur îés habitations de M. 
de Galiifet , pïufieurs animaux a^taqn^s du tharbon . & qu'il 
avoit vu pé rir 1a veille un mulet qui n'avoit été malade 
rçue dou^e heures. 



■*■■■ 



■''- ' ' 'sjm 



Êpi\oovque$. ~ f 

ce neH: pas cette maladie qui a produit les pertes 
que M. Decoir: de la Tonnelle , dontl habitation 
tient à. celle de M- de GalHfct , a éprouvées 

M . Odelucq a fait mettre les animaux m®- 
Jades dans. une fa-vanne de retraite, dans laquelle 
il avoit taitpaTer le feu ; il a foin que les licous 
les eperhns qui ont fervi aux animaux malades 
ne «oient pas employés pour les animaux faim.; 
i hait laver les bacs avec l'eau & le vinaigre 
il y met du feî ; bs malades ne boivent qu? de 
leau blanche nitrée ; il fait enterrer les animaux 
«ans des folies profondes. 

Extrait des ohfervations de M. Darnaudî* 
chirurgien - ma f or des camps & armées \ 
demeurant a Gallîfit. 

Depuis, que ks entrepôts des boucheries du 
^>ap iont dans les. quartiers de la Petite-Anfe Sfr 
du bonnet, on n'a pas fait attention qu'ils pou. 
voient erre un foyer de maladies contagieufes. 

i°, I arçc que ces entrepôts ne font pas bien 
«ntourrçs, & que Tes animaux qui y font peu* 
vent palier înr les habitations voifines. 

2° 5 Parce qu'il y a des ravines dans lefquellçi 
Xi y a des eaux croupi (Tantes. 

3°, Parce qu'on ïaïiîe pourrir fur le- bord d^s 
ravines des bêtes mortes de maladies charbon- 
neuies & autres , ce qui peut infeder les eaux 
qui abreuvent les animaux qui font au défions 

4°, Parce qu'il y a beaucoup d'animaux oui 
meurent dans ces entrepôts , & qu'on les laife 
pourrir fur le fol. 

T> Les Nègres qui gardent dans ces entrepôts 
« qui Joignent fréquemment des animaux ma-* 

E iv 











jz Sur les Maladies 

lades , communiquent dans les habitations vot» 

fines & peuvent y porter l'infeclion. 

6°, Il eit prouvé que les animaux s'inoculent , 
en bronttant les pâturages où des bêtes mai- 
faines ont pafié. 

7°, Les animaux que les Bouchers mènent 
dans les entrepôts , ou dans les boucheries , paif- 
fent l'herbe des grands chemins , tk ils le mêlent 
quelquefois avec les troupeaux des habitations. 
8°j II eit poffible > d'après cela , que les ani- 
maux s'infe&ent mutuellement , lorsqu'il y aura 
parmi eux des principes de contagion. 

9°, Il faudrait purifier quelquefois le Toi des 
pâturages, des entrepôts & des favannes , en y 
paiTant le feu. 

io°, Il faudrait également brûler les entourra- 
gçs des parcs & en recouvrir le fol 3 lorfque 
l'on fait qu'ils ont renfermé des animaux atta- 
qués de maladies contagieufes. 

11°, Il ferait utile qu'il y eût des ïnfpe&eurs 
"pour viiitcr ces entrepôts , & y faire exécuter 
lévèrement la police qui convient à l'intérêt 
public. 

ii°, Nous avons vu beaucoup de Nègres atta- 
qués de maladies charbonneufes^ pour avoir man- 
gé de la viande des animaux morts dans ces 
entrepôts. 

15°:, Nous avons fouvent fait brûler de la 
viande fufpeéle qui avoit été féchée &c fumée 
dans les hôpitaux des Nègres , dans le temps où 
les maladies charbo&neuies faifoient plus de ra- 



vages. 



14°, Les Nègres cV les garçons bouchers lèvent 
les cuirs des animaux morts dans les entrepôts, 
ce qui peut être une caufe de contagion. 

M. Darnaudin a été fouvent confulté pour le 



*■ 



ÊpT^ootiqttes. <m 

charbon des animaux. Sachant que les fecours 
externes _ font les plus utiles, il a employé les 
{tarifications profondes fur les tumeurs ; il ea 
enlcvoit les bords , il les faifoit laver enfuite 
avec du vinaigre & du Tel , il appliquoit le feu 
dans les tumeurs emphifématenfe^ , il pratiquoit 
des mouchetures, il appliquoit des véficatoires 
fur celles qui paroilîoient ambulantes , qui ne 
répandoient qu'une can rcuiiltre ; il faifoit mettre 
des fêtons lorfque la fuppuration étoit terminée-, 
il abreuveit les animaux avec de leau blanche 
camphrée & nitrée ;' il leur faifoit donner des 
lavements émolients ; il les nourrilîbit avec le 
bois patate, ou le plan de petit- mil fané ; il 
terminoit le traitement par quelques purgatifs 
dans une déco&ion de plantes amëres : ces fe- 
cours ont été infru&ueux , lorfque les tumeurs 
difparoiToient d'un inftant à l'autre & fe per- 
teient dans l'intérieur : les animaux périfloient 
prompte ment. 

Les Lignées , les boirons nitrées , îcs lave- 
ments émolients ont produit de très-bons effets, 
lorfque les maladies avoient un caractère inf arn- 
matoire. 

Il n'eil pas étonnant que les animaux S*dL 
combent fréquemment à des maladies putrides 
vermineufes ; ils ne boivent , dans beaucoup de 
lavannes , qve des eaux ftagnantes eu contien- 
nent des principes vermiu.eux v ils ïont conti- 
nuellement au vert cV on ne leur ad- iniilre que 
des remèdes échauffants , des draftiqr.es , des 
refinerx , qui portent dans tous les vikères Tir- 
ritation 6V le jfpafme. 

Il vaut mieux, dans un climat où la fibre a 
tant de difoofition à IVirabilité -, employer dans 
les maladies vermineufes & inflammatoires les 



w 



74 Sur les Maladies 

rafraîchifiTants acidulés , l'eau iaturêe de crêmc 
de tartre , les décodions blanches nitrécs , les 
lavements mucilagineux ck quelquefois acidulés ; 
&" dans la claiïe des purgatifs , le tamarin , \% 
caife , le féné ., la crème de tartre dans une dé- 
coction de mauve du pays. 

J'ai trouvé fouvent y dit M. Darnaudin , des 
vers ceilres , que Ton nomme dans le pays vers à 
haricots , dans l'eftomac , dans le pylore où ilfc 
croient entaiTés en forme de grappes de raifm , 
& dans le rectum. Lorfque je m'étois appercu 
dans les dijedions que les animaux avoient des 
vers de cette efpèce , je leur donnois deux fois 
par jour une pinte de lait , dans lequel j'ajou- 
tois une once de fuie di (Toute dans une demi- 
bouteille d'huile (9) : je donnois des lavements 
de la même efpèce trois fois le jour : j'ordonnois 
enfuite quelques décodions amêres avec des pur- 
gatifs légers , &" ces remèdes ont fait rendre 
quelquefois une très-grande quantité de vers \ 
Biais je n'ai pas toujours eu le même- fuccès. 

J'ai fouvent vu dans les voies de la digeftion, 
& fur-tout dans i'ellomac , des vers oblongs &T 
rougeâtres. J'ai trouvé dans les inteftins des vers 
blancs, grêles èV pointus par les deux extrémités : 
ces vers fe répandent quelquefois dans l'abdo- 
men ; ils pénètrent dans le méfentère , dans le 
canal thorachique , dans le réfervoir de pecquet : 
l'en ai vu plulieurs fur la fvirface extérieure des 
poumons. Les animaux attaqués de ces vers 
périiTent quelquefois fubitement dans un état 
convuîfif _, fans qu'ils aient donné auparavant au- 
cun figne de maladie. 



(9). Mécîec. vétéiïn. par M. Vitet „ ch. I, pag. 41, 
«1, IV, pag. Ué & 66 j. 



~ • 



Ep^oot'cues* 7j 

La gourme répercutée , ce qui eft très fréquent 
dans la Colonie , par les intempéries du. climat 6c 
les travaux forcés ] prend le cara&ère de plufieurs 
autres maladies qui fe compliquent avec les ma- 
ladies vermineufes, de manière à embarraifer les 
plus habiles , & à rendre les traitements plus 
difficiles, 

Je me fuis toujours attaché , dans ce cas , à 
combattre les vers & à établir des égoûts , en 
employant les mouchetures, les fearifications , 
les cantharides for les tumeurs ambulantes qui 
paroiffent à des temfss éloignés.. - "j. 

La gourme , qui paroît & difparo't plufieurs 
fois , fe trouve louvent compliquée avec la mor- 
ve. J'ai vu plufieurs mulets ck chevaux 3 attaqués 
de la morve , qui avoient eu des tumeurs ea 
différentes parties du corps , & notamment fous 
le ventre. 

J'ai obfervé que plufieurs mulets étoienjt atta- 
qués de la toux avant de jeter des nafeaux , ce 
qui m'a fait penfer que les poumons étoient 
attaqués avant la membrane pituitaire , & que 
la morve n étoît pas une maladie eHenticlle de 
cette partie. 

J'ai effayé différents traitements , principale- 
ment ceux de M rs Malouin &: la FoTe qui ont 
écrit fur la morve dune manière latisfaifante , 
mais^ je n'ai pas réuffi. Un cheval que j'avois 
traité a çeffé de jeter : je le crovois guéri : il 
lui eft furvenu , quelque temps après , différentes 
tumeurs fur le dos , au poitrail , feus le vendre : 
je les ai fearifiées , j'y' ai appliqué le feu: l'ani- 
mal a jeté de nouveau, mais en petite Quan- 
tité ; il eit mort huit mois après : le poumon 
étoit rempli de tubercules. 

U feroit à défirer cjue l'on ordonnât de via- 



■ "•■■ 



7? Sur les Maladies 

ter avec foin les animaux que Ton apporte dans 

la Colonie. 

On ne débarque pas dans les villes les car- 
gaifons qui paroirfent. infectées , mais on les 
deicend dans différents quartiers , &: on les an- 
nonce quelque temps après dans les papiers pu- 
blics j, comme des animaux faits au pays. 

J'ai vu foirent des mulets fortant des bâti- 
ments ex: qui avoient l'air trifte , les yeux lar- 
moyants &: des tumeurs fous le ventre. J'en ai 
vu périr plui-eurs dans les parcs où on les dé- 
pofe : j'ai obfervé la même chofe fur des che- 
vaux anglois nouvellement débarqués : on allure 
que cela n'eu; produit que par l'eau de mer que 
l'on eit obligé de donner à ces animaux : mais 
je crois que ces tumeurs font fouvent charbon- 
neufes , cV qu'il conviendrait d'iioler les ani- 
maux qui en font attaqués > pour empêcher qu'ils 
ne portaient fur les habitations le germe de 
quelques maladies contagieuies. 



OBSERVATION 

Qui tend a prouver que le virus de la morve y 
qui règne a Saint-Domingue dans la dé- 
pendance du Cap y peut occafîonner cke% les 
hommes de maladies pejlilentieiles y par 
M. Darnaudin. 

Le Nègre , gardeur des anùmnx malades fur 

l'habitation Gallifct , eit entré à 1 hôpital le 10 

avril 1787 \ il fouffroit beaucoup des reins : le 

ventre écoit très - douloureux , principalement 

-la région hypogaftriqùe'j le pouls é coït irrégu- 









Epi^ùotiques. 79 

lier , quelquefois intermittent : la tranfpirarion 
«toit froide &: glutineule ^ & la langue paroii- 
foic limoneuic. Le onze , les anxiétés avoient 
augmenté, le pouls étoit véhément ik fouvenc 
inégal : le malade le piaignoit d'une douleur 
vive, lancinante à la racine de la verge, & il 
y avoit le foir une tumeur fenuble qui s'éten- 
doit iur le corps caverneux : le malade avoit 
d J un mitant à l'autre des défaillances , & fou 
fealeirie avoit une odeur putride infupportable. 

Les lympeomes ont augmenté du onze au 
douze : il a paru une tumeur aux devx régions 
h g maies : le ferotum étoit tuméfié , &; il s'eft 
formé i:r cette partie, furies aines 6V à la ra- 
cine de la verge, plufieurs puftètes véGculaircs 
gangreneufes : le treize > les défaillances éteient 
plus fréquentes > le pouls étoit très -petit , la 
tranfpiration exhaioit une odeur infecte : j'ai fea- 
rifié profondément les tumeurs „ il en eft ibrti 
une humeur noire puante j & il s'eft dégagé 
avec une forte de futilement , des fearifications 
faites furie ferotum 3 un air É putride, eue les 
hofpitaliéres qui m'environnoient ont été obligées 
de fe retirer pendant un grand moment „ cV^oue 
j'ai éprouvé moi-même un fouièvement d'efto- 
mac pendant tonte la journée : le malade eft 
mort le même foir. 

J'ai regardé comme peftilentieîle les fymptô- 
mes dont ce Nègre a été attaqué , &: j'ai pré- 
fumé qu'il avoit contra&é cette infe&ion en 
foignant les animaux malades. J'ai traité dans 
le même temps un autre Nègre, gardeur ^ qui a 
éprouvé une fièvre maligne exauthémateufe , 
mais qui a guéri (1). 



(1). Mal. épiz. par M. Paulet, t. II, $ ÏI, p. 8* & f u i v , 
Moyens çmïU par M. Vicq-d'Azir, pag. iè% & ûuv. 




73 Sur tes Maladies 

L/Adminiflration ayant été inilruite que î'ôfl 
perdoit beaucoup d'animaux fur plufieur^ habita- 
tions } 6c que les maladies qui les détruiioient 
étaient contagieufes ^ fâchant qu'il y avoit beau- 
coup d'animaux malades , 6c un très- grand nom- 
bre de cadavres dans les favannes qui fervent 
d'entrepôt aux boucheries & pour les mulets 
de bateaux 5 6c craignant avec raifon que ces 
maladies , qui font le fléau de l'agriculture * 
n'occafionnalTent une mortalité préjudiciable à 
l'exploitation des revenus 6c très-onéreufe à la 
Colonie , 6c qu'elles ne s'étendiifent fur les hom- 
mes , ce qui produiroit un double fléau , encore 
plus funefte aux intérêts des Colons 6c à l'hu- 
manité j a ordonné (i) aux Médecins , Chirur-» 
giens du Roi 6c aux Artiftes vétérinaires , bre- 
vetés 6c entretenus par la Cour, de vifiter les 
entrepôts fk les habitations où régnoit la maladie j 
d'examiner la nature 6c de faire un rapport qui 
pût l'inftruire 6c la mettre dans le cas de pren- 
dre les meft-res les plus convenables pour dé- 
truire ou arrêter les progrès de la contagion. 

On a conftaté dans cette vihte, qui a t.é 
fa'te le z avril 1787, iors l'infpe&icn de MM. 
Arthaud 6c Roulin , médecin Se chirurgien dn 
Roi ; par les fleurs Gelin , Tfinglet Se I âpolê , vé- 
térinaires , i to q^e les Propriétaires on les Fermiers 
de plufieurs habitations qui fervent d'entrepôt 
aux animaux deftinés aux boucheries &c au com- 
merce des mulets , n'ont pas foin de faire e"ff* 
terrer les animaux, & q^e leurs Lvanes Soient 
couvertes de cadavres Se d'o r emcnts ; z°t qiîé 
Jes chiens av oient entraîné les débrL de plufieurs 



(i). On?onnanre Ae MM. de Vincent & Janrin , com- 
mandant & ordonnateur au Cap, eh date du 31 mars 1787. 



USÉ 



Ëp\oàiïqûes\ *J 

imdavrcs dans une rivière qui arro'fe une partie 
du quartier de L Petite- Anle , 5-, que ces an** 
maux voracesqui fe font vautrés fur les Cadavres 
& qui ont mangé de la chair d'animaux morts 
dans un état capable de produire des principes 
contagieux, peuvent porter l'infection fur 'les 
habitations; 4 , qu'on levoitlcs cuirs des animaux 
morts dans un état fafped ; j°, qu'il étoit pro- 
bable qu on avoit falé de la viande de ces ani* 

n u aU k* P ° Ur la vcndre aux Nègres ; 6% que ïe 
charbon ôc la cachexie ou pourriture exiftoient 
lur p.ufieurs habitations ; 7°, que la morve con- 
tinuoit les ravages fur piufietirs autres. 

On a Joint au procès verbal les obfervations 

iuivantes. 

Le a avril Î 7 Î 7 , on a tué fur l'habitation 
Galhfet un cheval âge de n ans, afe maiçre 
& jetant depuis un an une humeur purulent-» 
plus ou moins abondante , d'abord de la narine 
du cote du montoîr, enfuite de l'autre narine 

Nous avons trouvé à la grande courbure "de 
le tomac, entre la tunique externe & la muf- 
culeufe, une tumeur de j pouces de circonfé- 
rence, contenant une matière muqueufe féreufe 
& purulente , & paroiflant formée par Ymûaè 
gement hmphatique de quelques glandes gaïki- 

Les poumons étoient tuberculeux, les glande 
bronchiques paroiifoient engorgées, la membrane 
pituitaire de la narine du côté du montoir étoit 
vanqueufe-tuberculeufe ; celle de la narine du 

tiËrt^fr ét ° k e T r S éc ' ^berculeufe,' 
ulcérée dans pluheurs endroits. La membrane 

qu, tapiffe le finus frontal , le zigomaTque U 

maxdlauc, les ceJule* de l'ethmoïde, étoient fup- 



MOT 



■■ ' - ■■ " Xj 



UN 



■ 



fz $#r /« Maladies 

pures , 6V les finus contenoienc une grande quan- 
tité de pus. 

La tunique extérieure du foie étoit calleufe 
& obftruée prelque dans tonte Ton étendue. Il 
y avoit une concrétion blanche gypfeufe dans la 
fubltance du foie. La tunique externe de la rate 
étoit obllruée. 

Il y avoit plufieurs points d'engorgement dans 
le cerveau Les glandes pinéales 6V pituitaires 
paroilfoietu: plus groifes que dans l'état naturel» 
Nous avons trouvé un peu de lerofité dans les 
ventricules. La fubftanoc du cervelet étoit molle. 

Cette obfervation nous montre les dé (ordres 
d'une maladie chronique, à laquelle il auroit.été 
difficile d'appliquer un traitement. Par quel moyen 
auroit-on pu attaquer les engorgements 6V les 
obitru&ions des vaifTeaux lymphatiques 6V des 
glandes ? les Scolaftiques nous propoferont des 
a^pérkifs, des fondants : mais il faut des moyens 
dans la pratique, 6V non pas des mots i 6V il 
faut convenir que fi l' obfervation 6V l'expérience 
ne nous éclairent pas, nous aurons long-temps 
plus de mots que de moyens. 

Cependant il ne faut pas perdre de vue q^e 
le fujetde cette obfervation a jeté pendant plus 
d'un an , 6V que la maladie qu'on ne reconnoît 
crdinaircir nt que par le flux des nafeaux eit 
plus rapide chez les mulets , qui meurent fou- 
vent du 6 au 15 de l'époque où ils ont com- 
mencé à jeter. D'ailleurs ce cheval a d'abord 
jeté de la narine du côté du montoir. Cet écou- 
lement a celTé enfuite , 6V on le croyoit guéri 
lorfque l'écoulement a reparu de l'autre côté ; 
enfin c'eft de ce côté que l'on a trouvé des tu- 
bercules ulcérés , tandis que l'on n'a vu fur la 
membrane pituitaire, de l'autre côté, q^e des 

callofités 



m^mm 



.. *.»-*.... 



Ëpr^oot'ques. g t 

calïofités & des vaiiïeaùx variqueux , ce qui' 
permet d'inférer que fi la maladie nattaquoit 
que la membrane pituitàfre, il ferait peut-être 
poffîble de parvenir à détruire les ulcérations 
qui produîfent l'écoulement 6V à obtenir uns 
cicatrice. 

On a tué un autre mulet qui jetoit depuis 
dix jours ; Ton allure était trifte ; il avoit la tête 
baile, 1 œil terne , de la maigreur , le poil hériffé 
<x lec, il jetoit avec bruit, des deux nafeaux 
une humeur muqueufe , blanche, fans odeur. ' 
La malfe alimentaire contenoit beaucoup de 
trmons i il y aveit une très - grande quantité 
de ces vers fur la tunique interne de l'eltcmac* 
un tubercule placé entre les tuniques de ce vit 
cere en étoit rempli , les glandes méfentériques 
croient engorgées : il y avoit un épanchement 
Jeretix dans le ventre : nous avons trouvé dans 
1 eftomac au moins vingt œftres , qui étoient im- 
plantes dans les tuniques : il y avoit quelques 
Itrongles dans les inteftins grêles. 

Les poumons avaient quelques tubercules- 
les glandes bronchiques étoient fort engorgées 
&- molaflesj la membrane pimitaire des Sèvx 
cannes étoit tuberculeufe fuppurée dans plufienrs 
points, les finns ne parciiToient pas affcclés : il 
y avoit de la férofité dans les fclfes occipitales 
& dans les ventricules : la fnbftance du cerveau 
ctoitun peu molle, ainfi que celle du cervelet; 
le plexus choroïde étoit engorgé, ainfi que les 
glandes pmeales &: pituitaircs. 

Le ^ avril i 7 % ? , on nolts a ?té ç cmé fnr 
1 habitation de M. Lefevre , au quartier ÎVioWn 
une mule de fi x ans qui ne jetoit du nafeau 
nors le montoir, que depuis la veille , une hu- 
meur blanche, épaiflè , fans odeur : l'animal pa- 



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mja*jÊ* 



$% Sur lis Maladies 

roUïbit en chair, vigo-reux, tk il ne montfok 

aucun ligne qui annonçât des déiordres edentiels* 

On a tué cet animal : on a trouvé pluiieuriî 
crinons répandus fur le méfèntère & lur les in- 
teitins : la malle alimentaire contenoit une grande 
quantité de vers de la même efpèce i il y en 
avoir une couche fur Les parois de feitomac : 
nous avons trouvé un tubercule entre les tuni- 
ques de ce viicère : ce tubercule communiquoit 
à l'eftomac par un trou fuiuleux ; il contenoit 
des crinons ck du pus.^ 

Les glandes du méfèntère étoient engorgées ,, 
principalement celles du mèfocolcn. Piuheurs dç 
ces glandes étoient dans un état de fuppuration j 
&: contenoient des crinons : une branche de l'ar- 
tère méientérique poitérieure étoit dilatée , & 
contenoit un paquet de crinons qui ne di£ croient 
de ceux du bas-ventre que par leur couleur rouge: 
les. tuniques de cetre artère étoient engorgées 
&: paroilToient rongées intérieurement : il y avcit 
quelques points tuberculeux dans le foie ; les 
poumons paroi Toient fains : il y avoit un pus de 
férofité iaune dans le péricarde. 

La membrane pit itaire de la narine du coté 
du montoir étoit rouge , engorgée & variqueufe; 
celle de la narine hors le montoir étoit plus en- 
gorgée , plus rouge &: paroi Toit avoir fouffere 
d: ïirrîtation : le fi nus zigomatique , le maxil- 
laire contenoient une très-grande quantité d'un 
pus blanc , & l'écoulement du nafeau ne pa- 
roi (Toit être que le dégorgement de ce foyer 
qui étoit conhdérable i la membrane pituitaire 
de ce finus étoit engorgée , ulcérée & infiltrés 
par une humeur jaune , gélatineufe & féreufe. 

MM. le Général & l'Intendant ayant pris com- 
munication de ces observations 3 MM.. leur* Re- 



*^mi^ 



■■ 



ptefetttartts au Cap ont rendu , lé 7 avril 178-/ 
bne ordonnance provifoire , ayant pour objet 
principal de régler la police à obferver dans es 
entrepots qui fervent aux boucheries & au corn- 
merce des mulets. 

On a obfervé des écoulements morveux chez 
plufieurs efpeces d'animaux, & dans différentes 
eipeces de maladies (3) ; mais la morve propre- 
ment dite n'attaque que les chevaux , l'âne 
les mulets , le joumard & le zèbre (4). 

nom^ Gr ff C V qui ¥ fi S n ™ la morve fous le 
nom de Mahs , penfoient que le fiése de cette 
maladie étoit dans la tête. S 

M" Lafoffe père & fils , détruifant toutes les 

dEnr< q T ^'T 1C ^ de la '«orvedans 
différents vifceres , ont placé dans la membrane 

Pituitaire. Cette opinion , accueillie par l'Acca- 

MTAW S ' r p enCeS V a e!lbe ^oup de parti ans: 
M- 1 Abbc Rozier l'a adoptée ; mais elle cft re- 
treae , &• nous croyons que M. Bourgelat a 
raifon de dire qu'elle eft insoutenable s Ere 
les fuffrages les plus éclatants. S 

véS n u^"" r ïc' Cr ° ire q -V e , lcs alté ^ions obfer- 
«ls a, les différents vifceres, dans la morve 

font 1 effet d'une altération fucceffive de°hu- 

meurs & dun dépériffement chronique -nSs 

nos observations nous ont démontré que l'alS 

la Sot d« m ï° r ' l ' en r^ e ^f ^glandes, 
la lehon de plufieurs vifceres , l'ulcération dé 
plufieurs parties exiftoient avant que la morve 
proprement dite s'établît & qu'il y eû Xé«! 




la morve * À- ■ m0y ,™ S ^ s a<rurer * teift e»rt de 

la moive & den prévenir les effets, art. 1er rw s V 

Gmde du Maréchal, § III, p^. ,, ' ' pa § 8 " V ' 

(4). Mém. de la S. R. de med. année i 7 „, p. ,«,&£ 

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g 4 5ttr /^ Maladies 

fcîon de la membrane pituitaire , avec écoule- 

nient purulent par les nakaux. 

M. l'Abbé Rozier préfiente toutes les inductions 

qui peuvent autoriier l'opinion de M rs Lafoiïe. 

1°, Il y a, dit-il ( 5) , dans le cheval & dans 

l'homme , des plaies 6V des abcès qui n ont leur; 

fié^e que dans une partie -, pourquoi n'en leroit- 

11 pas de même dans la morve ? 

Nous obferverons que la plaie eft un accident 

qui peut intérener toutes les parties qui auront 

iouflfcrt l'application des moyens qui peuvent là- 

produire : quant aux abcès , leur dége ordinaire 

cil le ti Tu ceUullaire -, ils peuvent fe former dans 

toutes les parties. 

i°, Il y a , dit M. Rozier , dans l'homme des 
chancres rongeants aux lèvres & dans le nez : 
ces chancres n'ont leur liège que dans les lèvres 

■ou dans le nez ; ils ne donnent aucun ligne de 
leur exiftance après leur gnérifon locale : pour- 
quoi n'en ferok-il pas de même de la morve 
dans le cheval ? 

Il peut fe former des ulcérations 6V des chan- 
cres fur toutes les parties qui auront été irritées 
par des ilibftances acres & cauftiques -, mais ces 
ulcérations 6V ces chancres font plus fouvent 
fymptomatiques qu'ydiopatiques : on ne les gué- 
rit pas toujours par un traitement local : il eft 
même fouvent dangereux de le tenter. D'ailleurs 
en admettant , comme cela eft vrai , qu'une, 
caufe irritante on rongeante put produire une 
ulcération locale dans la membrane pituitaire , 
ce n eft pas avouer que cette ulcération foit la 
morve , 6V il faudrait bien d'autres preuves pour 
établir cette aiTertion. 



(j). Cours comp. d'agr, c. VI, ar:. morve, p. iit & f. 






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^-*-WrJ»*UUP,4»!^.- ■ ■■-WJJ^Jfc : 



Êpi^ooûques. % * 

3°, La pulmonie j continue M. Rorier ou 
la fuppuration du poumon , n'affccle qiie le pou- 
mon ; pourquoi la morve n affetieroit-eile pas 
uniquement la membrane picuicaire ? 

Il y a des puîmonies de conttitution , il y ea 
a d accidentelles. Les caufes'qui peuvent les pro- 
duire font trës-multipliées ; mais en examinant 
les caufes éloignées, les prédifpo fautes , les dé- 
terminantes de la pulmonie , on voit qu'elle eft 
nions (on vent eiîentieile que fympômatique , & 
que la fuppuration du poumon n eft dans le 
plus grand nombre des cas , que la fuite d'un 
vice humoral & organique, dont le plus grand 
développement s eft manifefté fur la partie la 
plus foîble & la plus djipofée à en recevoir les 
impreffions. 

4°j Si la morve n étoit pas locale ; dk M 
Kozier ou ce qui eft. la même chofe, fi elle 
vcnoit de la corruption générale des. humeurs 
pourquoi chaque partie du corps , du moins celles 
qui iont dun même ti.Tu que la membrane pi* 
tuitaire ç-cft à-dire d'un liiÇj mou , vafculeux 
& gland-ileux , tel que le cerveau &' le pou- 
mon, le roie , le pancréas ; la rate , &c. ne 
leroient-elles pas aidées dz même que la mem- 
brane pituitaire ?- Pourquoi ces narriez ne fercient- 
elles pas afredées pînlieurs & même toutes à la 
fois > piulque toutes les parties font également 
abreuvées & nourries de la maTe des humeurs 
& que la circulation du fang , qui eft la fonree 
de toutes les humeurs , fe fait également dans 
tontes les parties ? Or il eft certain que dans la 
morve^ proprement dite toutes les parties du 
corps lont parfaitement faines , excepté la mem- 
brane, pituitaire : cela a été démontré par ua 
grand nombre de directions. 




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8£ 5#r /« Maladies 

Ces proportions renferment des erreurs de 
fait &: d obfervatiojis. Je dirai d'abord , pour les. 
attaquer , que l'on décide (auvent trop légère- 
ment de l'état fain ou malade des humeurs ou 
des organes. 11 y a dds altérations fenfibles qui 
nous frappent &: que nous découvrons aifénaent * 
mais il y a bien des nuances qui nous échap- 
pent 3 ÔC ce font toutes ces nuances qu'il fatw 
droit pouvoir fa.ifir j pour connoître avec préci- 
fion les différentes çfpèces , les différents degrés, 
d'altérations > &" pouvoir juger de l'état fain ou 
malade des humeurs ou des organes. Ces con-- 
noiffances ne font pas faciles à acquérir ; elles, 
manquent à la médecine -, & tant qu'on ne les, 
aura pas , il y aura toujours dans les recherche* 
anaromiques beaucoup de jugements hafardés >t 
cV beaucoup dobfervations vicieufes.. 

Le poumon , le cerveau , le foie , ta rate , le 
pancréas , &c. ont chacun leur texture > ô\r ils, 
ont chacun des lois particulières de circulation „ 
de fenfibilité, de motivité qui les rendent pro- 
pres à exercer ta fonction qui leur eft attribuée*, 
mais comme toutes les humeurs cV le principe 
vital ont une foutee commune > ils font flifcep* 
tibles, fous la modification particulière qu'ils re- 
çoivent dans chaque organe , d'une altération 
générale qui établit les maladies de toute la, 
fubftance. La morve ell de ce genre , &: l'on a 
\m affez fouvent que fon principe avoir agi fur 
toutes les humeurs & fur tous les vifeères , pour 
qu'il ne foit pas permis de douter que cette ma-» 
ladie neft pas Amplement locale > mais quelle 
porte fon impreflion fur tontes les parties. 

Nous croyons , avec M. Chabert , que le fang 

ç& vicié dans la morve :- nous en avons vu des 

• preuves incontjeftables dans nos obfervations » 



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£pi\ootrqu€S. 87 

mais eîîés nous ont montré aufïï que cette hu- 
meur n'étoit pas la fede qui rut affetf ée : toutes 
les glandes nous ont paru entrepriies , toute la 
lymphe nous a paru viciée -, & nous penions que 
* eit avec raifon que M. Eourgelat a die qiVil 
lai oit chercher la fource de la morve dans la 
dyferafe ou dans la corruption du fifafc & des 
humeurs 

1°, Si dans la morve, continue M. Roder 

Sa maTe totale des humeurs étoit vidée , chaque 

humeur particulière qui en émane le feroit âifffi 

& produiroit des accidents dans chaque partie' 

La morve feroit dans le cheval, ainiï efùé là 

vérole dans l'homme, un compeféde toutes iortes 

de malades; le cheval maigriroit, louffriroit, && 

guiroit & périroit bientôt; des huri e rs vicie* 

■ne peuvent pas entretenir le bôtps en fanté. Or 

on lait qtte dans îa morve le cheval ne fçitBrb 

point, qMl n\ ni fièvre ni aucun antre mal, 

excepte dans la membrane pituitaire ; qu il boit 

f mange comme a l'ordinaire , qu'il fait toutes 

ies fonctions avec facilité-, qu'il fait le même 

Service comme s'rl r/avoit point de mal , ïu'il 

cit gai èV gras , qu'il a le poil liiTe & tous les 

lignes de la plus parfaite fanté (6).. 

La vérole n'eft pas un comnofé de toutes fortes 
de maladies ; fon- principe eft un : il n'y a que 
les effets qui varient. Comme l'on voit des hom- 
mes qui confervent de l'embonpoint & dont les 
fonctions ^'exécutent avec régularité, quoiqu'ils 
aient la vérole, de même on voit des chevaux & des 

(O- « eft certain que ces nVnes font la marque d'une 
bonne fanre ; ma r il ^ faut bien r ,è le clivai morveux 
les donne Au contraire , on re<-onnoîr Ton état à <kn record 
7'. a , foa 1 P° il ^rifle" & à l'amaisrifTement de zonCo*. 
coi F? Lart du manège, cfeap. iS.'pag. *ï£ 

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83 Sur les Maladies 

.mulets qui ne paroi Tent pas ibuffrir, quoiqu'ils 
foient attaqués de la morve : l'aéiion des principes 
contagieux n'eft pas la même chez tous les indi- 
vidus i leur développement ne garde pas la même 
mefure chez tous les iujets ; ils ne portent pas 
lents impreffions constamment dir les mêmes par- 
tics, &: Ton obfervc toujours de la variation dans la 
marche & dans les fymptômes : mais gardons-nous 
d'établir nos erreurs en principes-, ne préfçntons 
pas nos Ululions pour des vérités 5 & ne réglons 
pas nos opinions far des exceptions. Il y a des 
animaux qui ont la morve & qui ne paroiiTent 
pas fonffrants : cela eft vrai \ nous en avons vu 
des exemples. Mais à quelle époque de la ma- 
ladie cet état de fanté peut-il en impofer ? ce 
ne peut-être qu'à celle de la rémiffion des fymp- 
tomes inflammatoires & de la fièvre , lorfque la 
fuppuration qui eft formée dans les glandes n'a 
pas encore infecté les humeurs par une diathèfe 
irritante &" feptique , ni porté dans les organes 
une altération qui puifle en dénaturer la texture 
&c troubler les fondions. 

Comment M. Rofier, qui dit que la morve eft 
lin écoulement de rnucefité par le nez avec in- 
flammation ou ulcération de la membrane pitui- 
taire , peut-il dire qu'il ny a pas de fièvre dans 
la morve ni aucun autre mal. La morve feroit 
la feule maladie inflammatoire qui ne feroit pas 
accompagnée de fièvre ; mais la nature ne fe 
dément pas , la fièvre exifte dans la morve , dans 
fon principe ou dans fon développement , à l'é- 
poque inflammatoire : mais elle n'exifte pins lorf- 
que la fuppuration eft établie ; 6V il paroit que 
le premier période de la maladie n'a pas été 
obfervé , & que l'on n'a examiné que le fécond 
èc le dernier. 



■ M II W i 






' Èp'zoofrqi'es. S 9 

Après avoir avancé des apercions qui tendent 
-à prouver que la morve eli une maladie locale 
qui n'attaque que la membrane pituitaire, M. Ro- 
sier établie des rasts qui , fuivant lui., ne lai 3c nt 
guère de lieu au doute <k à la diipurc. 

Premier f ait. Souvent la morve n'afFe&c la mem- 
brane pituitaire que d'un côté du nez , donc elle 
eil locale. Si elle étoit dans la maiïe des hu- 
meurs ., elle devroit au moins attaquer la mem- 
brane pituitaire àzs deux côtés. 

Il y a toujours un côté qui paroît plus affcclc 
dans les animaux morveux; mais l'autre côté 
n'efl pas pour cela exempt de toute altération. 
Le virus morveux, comme tous les principes d?s 
maladies contagieufes , agit non-feulement fur 
toute la fubftance , mais il fe porte par des ré- 
volutions très-promptes cV avec un mouvement 
{rès-rapide , d'une partie fur l'autre ; Se fa plus 
forte impreiîlon fur telle ou telle partie paroît 
déterminée par les rapports qu'il a avec les hu- 
meurs qui l'abreuvent > fa conititution , fa fenfi- 
bilité ÔV ion irritabilité. 

D»uxi°înz fait. Les coups violents fur le nez 
produifent la morve; dira-t-on qu'un coup nerté 
fur le nez a vicié la maTe des humeurs ? * 

EM-il bien prouvé que les coups portés fir 
le nez aient produit la morve proprement dite ? 
Troljzèms fait- La lélion de la membrane pi- 
tuitaire produit la morve. En 1779 ; au mois' de 
novembre, a">rès avoir tréoané fk guéri du tré- 
pan un cheval , il devint morveux , parce que 
l'inflammation fe continua iufqu'à îa membrane 
pituitaire. L'inflammation d'une nartie ne met pas 
la corruption dans toutes ks humeurs. 

Cette troiiième propofition relemble à îa fé- 
conde, Le principe qu'elle contient àft deiiitué 



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f'à Sur tes Malad : es 

de preuves; 6V il eft permis de douter, fans vou- 
loir difputcr, rmis arrêté r>ar la néeeflïté d'exiger 
àc l'exactitude dans les observations phyliques , 
que la mo»ve qui eft firvenue an cheval qui 
avoir été trépane rue de feipèee contagieufe. 

Qui eft-ce qui ne fait pas', qui eft ce qui n'a 
pas obfervé que la plus petite inflammation, 
accompagnée d'un mo: v.-ment fébrile, promût 
d'abord de l'orgafme dans les humeurs , de 1 eré- 
tifme dans les foiides , 6V enfuite une certaine 
nuance de décoloration qui annonce que les 
humeurs pénétrées par une furabondanec de fcit 
ont été atténuées , ou qu'il s'eft formé des ftafes, 
des embarras dans les voies de la circulation, 6V 
que les humeurs flirchargées peut-être par des 
principes hétérogènes ont befoîn pour corriger 
l'altération quelles ont f ibie , de fe dépurer par 
les voies d'excrétion qui font les mieux difpoféei 
pour s'y prêter 

C'eft en examinant toutes 'tes nuances de la 
fanté 6V des maladies que l'on peut juger avec 
exactitude des révolutions de l'économie ani- 
male dans l'un 6V dans l'autre état; mais ou font 
les figi\Qs qui peuvent nous faire connoître , prin- 
cipalement chez les animaux , ces altérations 
prefque imperceptibles ;. 6V combien ce défaut 
de fagacité , d'attention ou d'obfervation ne nous 
fait il pas porter de faux jugements ? 

Quatrième fait. Un cheval fain devient mor- 
veux prefque fur le champ > fi on lui fait dans 
le nez des inje&ions acres & cortofives. Or , 
ces injeâions ne vicient pas la niaffe des hu- 
meurs. 

Cette propofition eft aufîi vicieufe que les deux 
précédentes. Le tabac excite le larmoiement chez 
l'homme 6V la fécrétion de la morve , mai* il n$ 



wmr* 



hpi^ooticjues. 9 1 

produit pas rozëne ni le coriza. Il n'eft pas dou- 
teux que des injections acres 3c corrofives ne puif- 
fent enflammer , ulcérer la membrane pituitaire 
ex: produire un écoulement morveux : mais cet 
écoulement eft-il la morve eflentielle &: conta- 
gieufe? Nous ne nous îa(Terons pas de répéter 
cette queition , qui peut fe réfoudre fans difpute, 
par de bonnes expériences. 

Cinquième fait. On guérit de la morve par des 
remèdes topiques. 

Il eft certain que l'on a cité des faits ; mais 
ils prouvent peut-être , s'ils font exa&s & bien 
obfervés , que l'ulcération morveufe de la mem- 
brane pituitaire pent être guérie quelquefois fans 
qu'il fe manifefte dans la fuite un nouveau dé- 
veloppement de la maladie fur d'autres parties. 
Oeft ainfi que Ton voit guérir quelquefois par un 
traitement plus heureux que fage des fymptômes 
de vérole ou des maladies cutanées , pardes remè- 
des externes fans qu'il arrive accident > mais com- 
bien n'a-t-on pas de preuves des frites facheufes 
de ces traitements inconfidérés qui détruifent la 
fécurité qui avoit fedr.it & trompé les malades: 
n'a-t-on pas même des exemples que la gué- 
Jïfon des animaux morveux par i'ufâge du trai- 
tement local n'eft qu'illu foire ; 6V r/a-t on pas 
vu des animaux qui avoient œifë de jeter &c 
que l'on croyoit guéris redevenir morveux, 6c 
éprouver tous les ravages de la maladie ? 

Nous n'aurions pas examiné les proportions 
de M. l'abbé Rofier,, qui font celles de Meilleurs 
LafofTe , il elles ne fe trouvoient pas dans un 
ouvrage qui mérite à bien des égards de faire 
autorité s & fi nous n'étions pas perfuadés que 
M. Rofier feroit fâché que la jnfte réputation 
donc il jouit fervît à perpétuer des erreurs qui 



m—mr* 






9 1 Sur les Maladies 

ont peut-être déjà pendant trop long-temps donné 
dzs entraves aux recherches & aux obférvations 
que l'on auroit pu taire pour perfectionner l nif- 
foire d'une maladie qui cil à peine connue. 

L'origine des maladies contagieufes cà tou- 
jours très-obfcure , & l'on peut dire qu'il y a 
beaucoup d'erreurs dans tous les raifonuements 
que l'on fait à ce fujet. 

On a préfumé que la morve avoit été apportée 
dans la Colonie par djs mulets ou par des chj- 
vaux étrangers : on a vu plifienrs fois des chevaux 
qui arrivoient de la Nouvelle-An déterre, & qui 
ay oient des écoulements tur les nasaux ; mais oa 
n'a jamais conftaté par des obférvations exactes, 
fi ces écoulements étoient produits rar la gourme* 
par la morve ou Par d autres maladi -s, ei forte* 
eue cette allégation fur ftratrëdîi&îon de la morve 
datîs la Colonie n'eft qu'une conjecture probable, 
& qui eft dcitituéc de prëuvëfc 'ij. On pcirtS 
des m u*ets éfoaqmols & des chevaux anglois dans 
la partie de l'oued & dans c Ma du fui, corn ne 
dans la partie du nord; cependant la morve ne 
s'eft encore manifeftée- cfùe dans celle-ci, & foa 
principe n'a pas encore été tranfporté dans îes- 
autres parties def la Colonie , ou il ny a pas 
encore pris de développement.' 

Mais en attendant 'que la morve ait pu fe 
former dans la Colonie, nous ne pouvons pas 
faire connoître les caufes qui ont pu prod lire le 
premier germe de la maladie -, ni celles qui peu- 
vent favori fer fon développement. Nous avons 
vu régner la morve fur des habitations dont le 
fol eu: bas , humide , argilîcux , où il y a peu 
de favannes j où les animaux font nourris en par- 



£7)- V. notre huitième obfervarioja 



. 



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"Zn-r- cires. n * 

lie avec des aliment:, é fouffants fermeritefc îbîes 
où ils boivcnr & ( c baignent daçs de. niarrej 
chaudes & dont les eaux font altérées , où tfj 
font employés à des travaux continuels & fati- 
gants , où ils font fréquemment réunis, où ils font 
expoiés à contracter du froid, de l'Humidité après 
un exercice violent. Cependant toutes ces caufes^ 
qui font à peu près les mêmes que celles qui 
ont été indiquées par M. Chabcrt , éxiftent fur 
prefque toutes les habitations de Saint-Domingue 
& 1 on n'y voit pas paroître la morve (8). & 

On regarde la morve en Europe comme une 
maladie chronique qui ne parcourt fes périodes 
qu'avec une extrême lenteur (9). L'été eft la fai- 
ion ou le virus morveux eft le plus contagieux 
où il agit avec beaucoup plus d'activité* c'eft 
pourquoi dans les pays chauds la morve fc com- 
munique fi facilement & prend un accroilTement 
fi prompt (1). 

Il faut dïftinguer pîufieurs époques dans la 
morve. Celle de l'incubation qui eft celle pen- 
dant laquelle le virus fe propage, & agit furies 
humeurs & fur ks organes d'une manière qui 
les diipofe a fiibir l'altération relative au mode 
de cette maladie, &à prendre le ton daciion 
qui convient à fon caractère. 

On ne connoît pas l'étendue de cette énoque 
te Ipuvent elle échappe à l'obfervateur/ ' 

Il y a une féconde époque dans laquelle YeinU 
mal eft inquiet, trille; il a des attitudes gênées 
il le couche plus fréquemment: il y a de iâ 
nevre : il fe forme des g onflements , des uîcé- 

. (8). Infini, fur le. moyen, de s'afîurerde i'e*if!ence de 
la mom Art. ,, causes de la morve, p. XJ & x 4 ' 

(0. V. Méi. réxit. claff. VI, p q i8 ; P " "' 




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Sur les Maladies 
rations pforiques farcineufes , des épiîatïons , des 
tumeurs fur différentes articulations , des clau- 
dications : les narines ne jettent qu'une humeur 
claire , muqueufe Se peu abondante : la mem- 
brane pituitaire paraît plus ou moins rouge ; les 
glandes commencent à s'engorger, Cette leconde 
époque qui n'a pas une étendue déterminée „ 
échappe fouvent encore fur les habitations, parce 
que l'on n'examine pas avec iffez d'attention 
les animaux ., parce que Von ne failit pas toutes 
les indiipofitions qu'ils éprouvent, parce que l'on 
le trompe fur le cara&ère de celles que Ton 
apperçoit &: que l'on ne fait pas qu'il y a dans 
la morve une variation d'accidents > &" une pro- 
greffion de fymptômes qui en impofent , lorP 
qu'on n'en a pas obfervé les rapports fuccefiîfs. 
1 Enfin la troifième époque eft l'état purulent 
de la maladie : c'eft celle que l'on connoit le 
mieux , c'eft elle qui a fixé le nom de la ma- 
ladie > fes progrès &: les fymptômes de dégrada- 
tion qu elle préfente font plus rapides dans les 
pays chauds que dans les pays froids ; &r c'eft 
paixe qu'on l'a examinée abftra&ivement que l'on 
a dit que la morve dans la Colonie paroiflbit 
être une maladie aiguë. C'en: à cette époque que 
les glandes s'engorgent fk s'abcêdent , que les tu- 
bercules du poumon fupurent , que le tiiïu cellu- 
laire s'infiltre , que la membrane pituitaire fe 
charge de tous les défordres décrits par tous les 
Auteurs &: que l'on retrouve dans nos observa- 
tions , que la gêne de la refpiration s'établit , que 
Ion voit toutes les forces vitales combinées, 
toutes les ofcillations fe réunir pour déplacer des 
portions du virus , pour les porter fur diverfeS 
parties St faire des efforts inutiles pour éteindre 
une caufe de deftruétion qui eft indomptable. 



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Êpqoot'qttes-. «• 

Il êft prouvé que la morve eft «ne maladie 
fcontagieufe (i). M. Chabert dit , en parlant de 
la goqrme , de la morrondure , que ces maladies 
ne deviennent conta.ncufo que par le flux qu'elles 
occalionnent. Tout cheval lain , dit il , nefau- 
ïoit en effet lécher , avaler ou recevoir, de quel- 
q te manière que ce foit , l'humeur morbifique 
qui s échappe par les nafeaux d'un animal ma- 
lade , (ans contracter une maladie dont les fym- 
tomes font un flux plus ou moins copieux (z). 
La contagion de la morve agît avec une aâù 
vite relative à la difpofîtion desYujets, à la mafle 
5 e a la force ces principes contagieux J à la conf- 
tui-tion des faifons & aux parties fur lefquelles 
elfe cft appliquée. M. Blein de Villeneuve ha- 
bs-rant au Lirnbé , qui doit fes talents à Ion g&ie 
èc la conhderation à fon mérite , a eu la morve 
tur les mulets de fon habitation : la contaaion 
Mou des progrès &■ avoit un développement 
rapide; il a fait tuer ceux chez tefqœfa la morve 
etort confirmée ; il a ifolé ceux qui parodient 
légèrement affeclé Sj & chez lefquels la maladie 
| oit a la première & à la féconde époque. M. 
*lcm a éteint , par cette conduite , le foyer d- 
la contagion ; il a difperfé &r affbibli ce qui re 
toit : la difpofîtion individuelle a peut-être changé 
avec la conflitution : les circonftances n'ont plus 
ete les mêmes : des influences trop foibles /ont 
pas porte des impreuîons faffîfantes pour exciter 
le développement des principes contagieux & 
la maladie a paru cefler. 

M. Chabert , que nous citons toujours avec 
piailir , dit que tous les chevaux qui habitent 

(i). V. Mk Je la foc. de tsM L. C 
Ai). V. jfoftruS. p. %u 



1 



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Sur les Maladies 
travaillent , boivent & mangent avec des che-* 
vaux morveux, n'ont pas toujours contracté îâ 
morve : il en ell de la morve , iuivant lui * 
comme de toutes les maladies contagieuies î fa 
malignité c(t relative a la difpofition des fujets, 
& elle a d'autant plus d'a&ivité que les chevaux 
iont plus jeunes , que leurs humeurs de gourme 
font plus en mouvement , que leur tempérament 
fera plus altéré , que leur nombre fera plus con- 
fidérable , que leur fervice exigera qu'ils foient 
plus raflemblês, plus mêlés les uns avec les 

autres (4). 

Lorfque le virus morveux attaque les mulets, 
dit M. Vitet, il fait des ravages confiderablcs 
&- fe communique avec promptitude (f). 

Pourquoi la morve attaque-t-elle plus com- 
munément les mulets, à Saint-Domingue, que 
les chevaux ? les chevaux ne font pas mieux 
nourris ni mieux foignés que les mulets : on les- 
fatigue également par des courfes forcées : l'ha- 
bitude d'aller très - vite fait qu'on ne les mé- 
nage pas; ils paiVcnt les rivières étant ; couverts 
de^fueurs : on ne prend aucun foin d'eux lorf- 
qu'ils arrivent : on les lâche -fouvent dansées 
l iavannes où ils font expofés à tonte l'intempérie 
des faifons; ils mangent dans les mêmes bacs, 
dans les mêmes chaudières y ils s'abreuvent dans' 
les mêmes mares , & cependant on n'a pas en- 
core obfervé que toutes ces cmfcs aient pro- 
duit chez aucun le développement fpontané de? 

îa morve 

Tous les animaux qui jettent ne font pas at- 
taqués de la morve. Il y a des écoulements pro- 



(4). V. Tnfi-rua. p. il. 

(j). V. Méd. vécér. dafTe YI,.p. .S14. 



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' ■■J*— - 



, . Ëpi\ootîques. ay 

duits par la gourme , par la pulmonie , par des 
• maladies du iinus maxillaire i comme celle que 
nous avons vue fur un cheval dont nous rappor- 
tons fobiervation i mais dans ces cas , la mem- 
brane pituitaire n'eft pas enflammée , tubercu- 
leufe, ulcérée ; les glandes ne font pas engorgées 
tuméfiées & iuppurées. 

ï^vtyéténnùrc, comme la médecine, a Tes 
difficultés & £cs écueiïs. On a a pas encore dé- 
couvert le fpécifiqne de la morve , & le traite- 
ment de cette maladie 5 abandonné trop fouvent 
a rempinime hardi ou au charlatanifme trom- 
peur, na pas encore fait les progrès que l'on 
peut defirer. 

M rs LafoiTe et Servier ont prétendu avoir guéri 
des chevaux morveux par l'application du trépan. 
M. Malouin dit avoir guéri avec i'éthiops mi- 
nerai & la pervenche : l'eau de chaux „ l'alkaîi 

™lf Vr? r ' le COncret ont réllffi quelquefois 
a M. Chabert. On ne peut donc plus dire que 
la morve eft une maladie incurable (6) , & il raut 
s occuper à perfectionner le traitement qui a été 
indique par ceux qui ont obtenu quelques fuccës 
La morve n'eft pas incurable , dit M. Chabert 
mais fon traitement a été jufqu'à préfent tenl 
& dispendieux. Il eft encore très- incertain dan* 
les chevaux, cfcez lefquels elle a fait des pro- 
grès: mais ce qu'il y a de fur, ceft ta perte 
énorme qu elle peut occafionner , en fe propa- 
geant d un individu à l'autre. Ce ferait donc- 
mal entendre fes intérêts que de chercher à la 
guenr furtout lorfqu'elle eft ancienne ; & fi elle 
ne i eft pas, lorfque le virus a fait en peu de 
temps d es progrés rapides : ainfi la cure de cette 

(6\ V. MUyétér. claff. VI, p. 83©. 



M 






58 Sur les Maladies 

maladie ne doit être entrepuife qu'autant qu'elle 
fera dans fon principe , ou tout au plus dans fon 
fécond période ^ & il faut encore que les ani- 
maux que l'on fe propofe de traiter foient en 
bon état .> d'un bon tempérament de exempts de 
tous antres vices (j). 

On peut , en ifolant les animaux , faire des 
eHais aux différentes époques de la maladie *, 
mais il faut; avant que de faire des expériences fur 
les moyens curatifs , bien examiner l'ordre na- 
turel des fymptômes ; de c'eft pour n'y avoir 
pas fait affez d'attention , & parce que 1 on n'a 
eu jufqu'à préfent qu'un diagnoftique incomplet, 
que l'on a propofé des méthodes confufes , oit 
des traitements infuffifants. 

Il n'y a rien de fi aifé en général que d'or- 
donner des remèdes , &: il n'y a rien de fi diffi- 
cile que de les bien appliquer. La méthode nous 
féduit quelquefois , mais la règle nous manque > 
'& nous obtenons fouvent avec regret des reful- 
tats différents de ceux que nous attendions , parce 
que nous n'avons pas lu choifir les circonftances 
les plus favorables pour leur application , &: parce 
que nous n'avons pas fa prévoir les effets qu'ils 
pourroient produire. 

Ne pourroit-on pas, dit M. Paulet (8), du 
moment qu'une bête malade eft condamnée Se 
renfée morte -, au lieu de la tuer tout de fuite , 
l'enfermer dans un endroit particulier à l'abri de 
toute communication , Se faire fur elle l'enai 
de différentes méthodes que l'on propofe jufqu'à 
ce que les fymptômes , décidément mortels, 



( 7 ). V. ïnftr. p s i y Û 16, méd. vétér. clalT. VI, p. 8i<». 
(8). Pvech. hift. 6c phil. fur les mal. épiz. r. II, p. 13 * 
& 137. 



9*** 



—m 



Êpî^ootiques. 99 

tel que la diflenterie 3 parnflenc. De cette ma- 
nière , l'état & les particuliers -lie perdraient que 
ce qu'il eft impoflîblé de fauver , c\: l'on aurait 
au moins la facilité de faire des tentatives qui 
pourraient avoir quelque fuccès -, car il faut Ta- 
vouer , la conduite qu'on tient eft à la vérité îe 
triomphe des moyens politiques de l'Adminil- 
tration , mais fait la honte de l'Art & ne donne 
aucune efpérance. 

Il ferait à defire'r qu'il y eût des Artiftes con- 
facrés à ces expériences. Nous convenons > avec 
M. Rozier , que les dépenfes en feraient fort 
confidérables ; mais pn ne doit pas être retenu 
par cette confidération , puifqu'iî n'cft pas poffi- 
ble qu'en faifant tous les facrificcs qui feraient 
néceflaires pour fuivre toutes les vues qui fe 
préfenteroient , en ne négligeant aucun détail , 
les dépenfes foient jamais à comparer aux bé- 
néfices qui pourraient en réfuiter pour les par- 
ticuliers &: pour l'état , fi l'on étôit aifez heu- 
reux pour parvenir à fixer une méthode curative , 
après avoir reconnu la nature, le caraclère, la mar 
che j les fy'mptôrries de chaque maladie : d'ailleurs 
ïe peu d'importance des victimes favorife les pro- 
grès de l'Art vétérinaire y & chaque Nation doit 
ambitionner la gloire de faire des découvertes 
dans cette partie , qui ne peuvent qu'améliorer 
le commerce &: l'agriculture. 

M. Vicq-d'Azir propofe de pratiquer l'inocu- 
lation pour s'alfurer de l'a&ivité de la contagion 
d'une maladie épizootique (9) : ce moyen ferait 
excellent fans doute, s'il ny avoit pas des cir- 
conftances qui peuvent faire varier les réfuîtats ; 
il a été employé en 1748 par M. Decourtivron 5 



£?). V. Expolît. des moyens car. & préTerv. pag. ^7. 

G ij 



I 



■*■*'■■'■ 



" ' 



îoo Sur tes Maladies 

■ 

il vouloit s'afTurer de quelle manière la maladie 
cpizootiqne qu'il obfervoit fe communiquoit i 
un fetil inoculé avec la bile Ta contractée , fte 
en eft mort. Layar a tenté le même moyen en 
Angleterre en 1758 : on Ta pratiqué en Hollande 
en 1770: enfin on s'en eft fervi à Sélan , dans 
les îles de Fimen , de Falfter , de Laland , d'Ar- 
roé en 1779 > cV on eft parvenu à faire ceifer 
i'épizootie qui ravageoit ces pays (1). 

M. Mauduyt a propofé de faire fur des ani- 
maux l'inoculation de la pefte , pour chercher* 
les moyens d'afFoiblir le virus loymique (2). M. 
Samoïlovitz croit que l'inoculation de la pefte 
peut être utile aux perfonnes qui , par état i font 
obligées d'être auprès des malades \ mais il eft 
probable que l'on aimera mieux attendre les 
événements de cette maladie terrible, que de 
chercher à s'y expofer. 

Les belles expériences de M. Vicq~d*Azir> dans 
I'épizootie de 1775 > ont prouvé que la maladie 
ne fe communiquoit pas aux chevaux , mulets , 
ânes , chiens , chats > cochons , moutons &■ chè- 
vres. Le principe de cette maladie étoit fans 
doute fous une modification qui n'avoit aucun 
rapport avec le principe de vitalité de ces diffé- 
rentes efpèces d'animaux : mais cela n'arrive pas 
toujours dans toutes les épizooties , car il y en 
a qui padent d'une efpèce à l'autre j 6c on n'en 
a vu qui étoient répandus en même-temps fur 
différentes efpèces d'animaux. 

Les expériences de M. Vitet fur l'humeur mu- 
queufe des animaux morveux prouvent , 1°, que 



(1). Effai fur l'aétion de l'air dans les maladies contag. 
pag. ni Se 112. 
(.1). L. C. p, 6$. 



— ■ 



Êpv{OQtiques. i o i 

îa morve dune brebis, introduite dans les nafeaux 
d'un cheval fain , ne le rend pas morveux , de 
même que celle d'un cheval morveux n'agit pas 
fur la membrane pituicaire d'une brebis faine : 
i°, que ii on inocule la morve d'un cheval à un 
autre dans une plaie faite aux téguments , celui- 
ci ne devient pas morveux*, mais que s'il mange 
des herbes infectées de morve,, il ïa prend pat- 
cette voie : 3°, qu'un cheval fain qui habite avec 
un cheval morveux au dernier degré, en efl plutôt 
infedé que dans tout autre cas^ & plus facile- 
ment encore s'il eft jeune & dans une faifon 
chaude (3). 

Il réfuite des expériences que nous avons faites 
au Cercle , par l'invitation de MM. de la Luzerne 
&" de Marbois , en préfence de MM. de Vincent, 
de la Plaigne & Jauvin , commandants & or- 
donnateur au Cap, que la morve eft contagieufe; 
que l'aclivité de la contagion eft relative à fa, 
maflê , à fon énergie , à l'époque de (on déve- 
loppement , à la conftitution de la faifon , à h, 
dîfpofition des fajets. & à quelques complica- 
tions dont les nuances n'ont pas été bien cbfer- 
vées ; qu'il faut que les animaux habitent en- 
jemble pour contracter la. maladie , ou qu'ils, 
ioient fournis immédiatement à 1'aétion des prin- 
cipes contagieux ;. qu il eft douteux que cette 
intècïion puïflè fe tranfmettre par le moyen de 
l'air , comme l'a avancé M. le Baron de Sind (4) ; 
que les fajets âgés & domptés par le travail 
font plus fufceptibles de con trader la maladie 
que les jeunes animaux chez lefqueis le principe 

(3). V. Rech. fur les maladies épizeot. par M Paulet 
part. II, t. II, pag . m . r 

U). L'Art du manège , ebap. XVIII de la morve, p. iii, 

Ç uj 



soi Sur les Maladies 

vital eft énergique &:- fougueux ; que tous les. 
écoulements des narines ne caraétériient pas la 
morve , & qu'outre ceux qui ont été indiqués 
par les Auteurs, il peut y en avoir qui i oient pro- 
duits par une altération particulière des finus ; f 
que le virus morveux n'agit pas excîudvement 
& abfolument fur la membrane pituitairè \. qu'il 
porte fon imprefîion fur toutes les humeurs , fur 
tous les vifcères ; que ce virus qui. coagule la 
lymphe eft d'une nature fubtile Sz très caufti-. 
que -■> que l'écoulement des nafeaux n'en eâ que 
le véhicule ; que les différentes tumeurs qui fe 
manifeftent dans le développement de la ma- 
ladie ne paroiifent être que les effets inutiles des. 
efforts que la nature fait pour l'engouer , l'ab-- 
ferber ., l'adoucir ou le rejeter ; que la m.orvc : 
admet , comme toutes les autres maladies , des. 
complications qu'il ne raut pas .confondre y que 
le développement de la morve &: l'époque de 
la fuppuratipn font annoncés par un mouvement 
fébrile ; que l'altération de la membrane pitui- 
tairè eft ibuvent le dernier fymptôme qui fe 
manifefte ; que Couvent a comme le dit M, le 
Baron de Sind , cet état eft précédé par la cor- 
ruption de la maife des humeurs &: leur altéra- 
tion corrofive (y). 

Il eft prouvé en outre que les ouvrages far 
la morve contiennent des opinions faufles , con- 
tradictoires & problématiques ; que les Auteurs 
qui ont "propofé des remèdes, topiques pour la 
morve ne connoiôpient pas bien fon carac- 
tère (6) , qu'il refte encore beaucoup de recher- 
ches à faire fur cette maladie dont les lignes 



(f). L'Art du manège, L. C. page 12.4. 
(é), Id. page 110. 



Èpz\ootîques* 103 

font incertains , &: dont la nature &: les vrais 
principes ne font pas encore bien connus (7) ; 
que l'on doit multiplier les expériences &z les 
faire à toutes les époques de la maladie; que 
Ton ne doit pas être arrêté par les difficultés ni 
parles mauvais iuccés , parce que Ton ne peut 
pas prévoir les réfultats que Ton peut obtenir en 
confultant la nature plus que les livres. 

Les Habitants qui liront notre travail fend- 
ront combien il eft eifentiel qu'ils obfertfent leurs 
troupeaux avec plus d'attention qu'ils ne le font 
ordinairement , & qu'ils féparent les animaux, 
qui montrent des fymptômes équivoques , des 
altérations obfcures. 

Notre fixième obiervation 8c la huitième prin- 
cipalement doivent les empêcher d'acheter des 
animaux qui ont des écoulements fufpe&s , Se 
elles démontrent , fans doute plus que tous les 
raifonnements que l'on a pu faire jufques à pré- 
fent , combien il eu nécerTaire que les cargai- 
fons feient vifitées par des Experts , pour pouvais 
féparer ou tuer les animaux qui auroient de pa- 
reils écoulements &: empêcher qu'ils foient ven- 
dus ^ jufqu'à ce que leur état ait été bien carac- 
térifé, reconnu &: conftaté. 

Les maladies des beftiaux font fouvent indomp- 
tables y & fouvent elles éludent tous les remè-- 
âcs. On peut fouvent attribuer les pertes que l'on? 
fait, les mauvais fucçès que l'on éprouve à la 
confiance mal dirigée à laquelle on fe livre , aux 
préventions que l'on a adoptées., aux moyens irré-~ 
fléchis que l'on emploie. Nos connoilîancçs ont 
fans doute un terme : nous ne pouvons redref- 
fer tous les écarts de la Nature ; nous n'avons 






(7). Id. page zij, 



G iv 



4*mm 



mfmm&m 



Î04 Sur les Maladies 

pas le pouvoir d'arrêter tons les moyens qu'elle 
emploie pour détruire. Notre précipitation nous 
égare fouvent. Nous étabhitbns nos faux juge- 
ments en règles & nos préventions en principes? 
Nous agiiTons fans rien faire de bien; le hafard 
nous fert quelquefois , mais il nous trompe & 
nous carre (fons nos erreurs. 

L'attention eft la mère des fciences ; c'eft elle 
qui dirige le jugement ; elle forme le Médecin 
&: le Vétérinaire. Nous devons révérer fon culte s 
&: c'eft à elle qu'il faut nous attacher pour rec- 
tifier nos connoiiTances , nous dépouiller de nos, 
préjugés éprendre dans le fanduaire de la Nature. 
Tes notions juftes qui nous manquent fur le carac-r 
tère des maladies., & fur les moyens dont nous 
pouvons difpofer pour les guérir. 



j«m.«M. T ,.^L_>uu > «. ^i, êuaf.mmif mj 



OBSERVATIONS 

Et expériences fur la Morve par M. Arthaud^ 
affifté par M, Rculln, 

Première Obfervation.. 

Le 9 août 1787, M. Lompagicu - Lapole nous 
a prié de vifiter un mulet qui appartciîoit à M. 
Roger ? négociant en Ville. 

Cet animal , âgé de fept ans , paroiffbit ma- 
lade depuis un mois; s'étant apperçu qu'il ne 
mangeoit pas à fon ordinaire _, que fon poil étoit 
hiifant , qu'il portoit la tète baffe , que fes yeux 
étoient engorgés, qu'il avoir de la chaleur, on 
lui fit trois faignées qui fournirent un fang très- 
couenneux,, & on établit un régime rafraîchie 



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Êpî^ootiques. T05 

Tant t quelques jours après on vit que les glandes 
fubîinguales étoient engorgées, fk qu'il y avoit 
plufieurs tumeurs roulantes plus ou moins grolTes 
a la partie fupérieure interne & pcftérieure de 
la cuiiïe hors du montoir, Il en parut bientôt d'au- 
tres le long du cou , à la cuiiTe du côté du mon-* 
toir & fur d'autres parties. M. Lapoîe , Tentant 
de la moleiTe dans une de ces tumeurs,, y donna 
un coup de flamme y & il en fortit un pus blanc 
épais y il appliqua un bouton de feu fur une de 
ces tumeurs qui étoit de la groffèur d'un œuf 
de pigeon : plufieurs de ces tumeurs s'ouvrirent 
Spontanément , & il en réfulta des ulcères pro- 
fonds &r ronds qui rendoient une humeur rouife 
cV fanïeufe. Les jambes enflèrent; l'animal jeta 
bientôt une humeur muqueufe, qui devint blan- 
che , enfuite jaune, & après cela Sanguinolente, 
brune 6> fétide :■; l'animai 4 qui dans le principe 
de fa maladie étoit gras , avoit maigri ; Ton poil 
etoit kc , hériué ; il portoit la tête baffe', il 
avoit les oreilles pendantes , l'épine du dos pa- 
roiflbit arquée , les nafeaux étoient écartés , îa 
refpiration difficile 6V bruyante, 6V il jetoit une 
grande quantité d'humeur rouife, fanguinclante 
tk très-fétide. 

M. Lapole a tué cet animal en notre préfence ., 
les tumeurs formoient un kifte rempli d'un pus 
épais, quelques-unes étoient skirreufes , le tilîli 
cellulaire des extrémités étoit rempli d'une hu-* 
meur lymphatique féreufe rqufle. Il n'y avoit rien 
de remarquable dans le ventre : le poumon droit 
etoit engorgé par un fang noir , ce qui le ren- 
doit compati : il y avoit dans ce vifeère plufieurs 
tubercules : le poumon gauche avoit une couleur 
plus naturelle , il étoit moins engorgé & moins 
denfe : les glandes bronchiques étoient enjor- 




*'m »■ 



'ïo6 Sur les Maladies 

gëes , moîaifes : le tiffu cellulaire qui eft à i& 
partie fupérieure du médiafim , &" qui foutient 
la trachée artère & les premières divifions des 
bronches , contenoit une humeur roufîe lympha- 
tique, comme celle que nous avions trouvée dans 
les extrémités. 

Les nafeaux étoient chancres, ulcérés : il y 
avoit fur la membrane pituitaire des tubercules 
rouges ulcérées considérables. Le cartilage de la 
çloifon, le vomer étoient altérés par la carie., les 
cornets étoient ulcérés & recouverts d'une ma- 
tière giaireufe & purulente. Nous avons trouvé 
la même humeur dans les finus. La partie droite 
de l'éthmoïde étoit noire , engorgée de fang. 

Deuxième Obfervation. 

Le 4 décembre nous avons ouvert une mule 
qui nous avoit été abandonnée par M. la Fau- 
chérie > négociant au Cap-françois. 

Cet animai étoit malade depuis fix femaines». 
il avoit d'abord paru trifte & fans appétit : il 
lui étoit furvenu des enflures aux extrémités de 
Lanière-main : il s'eft formé des engorgements 
dans les glandes lymphatiques., principalement 
fous la peau des extrémités de Farricre-main. 
Plufieurs de ces tumeurs ont fuppurê , 6V ont 
formé des ulcères ronds : il s'eft établi un écou- 
lement par les nafeaux. M. Lapoîe qui a été con- 
fuîté, a déclaré que ranimai avoit la morve & 
qu'il falloit le tuer. On a voulu tenter quelques 
remèdes : l'écoulement eil devenu plus confidé- 
rable ; il étoit épais , jaune , gluant : il y a eu 
une hémoraeie du côté droit trois jours avant 
la mort : cette mule étoit maigre ; elle avoit le 
poil.fecj les oreilles baifes ., le cou allongé: la 



^^^™ 



Epi^ootiques. ioj 

rcfpiration étoic difficile , bruyante , les flancs 
écoient agités , le dos étoit arqué : il n'y avoit 
pas de fièvre &: point d'appétit. 

La tunique externe des poumons étoit tuber- 
culeufe : il y avoit plufieurs tubercules qui étoient 
fuppurés : les glandes fnbiinguales , les thyroï- 
diennes, les bronchiques étoient molles, engor- 
gées & infiltrées de férofités : le péricarde con- 
tenoit un épanchement jaune féreux : l'épiploon 
étoit fondu , le méfentère étoit infiltré , les 
reins mous \ le foie , la rate contenoient un fang 
noir diflbus : il y avoit plufieurs cèdres au py- 
lore , l'eftomac étoit vide , racorni. 

La membrane pituitaire qui recouvre les finus 
maxillaires &: zigomatiques, principalement celle 
qui tapiffe les cornets , le vomer , la cloifon car- 
tiîagineufe étoit gonflée , ulcérée , purulente 
fanieufe : les os mêmes &: les cartilages étoient 
attaqués par la carie 3 les chairs êk le cerveau 
étoient mous. 



Troijilme Ohfervatiort* 

Le 3 décembre nous avons ouvert une mute 
qui nous avoit été envoyée de l'habitation Def- 
glaireaux , par M. Elanq : nous fumes étonnés 
que cette bête qui étoit au dernier degré du 
marafme , & qui fe foutenoit à peine , eût pu 
faire deux lieues \ elle jetoit depuis pluiieurs 
femaines des deux nafeaux une humeur d'un 
blanc jaune , les glandes de la ganache étoient 
engorgées. 

Le tiffu cellulaire du- méfentère du médiafein 
du cœur étoit infiltré de férofités . les glandes 
ialivaires & lymphatiques étoient molles , in- 
filtrées &: engorgées: le fang étoit noir &: diflbus , 



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ïo8 5^ r /« Maladies 

les poumons étoient noirs 3 denfes , tuberculeux 
& engorgés par une matière muqueufe , puru- 
lente & fanieufe. r 

Les fiflus frontaux étoient ulcérés , les maxil- 
laires & les zigomatiques contenoient une grande 
quantité de matière purulente , grumeleufe : la 
cloifon des narines , les cornets du nez étoient 
altérés par îa carie , & la membrane pituitaire 
etoit tuberculeufe , ulcérée & purulente : l'efto- 
mac étoit racorni ; il contenoit , aïnfi que le 
duodénum * plus de cinquante vers ftr oneles , 
fort longs. 

Il y avoit un anévrifme affez confidérable au 
tronc de la méfentérique antérieure : les tuni- 
ques internes étoient filandreufes & celluleufes. 

Quatrième Qhfervation. 

Le 4 décembre , M. Lafaucherie nous a en- 
voyé une jeune mule qui avoit paru malade 
depuis trois femaines > & qui ne jetait que de- 
puis quatre jours par les deux nafeaux une hu- 
meur d'un blanc jaune , purulente & vifqueufe. 
Cette bête avoit eue des enflures , & fon poii 
étoit fec \ elle refpiroit avec bruit 6> lentement; 
elle étoit maigre & fe foutenoit avec peine. 
Nous lavons tuée , en lui ouvrant une jugulaire 
&: une ^ carotide qui n'ont donné qu'une petite 
quantité d'un fang diflbus : la membrane pitui- 
taire de la cloifon des narines étoit variqueufe, 
tuberculeufe , ulcérée : il y avoit du pus dans les 
finus maxillaires & zigomatiques. 

Les poumons étoient tuberculeux : il y avoit 
un épanchement féreux dans le péricarde : l'ef- 
tomac étoit fort racorni. 

Nous avons trouvé plufieurs crinons dans le 



: 






n~ 



centre. Il y en avoit plufkurs dans un anévrifme 
du tronc de la méfentéricjuc antérieure : il y avoit 
au deifous de cet anevrifme , dans le tiiîli cellu- 
laire du méientëre , une tumeur grofï'e comme 
uns orange , qui étoit formée par tm fang con- 
cret., noir & terreux. Cette tumeur étoit tra- 
verse par une branche de l'artère 6V de la veine 
mefenteric^ue, qui étoient dilatées au double de 
leur diamètre naturel. 

Les glandes lymphatiques de la ganache, du 
cou, des bronches, du méfentëre étoient en* 
Çorgees molles , infiltrées .- le tiffu cellulaire 
ctoit infiltre dans plufieurs endroits. 

Cinquième Obfctvaiiotu 

Le y décembre , M, le chevalier de Pont 
habitant au Limbe , confultoit M. Lapoîe pour 
une mule de quatre ans qui avoir un écoule- 
ment par les nafeaux , principalement du côté 
gauche , lorfque j'arrivai. M. de Pont 3 étant bien 
convaincu par ce que lui avoit dit M. Lapofc 
que cette bete avoit la morve, voulut bien me 
1 aoandonner pour fervir aux expériences propo- 
lees par le Cercle. v F 

Les narines jetaient une humeur blanche 
muqueufe , claire : la narine gauche paroiflbiî 
chanerce ; elle jetoit plus que la droite. Il y 
avoit fur les grafîets des extrémités de l'avant- 
main^nnecpilation avec une petite érollou & r * 
cineuie ; %t fur la partie interne du genou da 

S^ÏÏ-Sâi? avok une petke ^* 

f c 7 l'écoulement étoit plus confidérable « 
plu» ,aune & plus épaule : l'animal avoit de lÇ 




mi i n .1 ■ ■ ■ 



î là Sur les Maladies 

petit, il étoit en bon état j fon poil étoit fecj 
il portoit de temps en temps la tête baffe : la 
rclpiration étoit aiTez aifée. 

L'écoulement eft devenu plus abondant .,. l'en- 
gorgement des glandes de l'auge a augmenté. 
Le quatorze , le quinze & le leize ^ il y avoit 
des iiries fanguinolentes : les os du nez & le' 
chanfrin étoient gonflés & fenfibles : les narines 
ont jeté plufieurs lambeaux de membrane pitui- 
taire , & il y a eu plufieurs hémorragies : il s'eft 
formé des engorgements dans diverfes parties , 
mais principalement dans l'extrémité de i' arriére- 
main du coté du montoir: il eft furvenu fur la 
queue & fur le dos des excoriations qui fuin- 
toient une humeur ronde , muqueufe. L'animal 
a maigri , la féchereffe de fon poil a augmenté ; 
il avoit le cou alongé , la tête baffe, les yeux 
ternes , la contenance trifte. Nous n'ayons pas 
obfervé des fièvres : l'appétit a diminué le onze 
janvier : l'animal infpiroit par la bouche , l'ex- 
piration étoit bruyante -, il s'eft abattu, &: il 
eft mort quelques heures après. 

Les glandes de la ganache , du cou , des bron- 
ches , du méfentère avoient une texture molle, 
macérée & infiltrée : la rate étoit même blan- 
che à fa furface , plus large que dans l'état na- 
turel , & les vaiffeaux lymphatiques obftrués par 
une lymphe blanche & concrète : le foie avoit 
quelques adhérences avec le péritoine : les reins 
n avoient rien de remarquable , la veffie conte- 
noit beaucoup d'urine , l'eftomac étoit vide , ré- 
tréci : il y avoit quelques ceftres attachés au py- 
lore : le tronc de h mefentérique antérieure étoit 
de la groffeur d'un œuf, & il y avoit plufieurs 
crinons : le ventre , la poitrine , le péricarde 
contenoient un peu de férofité citrine : les pou- 



i^"H 



■■ 



'ypi-fQOtiques* i T t 

.faons ètoient denfes, remplis d'écumes : le cœur 
contenoit un fang noir coagulé & des concré- 
tions lymphatiques jaunes : la membrane pitui- 
taire étoit goniiée , ulcérée , détruite : la cioifon 
cartilagineule & le vomer étoient rongés par la 
carie: les cornets, les (mus étoient abreuves par 
tin pus blanc 6V jaune , très-abondant : il y avoit 
une nuance fenfible entre le pus du finus & 
celui des foiTes nafalles. 

Sixième Ohfervatiom 

Le 4 janvier 1788 , le révérend père Merdier, 
ïirpérieur de la Charité 3 nous a abandonné une 
cavale arïgloife , âgée de huit à neuf ans , qui 
avoit depuis trois ans un écoulement par le na- 
feau gauche. 

- On avoit cru que cet écoulement étoit pro- 
duit par la gourme ; il a ceifé pendant quelque 
temps y &: alors l'animal qui avoit maigri a re- 
pris de l'embonpoint & de l'appétit. 

Nous avons fait des injections dans la narine 
malade avec une décoction de denteîaire & de 
karatas : cela n'a produit aucun effet. 

M. Lapole a tué cet animal le 15) , en lui ou- 
vrant une carotide. 

Il y avoit un épanchement féreux aflez con- 
fidérabîe dans le ventre ; il contenoit pîufîeurs 
ennons. Deux tubercules gros comme des noix 
étoient placés à la face antérieure de l'extrémité 
du côté gauche de l'eftomac ; ils contenoient du 
pus ,- des crinons : ces tubercules avoient une 
ouverture fiftuleufe dans l'eftomac : il y avoit 
plufieurs cèdres autour du pylore. 

La tunique extérieure du foie &: de la rate 
étoit laiteufe & obftruée : le foie avoit plufieurs 
adhérences 5 fa fubftance étoit altérée. 




3MUMÉ 



x t i Sur les Maladies 

Les ovaires étoient engorgés <k contenoient 
plufieurs hydathides. 

Les poumons paroiiloient engorgés } tubercu- 
leux : il y avoit dans le poumon gauche deux 
tubercules gros comme des œufs : ils étoient 
durs & contenoient une matière purulente , cou- 
leur de lie de vin* 

La cavité de l'os maxillaire du côté gauche 
îi'exiftoit plus ; elle étoit remplie par une fubf- 
tance oiTeufe , lameîleufe , enduite d'un humeur 
jaune 3 glntineufe qui s'étendoit dans le tiffu al- 
véolaire jufqu'aux collets des dents molaires. 

A la partie fupérieure du finus maxillaire j 
au-deiïbus du finus frontal Se de l'os ethmoïde, 
il y avoit un point fiftuleux qui contenoit une 
matière purulente &: d'un blanc jaune : la mem- 
brane pituitaire de la cloifon , du côté gauche i 
étoit granuleufe fk engorgée : les glandes fublin- 
guales , les maxillaires , les bronchiques n avoient 
rien de remarquable. 

La maigreur de l'animal , fon appétit vorace 
pouvoient bien faire foupçonner des vers : la re£- 
piration n étoit point gênée \ les glandes n'étoient 
pas engorgées , le poil étoit bien fourni : l'animal 
n'éteit pas trifte \ il n avoit aucune ulcération fur 
la peau» L'écoulement de la narine gauche étoit 
Continuel, mais peu confidérable : la membrane 
pituitaire étoit granulée cV phlogofée par l'irri- 
tation de la matière purulente , mais elle u' étoit 
pas ulcérée t donc cette maladie étoit particu- 
lière au finus maxillaire , &: elle ne préfentoit 
[>as la réunion des fymptomes qui caraclérifent 
a morve. 

Le 2.3 janvier , M. Lapoîe a envoyé au Cercle 
atTembîé la tête d'un mulet qu'il venoit de tuer. 
La membrane pituitaire étoit tuberculeufe, épaifTe 

de 



Êpî^ooriqùes* xi? 

& chancrée : le finns maxillaire gauche conte- 
noir une matière albumineufe jaune , mêlée à 
quelques flocons de matière blanche «baffle 
purulente. ** 

m A la partie fupérieure -, moyenne Se poux- 
neure xle la mâchoire inférieure, il y avoit un 
■exoftoze : les deux dents molaires qui y répon- 
doient étoient écartées , 6> Ion voyoit qu'il y 
avoit une ulcération alvéolaire: ce dépôt dans 
les alvéoles pouvoir être une complication indé- 
pendante de la morve. Nous établirons notre 
préemption fur l'analogie de ce dépôt avec 
ceux qui fe forment chez l'homme, & qui pre- 
nnent fou vent des exoRofes , des caries & des 
ulcérations iiiluieufes. 

Septième Ôbfervation. 

M; Dorfon maître en chirurgie au quartier 
lorin , dans la dépendance du Cap - François , 
tait la relidence fur l'habitation des héritiers Le- 
febvre; il nous a dit qu'il avoit perdu pour qua- 
torze mille livres d'animaux attaqués de la morve 
depuis rinvafion de cette maladie qui exerce 
encore les ravages dans ce moment fur cette ha- 
bitation ; il nous a envoyé deux chevaux le ï* 
février : lun âge de neuf ans, étoit très-mai- 
gre fon poil fec , les glandes de la ganache 
groJes dures, douloureufes : le mouvement de 
1 artère etoit lent 6> foibîe -, la refpiration eênée- 
& bruyante : il fortoit des deux nafeaux une 
humeur abondante , fétide , épaiffe , d'un blanc 
jaune : 1 animai avoit encore de l'appétit, quoi- 
qu il parût trifte & foible. *? ' 4 

Le 16 , M. Lapoîc lui a ouvert la jugulaire* 
nous y avons introduit de l'air avec un chalu- 

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•4 i ■■ i ■— ^m^^^wpw>'i 



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3M 



1 1 4 vSW fe Maladies 

meau : la refpiratiofi a été fréquente dans l'inf- 
tant i ranimai a eu de l'inquiétude ; il a vacillé, 
les yeux ont paru fixes ck: inclinés , il s'eft abattu 
&c renverfé iùr le dos, il a eu quelques mou- 
vements convulfifs qui ont précédé la mort. 

Le foie avoit des adhérences très-fortes avec 
le diaphragme '&£ le péritoine : la tunique exté- 
rieure du foie ètoit blanche : il y avoit des points 
tuberculeux remplis d'une humeur épaiiTe gra- 
nulée. Plulieurs vairTeaux lymphatiques blancs 
convergeoient à ces tumeurs : la tunique exté- 
rieure de la rate étoit blanche & obftruée : il y 
avoit à la partie antérieure de i'eilomac un tu- 
bercule gros comme une noix, compofé de l'épaif- 
firTementck de l'obitruction des vanTeâux lym- 
phatiques. Le tubercule contcnoit du pus , dQS 
crinons & une matière grumeleufe , blanche , 
épairfe. La méfentérique antérieure formoit un 
anévrifme rempli de crinons. Le péricarde con- 
tcnoit une férofité jaune. Les glandes bronchi- 
ques étoient fort engorgées & molles. Les fmus 
du cerveau contenaient de l'air , ainil que les 
ventricules du cceur. Les (inus des narines , l'os 
ethmoïde étoient fains. Le vomer , la cloifon 
cartiiagineufe étoient rongés par la carie, & la 
tunique pkuitaire étoit gonflée , tuberculeufe , 
ulcérée ck couverte de pus. 

Le fécond cheval , âgé de dix ans , étoit moins 
maigre que le premier •■> il jetoit des deux nafeaux 
une humeur fétide , jaune , puante &: abondante. 
Les glandes étoient engorgées , mais on avoit 
fait une incifion far la ganache qui avoit pro- 
duit un ulcère vermineux. La respiration étoic 
genèc : il y avoit de la toux. L'animal man- 
geoit bien & paroi floit vigoureux. La tunique 
extérieure du foie étoit obftruée , ainfi que celle 



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^^—*mm*. 



^-m^mammmmmmmmm 



Epî^oodquês. ir?/ 

TO k rate : il y avoit un tubercule vermîneux à 
îeftomac : la méfentérique dilatée contenoit des 
crinons. Les fmus des narines 6V les cornets 
étoient affez faïns , mais la membrane pitui- 
taire qui recouvre le vomer & la cloifon car- 
tiiagmeule des narines étoit épaiflTe , tubercu- 
leule , ulcérée , couverte de iuppuration avec 
carie des os & des cartilages. 

Huitième Ohfcrvatîoru 

te 10 avril 1787, le R. P. Chérubin, pro- 
cureur de la maiibn de Charité du Cap, a 
acheté, dans une cargaifon de chevaux angloïs , 
une cavale âgée de huit ans. On s'appercut que' 
la narine gauche jetoit du pus: mais on crut, 
fur ce que dit le vendeur , que c étoit un refte 
de gourme. 

Il fûrvint un petit ulcère rond, en dehors du 
boulet de l'extrémité de lavant-main au montoir. 
L'écoulement perfifta. M. Lapole fut confiilté \ 
&il fut d'avis que l'animal avoit la morve, & 
qu'il falloir le tuer : nous jugeâmes la même 
chofe au mois d'octobre dernier, & nous le 
demandâmes pour être employé à nos expérien- 
ces. L'ulcère du boulet a paru fe deifécher, 
mais il s'eft formé des excoriations fur les cuiffes! 
L'écoulement a augmenté , ainfi que l'engorge- 
ment des glandes de la ganache , la maigreur 
la triftefle & la féchereffe du poil. 

Le 2,3 février, cette jument nous a été aban- 
née ; elle jetoit des deux nafeaux , mais plus 
abondamment du côté du montoir , &r les ^lan- 
des de ce côté étoient plus gonflées. Nous avons 
découvert une jugulaire de la longueur de trois 
pouces , nous avons fait un nœud coulant aux 

H ii 




^* »«■ ' 



a*i 



ï ï S Sur les Maladies 

deux extrémités : nous avons introduit un fiphoit 
dans une couverture faite dans le milieu -, Ô£ 
après avoir lâché les nœuds coulants , nous avons 
foufflé de l'air dans la veine. L'animal a vacillé 
& a tombé tout de fuite : les yeux Te font ren- 
verfés ; il a été agité par des convulfions , & il 
cil mort en moins de trois minutes. 

Il y avoit un épanchement d'une férofité jaune 
dans le ventre: entre le foie & la petite extré- 
mité de l'eftomac, il y avoit une hydatide lon- 
gue de plus de fix pouces , du diamètre de cinq 
à fix lignes ., flottante & contenant de la féro- 
fité jaune. L'épiploon formoit un rézeau entre- 
lacé par des vahTeaux blancs qui paronToient 
contenir une lymphe concrète. L'eftomac étok 
rempli d'herbe fèche ', il étoit dur , il paroiffoit 
phlogofé dans fa petite extrémité. Il y avoit dans 
fôn fond & au pylore des ruches de vers œftres , 
fk Ton voyoit for Iç pylore des callofités fur lef- 
quelles étoient imprimées les morfures des vers 
qui y avoient été attachés. Entre le pancréas Se 
la veine fplénique , nous avons trouvé plufieurs 
vers crinons dans un tiffu cellulaire , abreuvé 
par une férofité jaune. Il y avoit fur l'eftomac 
un petit tubercule qui contenoit des crinons. La 
tunique du foie & de la rate étoient d'un blanc 
laiteux , & il y avoit fur le foie plufieurs grains 
très-blancs & fort durs : le tronc de la méfen- 
térique contenoit des crinons. 

Les poumons avoient des tubercules en quan- 
tité : plufieurs étoient en fuppuration : les glan- 
des inguinales, les méfentériques & les bronchi- 
ques étoient engorgées , molles & infiltrées. 

Le finus frontal, le zigomatique , le maxil- 
laire du côté du montoir étoient prefque effacés: 
les os étoient gonflés 6c formoient une fubftancc 



"-"■ 



Êpi^ootîques. X17 

fpongîeufe , réticulaire , qui étoit tapiiïce par 
une membrane pkuitaire engorgée & imbioée 
d'un pus blanc & épais , excepté dans le bas 
du finus maxillaire , où il y avoir une très-petite 
cavité applatie qui contenoit une matière jaune, 
glutineuie.^ L'os ethmoïde étoit également gonflé 
& abreuvé d'un pus blanc. Les cornets , la c\ Q ^ 
ion du même côté étoient abreuvés de pus. La. 
membrane pituitaire de la cïoifon &: de la partie 
moyenne des cornets étoit couvert de cicatrices 
€toilees blanches , calîeufes. Les finus du côté 
hors du montoir, & Y os ethmoïde étoient dans 
1 état naturel : les cornets & la cloifon étoient 
couverts de pus, & la membrane pituitaire oui 
etoit gonflée prélentoit aùÉ quelques cicatrices 
etoiïees & caileuies. 

En détachant une épaule , âpres avoir coupé 
une artère axillaire , le fang eft forti en arcade. 
Nous, en avons reçu à peu près deux livres dans 
un vaierlorfqu il a été refroidi, nous avons trouvé 
au-deffus d'un coagulum, d'un rouge noir con- 
Mant , une couenne de fîx lignes d'épaiffeur d'un 
jaune terne, tenace & glutineufe : nous en avons 
mis un morceau dans du jus de citron qui ne 
l a point difîbus. 

Neuvième Obfervationfur la Morve. 

Le 12 février 1788, M. Lapole a ouvert , en 
notre préience & celle de M. Roulin, un mulet 
qui iortoit d'une écurie d'un Entrepreneur de 
caorouets dans la ville du Cap. 

Cet animal jetoit depuis deux jours beaucoup 
de matière jaune ^ liée , epaifle ; fa rcfpiration 
etoit difficile; il avoit le cou aîongé >. la tète 
oa-Te a les oreilles écartées , le poil fec ; il mai> 

H. iij 



9Mfc 



5 î § Sur les Maladies 

geok encore avec appétit : le foureau étetc 
cedématré : il y avoit fous- le ventre , le long de 
îa ligne blanche, une tumeur œdémateufe con- 
fidérabïe : les narines paroiiîbient chancrées. 

Nous avons reçu du fang dans un vafe : il 
s'eft formé à la partie fupérieure du coagulum 
une couenne jaune , épairfe , tenace, qui ne s'eft. 
pas diffoute dans le jus de citron. 

Il y avoit un peu de férofité jaune dans le 
ventre : le méfentère étoit infiltré par une fé- 
rofité jaune : les bafïinets des reins avoient un 
tiiTu cellulaire engorgé de férofité jaune, mu- 
queufe. Pîufieurs glandes méfentériques étoient 
engorgées : il y avoit pîufieurs tumeurs anévrif- 
mate's fur les divifions méfentériques ; elles con- 
tenoient des crinons. La tunique extérieure du 
foie avoit pîufieurs taches d'un blanc laiteux : la. 
tunique extérieure de la rate étoit blanche y ra- 
cornie , skireufe. 

La malle alimentaire de reflomac contenoir 
une prodigieufe quantité de crinons : il y avoir 
beaucoup de vers cèdres dans le duodénum prés 
du pilore. Deux petits tubercules ^ placés dans la 
grande courbure de l'eftomac, contenoient du pus 

6 des crinons. 

Les finus zigomatîques & les maxillaires , prin- 
cipalement du coté du montoir , étoient remplis 
d'une matière jaune , muqueufe , qui infiltroit 
même le tiflu réticulaire des alvéoles. La mem- 
brane pituitaire de la cloifon étoit tube rcu l'eu fe, 
rougéârre, ulcérée: îe vomer & la cloifon car- 
tilagineufe étoient gonflés &: abreuvés d'une 
fanie qui les avoit corrodés en pîufieurs points : 
les glandes de la ganache étoient gonflées. 

Il y 
même 



a quatre ans que l'on avoit perdu , dans la 
écurie , quinze mulets qui avoient été 



■■■■P* 



Êpî^ootiques. 1 1 9 

affectés par le charbon &: par les vers: nous y 
avons vu depuis ce temps un mulet qui faifok 
ion fervice , quoiqu'il fût couvert de tumeurs 
farcineufes qui rendoient une fanie qui infecloit 
tout ce qu'elle touchoit. Deux mulets depuis un 
mois ont péri par le charbon. 

Extrait de deux Procès - verbaux de 
M- Gelin , qui nous ont été remis par 
MM. de la Plaigne ô Jauvin. . 

Le 21 mars M rs de la Plaigne &: Jauvin ont 
fait pafTer un ordre à M. Gelin , pour qu il fe 
tranfportat chez madame D** 3 habitante au 
quartier de la Petite - Anfe > pour y vifiter des 
animaux fufpe&s. M. Gelin a conftaté le 23 y 
qu'il avoir trouvé une jument qui étoit glandée , 
chancrée , qui avoit de la toux j & jetoit par 
les nafeaux depuis trois mois une matière pu- 
rulente > épaiiTe; il étabïiifoit que cet animai avoit 
la morve au fécond degré , . 6c il conçluoit que 
la guildive de . madame D** , mettant fes ani- 
maux dans le cas.de communiquer fur toutes 
les habitations du Quartier , il convenoit de tuer 
tout de fuite la jument morveufe \ ce qui a dû 
être exécuté d'après les ordres de MM. de la 
Plaigne & Jauvin. 

M. François Millot , habitant au Bonnet , dans 
le voifinage de madame D** , avoit un mulet 
dont il ne connoiifoit pas la. maladie -, il le te- 
noit dans une écurie particulière depuis treize 
jours qu'il jetoit du n-afeau gauche une petite 
quantité d'humeur glaireule : on s'étcit apperçu 
depuis long-temps que cet animal avoit la res- 
piration difficile lorfqn'il travailloit. 

Le 2 avril 3 M. Gelin a été requis par M. 

H iv 



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iio Sur tes Maladies 

Milîot s il a conftaté ., en préfence de M" A&* 
thaud , Odelucq , Barré, d'Heilcour^ Sigogne, 
Prat & Ducatel qui ont figné le procès- verbal 5; 
que eet animal avoir la morve &c qu'on ne de-- 
voit pas hériter de le tuer. Cela a été exécuté: 
tout de fuite ; par rinfuffiation de l'air dans la 
jugulaire. M. Gelin a dreifé un procès-verbal que 
M. Millot a fait pa.ffer à MM. de la Plaigne &■ 
Jauvin. 

Il diioit que le mulet , poil alezan brûlé ., avoit 
dix ans ; qu'il avoit les jambes de derrière cède- 
matiées , qu'il jetoit du côté gauche une petite 
quantité d'humeur albumineufe , que la menK 
brane pituitaire paroidbit tuberculeufe &: chan-- 
crée , que les glandes iubiingales étoient engor- 
gées ., fur-tout du côté gauche ; & que d'ailleurs, 
tanimal avoit la respiration ai-fée , qu'il avoit 
bon appétit, qu'il étoit fort gras. 

11 difoit encore que les glandes inguinales: 
étoient engorgées , infiltrées de férofités , &" le 
tiiTu cellulaire qui les environnoit abreuvé ; qu'& 
y avoir un épanchement féreux dans le ventre , 
que la couleur des vifeères étoit altérée , que la 
tunique extérieure du foie & de la rate avoit 
une couleur blanche laiteufe & plufieurs points 
calleux, que la fubftance du foie étoit ramollie 
éV fort altérée , que l'épiploon adhéroit au dia- 
phragme , que les poumons avoient plufieurs tu- 
bercules ,, que les glandes bronchiques étoient 
engorgées , mollaiFes & infiltrées. 

M. Gelin n'a rien trouvé d'extraordinaire dans 
les fi nus j mais il rapportoit que la membrane 
pituitaire , qui recouvre la cloiion cartilagineufe 
des narines , étoit gonflée &r ulcérée principale- 
ment du côté gàudhe , & que cette membrane 
etoit engorgée dans toute fon étendue. 




Ê 



pz-^oo tiques. ï 2 ï 



Dixième Ohfervation. 

Le 5 avril, madame M**-., tenant des cabrouets, 
^u Cap , nous a envoyé une mule qui jet.oit 
depuis quatre jours une matière purulente , prin- 
cipalement par le nafeau droit. Cette bête a été 
ouverte en notre préfence, celle de M rs Roulin & 
Mouzin \ elle étoit maigre , elle avoit des ulcères 
fur le dos, le poil étoit fec, les extrémités de 
l'arrière-main étoient œdématiécs , les nafeaux 
paroifïbient chancres > la refpiration étoit diffi- 
cile &" bruyante ; toutes les glandes lymphati- 
ques étoient engorgées, molles,, infiltrées. Il y 
avoit fur les inteftins pluiieurs petites tumeurs, 
ftéatomateufes : une branche de la mézo-colique 
étoit dilatée &: contenoit des crinons. Il y avoit 
un épanchement d'une férofité jaune dans le 
ventre , dans laquelle nous avons trouvé plufieurs 
crinons. La partie gauche de l'eftomac étoit af- 
fectée intérieurement dune phlogofe , &: la tu-* 
nique veloutée paroi flbk engorgée. Nous avons 
trouvé dans cette partie un tubercule gros com- 
me un œuf, s ouvrant par un trou fiftuleux dans, 
l'eftomac , cV contenant des crinons , du pus &c 
un épaifiiflement calleux cV ulcéré entre les tu- 
niques de l'eftomac, La tunique extérieure de la 
rate étoit laiteufe cV parfemée de tubercules rou- 
ges : la tunique extérieure du foie étoit laiteufe 
&: obftruée. Les poumons ay oient deux points 
d'adhérence fous lefquels il y avoit deux tumeurs 
formées par une congeftion lymphatique & fan- 
guine. Lesfmns du côté droit contenoient beaucoup 
de pus d'un blanc verd fluide : la membrane pitùi- 
taire des cornets 6V de la cloifon étoit rouge, engor- 
gée, épaiirej ulcérée ;. cette altération étoit moins 



î2i Sur les Maladies 

forte dans la narine du. côté du montoir. Iî j 
avoit pîufïetîrs petites tumeurs fanguines fous. 
la tunique interne du cœur , à la baie de colon- 
nes charnues qui fervent à foutenir & à faire 
mouvoir les valvules. 

Nous avions tiré du faug dans un vafe : le 
coagnlum , qui étoit trës-noir , étoit furmontê 
par une couenne fibreufe j tenace , d'un blanc 
jaune. 

E X TRAIT d*une Obfervation envoyée au 
Cercle par M. Ferrie, docteur en médecine r 
ancien m édecin du Roi à Saint-Domingue^ 
affocié colonial 3 fur une maladie charbon- 
neufe qui attaque les mulets & les bœufs 
de r habitation Beot, a Maribaroux. 

Cette maladie règne fur cette habitation de- 
puis pîuGeurs mois ; elle a d'abord attaqué les 
mulets; elle s'eft en fuite portée fur les boeufs. 
On n'a pas obfervé les phénomènes ; ils étoient 
fi rapides , que les animaux paroiflbient mourir 
fubitement ; ils rejetoîent par Fanus une grande 
quantité de fang noir & fétide : Fanus faifoic 
faillie au dehors & paroiffoit ulcéré 

On a trouvé les eftomacs parfemés de pla- 
cards gangreneux & livides : les intefeins ét-oient 
d un roux brun : le tîflu cellulaire du mêfentérc 
étoit bourfouflé 8c noir. 

M. Gelin a été. appelé pour viGter les ani- 
nimaux de cette habitation; il a preferit je trai- 
tement que nous avons rapporté ci-deiTus, 

M. Ferrie avoit déjà confeillé la iaignée ,. les 
boiilons acidulées , les lavements émollients , des 
vifites fréquentes du troupeau , de féparer les 
animaux fufpects. 



rvr v 



Ê 



p 1700 tiques. 



I 23 



EXTRAIT d'un rapport fait au quartier 
Morm le 24 avril 1788 3 pat 'M* Gelin., 
fur l'habitation Menard. 

M. Geiin conftate que la maladie qui attaque 
les animaux de cette habitation efl le charbon ; 
il a trouvé des épanchements de férofités fan- 
guinolantes dans le ventre , les inteftins & le- 
méfentère enflammés , des taches gangreneufes 
fur le colon, des tumeurs charbonneufes entre 
la deuxième & la troifième corbure du colon, 
le foie mou , ^ blafard , la rate également noire 
&r^ décompofée , le tiffii cellulaire des reins 
infiltré , d une férofité jaune , la veffie &: l'efto- 
mac enflammés, la tunique veloutée, corrodée 
par les cèdres qui fe trouvoient en grande quan- 
tité à l'orifice du pylore , le fang noir , diiTcus 
&: putride : la plèvre , les poumons , le médiaftia 
enflammés. 



' Jr^ i .UJ'.Vi -ir- ^.\ i .!- J .'m .ku mm i a»m^ Lji.uu uw »—pw — ^ 



EXPÉRIENCES 

Sur la Morve, faites par M. Artkaud y 
aflîfté par M. Roulin , au Cercle des Phi- 
ladelphes. 

Première Expérience. 

M. Millot nous a envoyé une jeune mule bien 
portante le.28 mars 1787. M. Odelucq nous ayant 
procuré une mèche de coton imbibée de l'hu- 
meur^ purulente que jetoit un mulets nous avons 
coupé cette mèche en deux morceaux : nous en 



■■ - *•■ ■■ - ■ ■ -— 



^»— I ■■ ■■■ 






124 vSV les Maladies 

avons formé des tampons que nous avons tenus, 
dans les narines pendant deux heures. 

Le i.j avril, Tanîmal paroilToit fe bien porter: 
nous avons roulé fur un morceau de bois une 
mèche de coton qui avoir été imbibée de la 
morve d'un mulet : nous avons tenu ce morceau 
de bois dans la bouche de l'animai jufqivà ce 
que le coton ait été mâché entièrement , nous. 
ne lui avons fait donner du fourrage qu'une 
heure après. 

Le 7 juin M. Roulin s'en: apperçu qu'il y avoit 
un gonflement œdémateux dans toute l'extrémité, 
de l'avant-inain du côté du montoir , avec un 
petit ulcère au boulet , dans lequel il y avoit des, 
vers. 

L'animal a été conduit chez M. Lapole , qui 
lui a appliqué le feu fur toute l'extrémité. Pour 
féconder les vues de la Société , il a bien voulu 
fe charger de fon entretien & de fes penfements. 
L ulcère seil détergé, les vers ont péri, la cica- 
trice s'efl faite j, & il ne reftoit aucune apparence 
de gonflement, lodqu'on a cru devoir examiner 
s'il n'y auroit pas dans l'intérieur des défordres, 
qui auraient des rapports avec le gonflement tte 
^ulcération que l'on venoit de guérir. 

Le 30 juillet M.. Gelin a tué ce mulet eu lui 
ouvrant une carotide , en notre préfence , celle 
de MM, Barré, Odelucq , Àuvray &: de plufieurs 
Habitants» 

La trachée artère étoit pleine d'écume blan- 
che: les appendices antérieurs des poumons étoient 
tuberculeufes , principalement celles du côté gau- 
che. Le poumon de ce côté étoit plus denfe, 
plus engorgé j les véficules pulmonaires conte- 
noient une humeur glaireufe &: purulente , les 
glandes bronchiques étoient engorgées cz abreu** 
vçcs par une humeur féreufe,. 



L 



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<*^>mc*m 



Ëpr^ootiques. 

1 /Tf 



ïl y avoit un épanchement féreux dans le ven- 
tre ; les glandes du rnéfentère étoient engorgées 
con fidé rablem en t. 

La membrane pituitaire qui recouvre k clbi- 
fon paroiiToit avoir été injectée. Les fin ; :cles 
cornets navoient rien de rema 

Le tiflu cellulaire de rextréni:'., 3a 

avoir, appliqué le fer ne différoit pas de, ; ai 
des autres parties. 

L'œdème de la jambe \ l'ulcération du boulet 
préfentoient des fymptômes équivoques "dont la 
caufe étoit ohfcure. Il falloit détruire les vers , 
mais ne pas faire d'autre traitement, pour ne 
pas gêner le développement d'une maladie qui 
s annoncent peut-être par ces phénomènes. Le 
reu peut avoir agi comme répercufiîf; il peut 
avoir réprimé les mouvements de la nature , le 
courant des humeurs, & changé abfolumênt 
1 aipecl fous lequel la maladie fe préparait à fe 
montrer. 

Cette expérience a été manquée* elle pré- 
iente des defordres intérieurs qui ont quelque 
analogie avec ceux que la morve produit; mais 
nos indu&ions n'ont aucune bafe probable , 6c 
nous ne pouvons les préfenter que comme 'des 
conjectures très-hafardées. 

Deuxième Expérience. 

Le 27 novembre, M. Jauvin nous a fait dé» 
livrer, d'après les ordres de MM. le Général" & 
l'Intendant, deux mules qui étoient très-faines* 
amh que la cargaifon dans laquelle elles avoient 
etc choifics. 

Le même jour, le Cercle étant aflemblé en 
prcfcncc de MM. de la Plaigne & Jauvin, nous 




■ - Il 



**'mmi^mr~*mm^mmmmmmm* 



t'i'S Sur* les Maladies 

avons mis en clôture une de ces mules , àgcC 
de 7 ans , avec ie fujet de ia féconde obferva- 
tion; elle a communiqué fuccefîivement avec ceux 
de la troiiième & de la cinquième obfervation. 

Ces animaux étoieiit nourris &: abreuvés dans 
une mangeoire & dans un abreuvoir communs. 
On faifoit fordr matin & loir la mule faine , 
pour la promener &: lui lauTcr paître l'herbe de 
"la favanne ; fa nourriture ordinaire étoit de 
l'herbe de mil & des graminées. 

Les mulets avec le (quels ie fujet à inoculer a 
communiqué jetoicnt une li grande quantité 
de morve infede ck fanglante , que l'écurie , le 
parc y les planches d'entourage > la mangeoire , 
l'abreuvoir en étoient falis : le fujet à inoculer 
en étoit lui-même couvert quelquefois, en forte 
qu'il étoit impoffible qu'il ne reçût pas Tinfcc- 
tion par toutes les voies &r par tous les pores. 

Le ) décembre l'animal a pris un bain de 
mer. Le 6, les nafeaux paroiubient légèrement 
Humectes par une humeur muqueufe & ly ra- 
pide . Le 7, cette humeur étoit un peu plus abon- 
dante : l'animal a été baigné à ia mer. Le 9 , toute 
l'extrémité de l'arriére - main au montoir etoit 
engorgée : l'animal a pris un bain de mer. Le 
10, l'enflure avoir augmenté. Le boulet étoit 
cerné par une tumeur molle & fenfible : on a 
fait baigner l'animal à la mer. Len, nous avons 
vu une petite ulcération à la partie inférieure 
externe du graiTet , près le boulet : nous avons 
découvert cet ulcère en coupant le poil tout au- 
tour, & nous l'avons panfé avec de Paloè's frais 
pilé. Le ï'f'j l'animal qui avoit été jufqùe-là 
d'un accès difficile, fe laiObit approcher plus 
aifément. Le 14 , il étoit tritëe ; il s' étoit cou- 
ché plufieurs fois : nous l'avons fait bouchonner 



w 



^ 



vv -' u ^ iiv j ^ ^" A ^ uuuLiiomie. i_e 10 , il y avoir 
de la fièvre , de la chaleur. L'artère avoir 84 
pulfations dans une minute. L'ulcère & l'inflam- 
mation étoient les mêmes : le poil étoit icc , 
bérifle : l'animal avoir moins d'appétit , il corn* 
mençoit à maigrir. Nous avons oofervé dans les 
nafeaux une rougeur inflammatoire : la narine 
droite rendoit une petite quantiré de mucofitê 
épaiffe. On a bouchonné l'animal , & on l'a 
laide libre dans la favanne pendant toute la 
journée. Le foir la fièvre continuent : il y avoir 
claudication à l'extrémité droite de Favant-main: 
nous avons obfervé un gonflement à la partie 
pofténeure & inférieure du canon , & beaucoup 
de tubercules fous la peau. 

Le 17 , il n'y avoir plus de claudication : l'en- 
flure du canon avoir diminué. Il y avoir entre 
la vulve <k la feffe une tumeur dure., ^rôfle 
comme un œuf, & douloureufe : la fiëvre*exif- 
toit toujours : les narines éroienr phlogolées & 
hume&ées, fur- tout celle du côté hors du mon- 
toir, par une mucofitê aqueufe cV plus abon- 
dante que les jours précédents. 

Le 18 , l'écoulement étoit plus abondant les 
narines jetoienr une humeur épaiiTe & jaune. 
Nous avons obfervé une petite ulcération far la 
cloifon de la narine au montoir : le gonflement 
de l'extrémité avoir diminué, l'ulcère s'étolt 
agrandi, il y avoir toujours de la fièvre : le foir^ 
là refpiration étoit difficile & bruyante : l'animal 
etoit trifte; il avoir le cou allongé', la tête baffe ; 
il mangeoit encore : fes excréments étoienr hu- 
mides, fon urine jaune & trouble, fesyeux étoient 
larmoyants. 



M 



! - - ■ i r — 



îi§ Sur les Maladies 

Le 19, la fièvre avoir diminué : les narines 
âvoient jeré le marin beaucoup de matière d'un 
jaune verd : la respiration éroît bruyante. Le foir 
Tanimal étoit couché dans la iàvanne \ fa reipi- 
ration .étoit bruyante , difficile , fréquente. Le 
20 , l'animal ne mangeoit plus -, il avoit les jam- 
bes écartées, il marchoit avec peine, la tète étoit 
baffe j le cou allongé, il ouvfoit la bouche dans 
l'inipiration qui étoit plaintive ; il la terni oit dans 
l'expiration qui étoit bruyante ; toutes les glandes 
du cou avoient plus de faillie. Le tiiRi cellu- 
laire de l'auge, o> celui du cou dans îa longueur 
de la trachée artère jufqu au poitrail , étoient cré- 
pitants <k emphifématiques. La langue étoit brune 
&: fèche , les yeux paroifloient ternes. Comme 
les mouvements de la refpiration étoient forcés 
&■ fréquents j, l'anus 'avoit des mouvements de 
dehors en dedans t il y avoir quelques jets d'u- 
rine : les nafeaux jetoient une humeur jaune i 
écumeufe, ftriée de fang : il s'étoit formé fur 
la tumeur de la vulve plufieurs excoriations for- 

dides* 

Le 20 décembre , en préfence de MM. de la 
Plaigne ck Jauvin, Bleih de Villeneuve Mouzin, 
maître en chirurgie , & Lapoîe , nous avons tué 
cet animal, en lui ouvrant la carotide & la jugu- 
laire gauche. 

Tout le tiffu cellulaire, depuis le larynx ^ juf- 
qu au poitrail, le long de la trachée artère étoit 
rempli d'air. Les glandes du cou étoient dures * 
engorgées <k plufieurs contenoient du pus : les 
glandes (iiblinguales étoient tuberculeufes & fup- 
purées , fur-tout du côté gauche : le tiflu cellu- 
laire de l'extrémité gauchede l'arrière-main étoit 
infiltré par une férolité jaune. 

Les finus frontaux maxillaires & zigomati- 

ques 



1*- 



™ 



Êpi-{ootiques. ! , 

Sues contenoient beaucoup de matière verdâtre 
La. membrane pituitaire qui recouvre les corners 
des narines & la clo'ifon étoït gonflée, granulée, 
tuberculeufe ulcérée & couverte d'un pus yco- 
reux & fanglanc. Le cerveau paroïfloit faîri! 

carde Sa ^ f Û eft a la bafe du Pi- 

carde & du cœur, celui qui accompagne S? fixe 

1 aorte , le méd.aftin étoient remplis d'air & d'une 

humeur jaune , féreufe & muqueufe. Le S 

carde contenoit un peu deféroiité: cette même 

humeur, aune féreufe & muqueufe fe retœu! 

fenère'î C Jf^M^ d « -ins & £ £ï 
ientere Les poumons étoient remplis de tuber- 

gi&â S™ Sï °* f *' & • *<* 

Le foie étoit altéré dans fa couleur & dans 

ve£ S; y T 1 fa lurface > fur !a " a »ie con- 
vexe ^ du grand lobe , Me zone blanche , cal- 

denfe^S C o lten0it u r n ? mafre ^^maire 
aenie lèche., qui avoir fubi une fermentation 

putr.de d'une oaeur infouténable. menratlon 

pâles. nC ^ C ° a § uIoit P as ; Ies chairs étoient 

Troijîème Expérience. 

. Le 17 décembre nous avons mis en commu- 
nication avec les animaux de la cinquième oh 
fervauon & de la féconde expérience^! Sonde 
mule qui nous avoit été donnée par le GoS 

Cet animal avoir 4 ans, fes yeux étinceloient- 

neie les mouvements fougueux & d'un accès 
dtmcile. Nous l'avons laiifé °dans la fa van ne pen! 

I 






■ " '■ ■ 



' 



«M 



ï^o Sur les Maladies 

dant le jopr , & nous ne le tenions en clôture 
avec les autres animaux que pendant la nuit. 
Le premier fymptôme qui a paru a été un ul- 
cère rond de quelques lignes de diamètre fur le 
boulet du pied du montoir à l'avant-main. Cet 
ulcère a perfide fans s'accroître. 

Le il janvier, cette mule a mangé des herbes 
que nous avions imbibées du pus trouvé dans les 
tous &c dans les foiTes nafales de l'animai de 
la cinquième obfervation. 

Le ri/, nous avons vu que le poil du dos etoit 
hériffé &: fec. Le 1 5 , il y avoir plufieurs points 
d'épilation : nous avons trouvé l'animal couché 
dans la favanne-, il paroiifoit un peu trrfte : il 
n'y avoir pas de fièvre : il y avoit fur le dos plu- 
fieurs excoriations , qui paroiiToient humides &: 
couvertes d'une humeur jaune & muqueufe. 

Le 19, nous avons tenu cette mule dans le 
parc , &: nous avons mis avec elle la mule de la 
quatrième expérience. 

Le 20 , cet animal jufque-là fi fier , fi farou- 
che , avoit le cou allongé & l'air trille : le mou- 
vement de l'artère étoit accéléré, la rèfpiration 
plus fréquente : il y avoit un peu de chaleur, 
■& on l'approchoit plus aifément. Les narines pa- 
roiiToient hume&ées légèrement par une humeur 
blanche glaireufe. 

Le 21 , l'animal étoit dans le même état : nous 
l'avons envoyé à la mer pour le baigner. Le 23 , 
le 24^ le 25-, même état 6c un bain de mer. 
Le 26 , l'excoriation & l'épilation étoient plus 
confidérables ; elles s'étendoient fur la poitrine: 
il y avoit un fuintement d'une humeur jaune & 
muqueufe , qui en fe defféchant formoit fur la 
peau une écaille blanche farineufe : le pouls étoit 
toujours fébrile. Le fuintement de la narine 



L 



Ëpi^ootïquesl tif 

droite étoît un peu plus fort que celui de la na- 
nue gauche , 6> d une nature muqueufe & l ym - 
Pidc. Il y avoit de la roideur & de la gêne dans 
les mouvements de la cuifle du côté du montoir. 
^i5 3 l artère avoit cinquante-cinq puifations 
dans une minute. Le i 9 , il y en avoit foixante- 
quatre; le luintement étoit plus confidérable : il 
n y a rien eu de remarquable jufqu'au io février, 
il y eut un nord & de la pluie : les narines étoient 
plus humides le n : la membrane pituitaire pa- 
TOifloit plus rouge , l'artère avoit foixante-quatre 
puifations. [ 

Nous avons reçu , le 13 , les deux chevaux de 
la ieptieme obfervation. Le 14, notre mule avoit 
une claudication dans l'extrémité de l'avant- 
inain du côté du montoir: il n'y paroirlbit pas 
cle gonflements , le pouls avoit la même vîtefle 
Le 16, il y avoit un gonflement confidérable à 
1 avant-cœur fur l'articulation de l'omoplate avec 
1 humérus du côté du montoir. Le 17, l'animal 
«oit dans le même état : il y avoit un petit 
écoulement muqueux tranfparent par les narines 
Le ib, la claudication 8è la tumeur avoient 
<nmmue , les glandes de la ganache n'avoient 
aucun gonflement : les excoriations du dos du 
ventre, des extrémités étoient plus fèches'- il 
ny avoit que quelques points de fuintements 
unis la crinière, & la peau de cette partie étoit 
rroncee. Les narines paroiflbient humedées par 
une humeur blanche , légère comme du blanc 
dœur battu. Le 19, la tumeur étoit à peine fen- 
Hble : il n y avoit plus de claudication ; mais cette 
metafeafe rapide avoit produit un écoulement 
purulent & iangumolent par la narine , avec un 
commencement de gêne dans la refpiration. Les 
glandes de lauge, far -tout celle du côté du 

I i) 






' — 



■■ ■■' ■ 



\$% Sur les Maladits 

montoir étoient très-girofles. L'artère avoit toii* 

jours foixante-quatre pulfations. 

Le 20 , récoulement des narines étoit abon- 
dant \ l'extrémité de l'arrière-main au montoir 
étoit engorgée \ & l'animal appuyoit avec peine 
fur -cette partie. L'artère avoit foixante-dix pul^ 
fations. Nous avons apperçu une tumeur à la 
mamelle gauche , & il eil forti quelques gouttes 
de fang par la vulve. 

M. Lapole a tué cet animal en lui ouvrant 
une carotide & une jugulaire en notre préfence, 
celle de M" Auvray & Mouzin. Le fang veineux 
étoit d'un rouge noir, le fang artériel étoit d'un 
rouge clair : la peau étoit excoriée , écailleufe : le 
cuir, examiné avec une forte loupe, nous â para 
plus denfe. Les bulbes des poils étoient détruits : 
il y avoit fur la peau beaucoup de petits poux 
blancs dont les pâtes étoient noires. Le tiffu cel- 
lulaire de l'extrémité de l' avant-main , for-tout 
celui de l'extrémité de l'amère-main - au mon- 
toir , étoient infiltrés d'une humeur jaune , mu- 
queufe & féreufe. 

Les articulations des cuifles , principalement- 
celle du montoir , étoient abreuvées par une hu- 
meur jaune , muqueufe k purulente. Les glandes 
inguinales étoient engorgées , celles du côté gau- 
che paroiOfoicnt abreuvées de pus. La mamelle 
du même côté formoit une tumeur oblongue qui 
rendoit par l'expreffion , par le mamelon , une 
matière purulente , blanche comme du l'ait. Le 
corps de cette mamelle étoit engorgé & abreuve 
par la même humeur, La veffie contenoit une 
humeur bourbeufe d'un blanc jaune. Les glandes 
méfentériques étoient engorgées & abreuvées : 
la tunique extérieure du foie, celle de la rate, 
avoient plufieurs taches blanches produites par 



L 



WW WW- 



Êpirjotiques. r ,, 

^engorgement des vaifleaux lymphatiques. La 
inbftance de ces vifcëres étoit brune & ramolie 
1^ tronc de k méfentérique. antérieure étoit di- 
late ik conrenoit des crinons. 

Les poumons écoient chargés de tubercules 
dont plnheurs contenoient une matière purulente' 
& quelques autres une matière graffe , concrète : 
les glandes bronchiques étoient abreuvées ; celles 
du cou de la ganache étoient engorgées & in- 
filtrées. Le finus maxillaire du côté du montoir 
contenoit une matière féreufe & purulente, d'un 

£*£ T i t" nl ? mbrane P™«e du vomer 
& de a cloiion etoit granulée, engorgée & 
avoit plufieurs points d'ulcération : nous ne pari 
ferons pas de la molefle du cerveau & du cer- 

Sri' T" 06 qUC "r US f avons P as un ta '°leau 
pi ces de comparaison des différents degrés de 
denfite de ce vifeère dans l'état fain & dans 
1 état malade , & que toute allégation fur ce 
iniet, a moins qu'elle ne foit fondée fur des 
extrêmes , nous paraît fort indéterminée. 

Quatrième Expérience. 

Hrtîw 5 ! dé , Ce ™ bre > M - A ^ray nous a envoyé 
une mule de fept ans , d'une petite taille. 

féJÏe TV 115 CCt animal dans une é «riè 
lepar.e , & elle ne communiquoit que dans là 

favanne , pendant le jour , avec le fujet d - l 
cinquième obfervation , & avec celui de la pré- 
cédente expérience. F 

Nous avons frotté les narines & les lèvres de 
cette mule avec l'eflence de térébenthine , parce 

Se" 01 ' " é éC ° rChée Pai ' Ulle em boûchure 
£Ue couchoit avec le cheval de la fixiéme 

I iij 



\\\ 



■ ■■ ■ ■ Il I ■ » 



-m» 



i^± Sur les Maladies 

observation , & ils avoient une mangeoire or 

un abreuvoir communs. 

Le 8 février, nous avons compté quarante 
pulfations. L'animal paroiffoit très-bien portant 3 . 
cependant il paroiflbit fur le dos^ quelques taches 
d'excoriations qui s'épiloient. Le 10 , il n'y avoit 
qu'un peu d'augmentation des excoriations ; elles 
commençoient à rendre une petite quantité d'hu- 
meur muqueufe tk roufle : l'artère avoit qua- 
rante-cinq pulfations dans une minute. 

Regardant que la morve étoit à fon premier 
degré^de développement , nous avons cru devoir 
examiner fi nous trouverions dans l'intérieur 
quelque altération , & fi la membrane pituitaire 
auroit déjà éprouvé quelque impreflion. 

M. Lapoîe a introduit dans une jugulaire de 
l'air avec un fiphon. Les yeux fc font inclinés: 
il y a eu quelques agitations convulfives : le re- 
lâchement de la mort s'eil établi , & l'animal 
a expiré après quelques minutes. 

Le bulbe des poils paroiflbit détruit dans les 
endroits excoriés. Il y avoit iiir l'eftomac un 
gros tubercule rempli de crinons fe de pus qui 
fe vidoit en dedans par une ouverture fîiluleufe. 
La méfentérique , qui étoit dilatée , contenoit 
aufîi des crinons. La rate étoit racornie , fa tu- 
nique extérieure étoit callcufe dans plufieurs en- 
droits. La tunique extérieure du foie avoit plu- 
fieurs taches blanches produites par une lymphe 
concrète ; elle fc détachoit aifémcnt de la fubf- 
tance du foie qui étoit macérée d'un noir brun. 
Les poumons avoient des tubercules ; plufieurs 
contenoient une matière concrète blanche : un 
de ces tubercules étoit abreuvé d'une matière 
purulo-fanguinolente. Sur l'appendice antérieure 
du poumon hors du montoir , nous avons vu 



kpi\ootîques. j ï * 

une petite tumeur lenticulaire de la couleur du 
poumon , large de fix lignes , tenant par un 
petit pédicule blanc , cV contenant une humeur 
jaune , graifleufe , granulée : le tiflu cellulaire 
qui recouvre l'aorte & les vaiiïèaux intercoftaux 
fous ia plèvre, le long de la colonne épinjère 
etoit abreuvé d'une humeur jaune, féreufe & 
muqueufe : nous avons trouvé une humeur fem- 
blable dans les cavités cotiloïdes des deux cuiiFes : 
les narines n avoient encore reçu aucune alté- 
ration. ' 




EXTRAIT 

DU JOURNAL MÉTÉOROLOGIQUE 

Tenu pendant le temps des Obfcrv axions 
o des Expériences fur la Morve . par 
M. Arthaud. F 

1787. 

Le thermomètre a été en janvier, le matin 
de lé , 17 & 18 degrés ; S midi de 18 3 zo & 
2.1 ; le oir de 18, i 9 & 10. Les vents ont 
domine du fud-oueft à l'eft , nord-eft & au nord-' 
nord-oueft.^ Le ciel a été nébuleux fréquemment : 
il eit tombe en douze jours deux pouces fix lignes 
de pluie. Le 3 , il y eu une éclipfe de lune , & 
Je 14 un orage. 

En février, le thermomètre a été le matin de 
I» a 15, degrés ; à midi de il à 22 ; & le foir 
de 10 a 11. Les vents de nord-eft ont été très- 
torts : le ciel étoit banque au nord le matin , 8c 

ï iv 







i i ii ■ — ■ m w 



— « 



t^G Sur les Maladies 

a Toneft le foir. Il n'eft tombé, en trois. Jours., 

que trois lignes 6ç demie de pluie. 

En mars , le thermomètre a été le matin de 
17 , 18 3 19 & 20 degrés '-, à midi de 19 , 2,0 , 
2.1 & xi ; de 19, 10 & 21 le foir. Les vents 
ont dominé au nord , au fud & à l'oueft. Il eft 
tombé fept pouces fix lignes d^eau. 

Le thermomètre en avril a été de 18 &: 19 
degrés le matin ; de 21 & 22 à midi, & de 
19 & 20 le foir. Les vents ont dominé au fud-. 
oueft , au nord-oueft & au nord. La terre a 
tremblé le 23 à huit heures quarante - huit mi- 
nutes du matin. Le ciel étoit nébuleux , il tom-_ 
boit une petite pluie , les vents étoient au fud- 
oueft 6ç à l'oueft nord-oueft. Il y a eu des. nords 
orageux, 6V en douze jours il eft tombé dou^e 
pouces une ligne d'eau. 

En mai j le thermomètre a. été de 18 , 19 
&: 20 degrés le matin -, de 22 & 23 à midi, 
de 20, 21 & 22 te foir. Les vents ont dominé 
du fud-oueft au nord-oueft : il y a eu trois ora- 
ges ; & en neuf jours il eft tombé huit poucçs 

une ligne d'eau. 

j 
En juin, le thermomètre a été de 20 à 21 
degrés le matin; de 23 à 24 à midi , & de 21 
&: 22 le foir. Les vents ont été de l'eft-fud- 
eft au nord-eft : ces derniers ont foufflé avec 
force. Les vents du fud-eft ont été frais par la 
chute des pluies dans les montagnes. Le ciel a 
été nébuleux fréquemment : il y a eu trois ora- 
ges , & il eft tombé un pouce neuf lignes d'eau 
par des vents de fud-oueft. 



Jbpz^oo tiques. î 3 7 

En j-uillet 3 îe thermomètre a été de 20 &21 
degrés le matin ; de 23 , 24 &: 25 à midi , &c 
de 22 & 23 le foir. Les vents ont été du fud.~ 
eft à l'eft &" au nord-eft ; ils ont quelquefois 
palTé au nord-oueft &: à l'oueft. Le ciel a été 
nébuleux & banque au fud &: à loueft. Le ton- 
nerre s'eft fait entendre , & il y a eu des ora- 
ges dans les montagnes : la pluie a tombé deux 
fois par petits grains. La terre a tremblé dans 
la nuit du 25. 

En août,, le thermomètre a été le mati nde 
21 cV 22 degrés; de 23 & 24 à midi, tk \q 
foir de 20 , 22 & 23. Les vents ont varié du 
fnd-eft à l'eft , an fud , au fud-oueft &" au nord;: 
ces derniers ont foufflé avec force : il y a eu 
plufieurs orages. Il eft tombé en dix jours deux 
pouces huit lignes d'eau. 

En feptembre, îe thermomètre a été le matin 
de 20 à 21 degrés ; de 23 à 24 à midi ; de 22 
à 23 le foir. Les vents ont foufflé du fud-eft au 
nord-eft. Il y a eu quelques orages qui ont pro- 
duit onze lignes d'eau. 

En octobre, le thermomètre a été do 19 > 20 
tk 21 degrés le matin , de 22 , 23 & 24 à midi; 
de 20, 21 & 22 le foir. Les vents ont dominé 
au fud-oueft à l'oued , nord-oueft &r au nord. 
Il y a eu plufieurs nords mêlés d'orages. Il cft 
tombé en douze jours dix-fept pouces & fix 
lignes d'eau. 

En novembre le thermomètre a marqué le 
matin 19 & 20 degrés ; à midi 20, 21, 22 & 23 ; 
&: le foir 19, 20 &: 21. Les vents ont foufflé 




3Muui 




*3^ Sur les Maladies 

du fud-oueft à Foueft cV au nord :: il y a err 
quelques orages. Il eft tombé en feize jours trois 
pouces neuf lignes d'eau. 

En décembre , le thermomètre a été le matin 
.de 18, 19 cV 10 degrés ; à midi de 19 , 20 &: 
2-1 , & de 17 , 18. & 20 degrés le foir. Les vents 
ont dominé du fud-oueft à Foueft & -?.w nord. 
li eft tombé douze pouces ck une ligne d'eau 
en treize purs. 

I788. 

Le thermomètre a été en janvier- de 18', 1^ 
<k 2.0 degrés le matin; de 21 & 22 à midi ; 
& le foir de 20 à 21. Les vents ont foufiié du 
fud-oueft à Foueft , à F eft & au nord. Il eft 
tombé en cinq jours deux pouces quatre lignes 
d'eau. 

En février , le thermomètre a été le matin de 
J 5 > l ^ y l 7 > îo 3 19 &: 20 degrés; à midi de 
17, 18, 19., 20 & 21 ; 2c de iy, 18 , 19, 
2a &: 21 le foir. Les vents ont pafle alterna- 
tivement du fud-oueft à Feft , nord-eft > au nord 
&" à Foueft. Le ciel a été fréquemment nébu- 
leux : il eft tombé en huit jours de pluie cinq 
pouces fept lignes d'eau. 

En mars , le thermomètre a été le matin de 
IJ, 16 j 18 , 19 & 20 degrés ; à midi de 18 , 19, 
20 &: 21; & le foir de 15,, 17, 18, 19, 20 
& 21. Les vents ont été du fud-oueft à Foueft, 
au oueft-nord-oueft , au nord au nord-eft & à 
Feft : il n'eft tombé que deux pouces d'eau. 

En avril , le thermomètre a été le matin à 
l % , 19 &" 20 degrés $ de 21 èV 22 à midi; & 



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Épizootiques. 139 

de 10 &11 le foir. Les brifes ont foufflé del'ouelt 
fud-oueil à l'eft &: au nord-eft : il neft tombé que 
deux lignes de pluie. 

Les chevaux , les mulets &■ les bœufs ne font 
cas les feuls animaux qui éprouvent des maladies 
épizootiques à Saint - Domingue : les moutons 
ne peuvent pas s'élever dans tous les cantons 
de file ; ils réuflifîent mal dans les mornes , & 
ils éprouvent dans les plaines non-feulement le 
charbon , mais la clavelée &: la pourriture. Il 
feroit à defirer que l'on recherchât dans la Co- 
lonie quels font les foins qui conviennent à ces 
animaux ^ tant en fanté qu'en maladie. 

Nous n'avons pas vu des maladies épizootiques 
fur les chèvres : il. nous a paru que ces animaux 
étoient fujets au vertige , à l'épilepfic , au té- 
tanos , aux rumatifmes avec des gonflements 
dans les articulations ; ils font h ienfibles au 
froid & à l'humidité ■ que nous en avons vu 
plufieurs fois qui avoient des claudications j après 
avoir reçu un grain de pluie. 

Les moutons & les chèvres font quelquefois 
empoifonnés par plufieurs efpêces de plantes, 
telles que deux apocins que Ion appelle vulgai- 
rement Lianne à cabrit , &T qui font le Cynanchum , 
Suberofum ( 1 ). M. de Morancy , habitant au 
Morne -Rouge , vient de nous envoyer une 
plante que M. Dubourg , directeur du jardin 
du Cercle , a reconnue pour être la Marcgravia 
umbdlata (2). M. de Morancy nous a marqué 

(1). Méfiez-vous, dit Defportes , de la famille des Apo- 
cins, des Periploca , des Tithimales , des Convolvulus & des 
Figuiers. Tr. abr. des pi. uf. t. III, p. 214. 

(z). Polyand. monogyn. n° j6? du gen. plant. V07. la 
defeript. de cette plante par M. Dubourg. V. nos Expériences, 





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14* 



Sur les Maladies 



avoir perdu, en moins de quinze minutes, des 
montons & des chèvres qui a-voient mangé quel- 
ques feuilles de cette plante ; mais M. de Mo- 
rancy s'eït trompé. Voyez nos Expériences. 

Les cochons éprouvent aufîi les maladies char-- 
bonneufes y ils ont fouvent des vers ; ils font 
expofés à s'empoifonner avec le manioque. 

M. Geîin nous a rapporté qu'il avoit vu le 
charbon détruire les dindes & les poules fur 
une habitation. 

La volaille eft d'une très -grande reiïburce à 
Saint-Domingue , mais on ne peut la préferver 
des maladies qui la font périr fréquemment > 
même fur les habitations où Ton prend le plus 
de foins pour F élever, 

Si la volaille eil généralement mauvaife à St- 
Domingue j, faivant M. Decourt ., on doit en 
aceufer Finfouciance de ceux qui Félèvent , Se 
non le climat. J'ai enfermé j, dit- il, douze jeunes 
chapons très-maigres : on leur donnoit aveepror 
fuiion de Feau &" du grain de bonne qualité , 
on avoit foin de bien nettoyer la cage où. ils 
étoient , précaution nécefifaire pour détruire une 
efpèce de vermine qui s'attache à la volaille &: 
la tue : trois mois après ces chapons étoient aufll 
bons que ceux que l'on mange, à Barbezieux. 
J'ai fait le même eiîai for fix poules dindes ; 
elles ont acquis trop de grai fle i une feule en 
rendit une livre &r demie. Le canard de Saint- 
Domingue vaut celui de France , & le pigeoà 
y eil généralement meilleur. 

Nous avons vu plufieurs fois fur les dindes une 
maladie eharbonneufe qui en a tué un grand nom- 
bre ; leur fan g étoit noir : le géfier étoit fec & 
leur foie pourri : îa faifon étoit fèche , &: le pea 
de grains que l'on avoit çtoit mauvais. 



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'iz. fz^po tiques. J4_î 
Les poules font Injectes à une efpèce de ver- 
mine qui les tourmente 6V les fait périr dans 
le maraime (3). 

La maladie'épizootique la plus fâcheufe èV la 
plus commune, c'eft les pians; comme la cla- 
velée des dindes , elle affecté particulièrement la 
tête , Je cou &: les pattes ; elle attaque fur-tout 
la jeune volaille : il paraît qu'elle eft contagieufe. 
Nous attribuons les maladies de la volaille $ 
comme celles des autres animaux , aux Vices de 
la conftitution de l'air., à l'altération des eaux ôc 
de la nourriture. 

Ceft dans les faifons féches, lorfque les eaux 
font mauvaifes , lorfqu il y a difette* de grain 5 
lorfqu'ils font piqués par les vers ou ronges par 
les mittes , que la volaille éprouve des maladies 
charbonneufes: c'eft au contraire dans les faifons 
froides & humides que 1a maladie des pians s'é- 
tablit. Il paroît fur fa tête , fur le cou , un ou 
plufieurs boutons élevés d'un jaune rouge : la 
tête fe gonfle , les yeux rendent une humeur pu- 
rulente , les volailles perdent la vue : il fort de 
leur bec une humeur glaireufe , elles refpirent 
avec peine , elles ont une cfpëce de hoquet 
elles font triftes ; leur tête eft baife , leur cou 
alongé, leurs ailes & leurs queues pendantes , 
leurs plumes hérkfées , & elles mangent avec 
peine: quelquefois cette maladie fe guérit, les 
pians noircirent, fe flétri ffent, fe deueçhent; quel- 
quefois auffi elle fe termine par la diarrhée. 

M. Rocquette deKerguiden, habitant au Trou, 
nous a écrit en juin 1787 ce qui fuit fur cette 




(3). Ceft un pou large & plat comme une lentille, d'un 
gris noir. Il paroît que c'eft le Pediculus galllnà , thoract 
eapite utrmque mueronaùs de Linné, V. fift. nât. n° ii£6 




...... ,i. ■ _ ■ - _ *• '"., ' » ' . Il 1 „■■. ■ . i f ■ 1^ ^ 



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Ï42 Sur les Maladies 

maladie , en invitant le Cercle à faire des recher- 
ches fur les moyens de la guérir. 

Depuis deux ans je m'occupe à élever de la 
volaille , à faire des expériences' fur les diffé- 
rentes efpèces 6V lur leur population : il y a fix 
mois que j'avois feize cents pouffins , éclos pref- 
que dans le même temps. Je les ai prefque tous 
perdus par la maladie des pians > elle régne prin- 
cipalement depuis décembre jufqu'en juin -, elle 
e(1 contagieufe : lorfque les poulets ont deux ou 
trois mois, ils réfi lient à la maladie; la grande 
volaille en périt rarement : elle fe déclare par des 
boutons qui paroiflent fur la tête & fur les 
pattes ; leur accroiHement e(1 rapide*, elle produit 
l'aveuglement en altérant les membranes & les 
humeurs des yeux ; elle déforme le bec., & elle 
tue dans Fefpace de trois femaines. Les malades 
confervent de l'appétit; ils font fort altérés. 
Quelques perfonnes attribuent cette maladie aux 
fleurs de pommier d'Acajou , mais c'eft une er^ 
reur : j'ai tenté inutilement le foufre , l'anti- 
moine , d'autres drogues mifes dans les abreu- 
voirs : les plus anciens Habitants que j'ai con- 
fultés fur ce fujet m'ont dit qu'ils navoient 
jamais connu de remèdes. Les Nègres portent 
fouvent dans les marchés des volailles atteintes 
de cette maladie *, ils la font difparoître exté- 
rieurement avec des defficatifs : mais l'humeur 
reflue dans le fang> &: cette nourriture efifcntielle 
pour les hommes en fanté & pour les convales- 
cents, ne peut être que mal- faine. 

Le préjugé établi par Ariftote (4) que les poif- 



(4). V. Mal. épizoot. p. i re , pag. içj, M. Pauïet fe 
trompe , em attribuant cette erreur à Ariftote , s'il eft vrai 
qu'il ait dit , 1. % , Hift. des animaux , comme le rapporte 



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>f ùpqooizqaes. x 4% 

ions n éprouvent pas de maladies épizootiques 
a été détruit par le dodeur Scheuzer , qui a 
obfervé en 1722. une mortalité générale furies 
poiiTons du lac de Confiance. 

Nous ne penfons pas avec M. Paulet que 
cette obiervation détruit l'opinion de ceux qui 
ont cru que toutes les maladies épidémiques ve- 
noient de l'air , parce que les poiifons peuvent 
éprouver des influences de Ton adion, parce qui! 
peut s'exhaler même du fond des eaux des 
principes qui entrent dans la conftiturion de lair 
parce que l'eau peut s'imprégner de quelques-unes 
de ces exhalaifons nuifibles 3 cV parce que l'on 
ne lent pas^ bien jufquoù peut aller l'influence' 
de la température de l'air cV de fa conftirution 
i.ur la qualité des eaux , & for la fauté des 
poiiions. 

Nous avons péché en pleine mer une très- 
grande quantité de bonites , qui toutes avoient 
dans les inteftins & dans les chairs beaucoup 
de vers de l'efpêce des douves. 

M. Defportes nous dit que pluficurs perfonnes 
ont ete cmpoifonnées en 1741 . pour avoir mac^é 
de petites iardmes qu'aux îles on appelle CmeZc 
La faifon etoit très-fëche 6> la mortalité des 
beihaux avoit été grande. 

Nous avons vu au Cap-François pluficurs per- 
ionnes empoifonnées par les cayeux ea ijyt 
& on a vu, comme en 1741 3 des chats qui 
lont morts pour avoir mangé des entrailles de 
ces poiifons : la faifon étoit également îeche & 
maladive pour les animaux. 



M. Menuret, 1. c. P a ? . 55 , qu'il n'eft pas *««** 
foas qui Baient participa quelquefois aux fi&ux Mftftntfek 

fur-tout ceux qui habitoieat les eaux douces & dormîtes 




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à* 

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II 



*44 



$#r feî Maladies 



Nous avons ouvert en 1779 , à Léogan'e j 
une NésreîFe qui étroit morte après avoir mangé 
quelques farcîmes dorées. La larde , la becune , 
l'orphie , le brochet, la carangue produifent quel- 
quefois des effets femblables. 

On dit que ces accidents viennent de ce que 
ces poiifons mangent des graines vénéneuiès. 
Defportes le penfoit , mais nous ne le croyons 
pas ; on prétend auiïï que ces poiiïbns contrac- 
tent une qualité vénéneufe fur les bancs cui- 
vreux , mais cette opinion mériteroit d'être exa- 
minée, Il n cil pas prouvé que les cayeux man- 
gent des graines vénéneufes ; il n eft pas démon- 
tré que l'eau de la mer puiife fe charger d'une 
jfoiution cuivreufe qui puiffe donner aux poiifons 
une qualité vénéneufe fans les faire mourir : on 
pêche les fardines le long des côtes dans une 
certaine faifoti ; elles quittent des plages où la 
température & peut-être les qualités de l'eau né 
font pas les mêmes que fur les côtes ; elles con- 
tractent peut-être des maladies qui leur donnent 
une qualité vénéneufe, principalement dans les 
faifons fèches : on fait que M. Wallis , dans font 
voyage autour du monde , ne permettoit à fort 
équipage de garder que vingt-quatre ^heures le 
poifion qu'il prenoit j il avoit obfervé que ce- 
lui que l'on confervoit plus long - temps occa- 
fionnoit des maladies &: çorrompoit l'air du bâ- 
timent : d'ailleurs qui eft-ce qui ne fait pas que' 
la qualité dû poiflbn , fa faveur même, quelques 
caractères extérieurs , varient fuivârit la nature 
des" lieux & la qualité des eaux où il a été pé- 
ché } Geoffroy rapporte qu'un homme ayant 
mangé des poiifons qu'on avoit trouvés .morts 
dans des lacs furent attaqués d'une maladie pes- 
tilentielle qui en firent périr un très-grand nom- 
bre. 



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Êpiicfouques: T4 T 

ore , &• que tous les chiens qui en mandèrent 
furent attaqués de la rage. F". Gotho. Fréd. 

Chrome, ann. itfjy J ^/. ^. ^ r p^, , Qn 

lait combien la qualité du poiiTon que l'on 
nomme Tnti ou Pifquet eft différente , lorfqu'il 
ek a 1 embouchure des rivières , où lorfqu'il lésa 
remontées j fa couleur change alors ., & il incom- 
mode fréquemment ceux qui en mangent. 

Précautions a prendre fur les habitations 
pour éviter la maladie des btfliaux. 

^ Si on foignoit les animaux, fi on les panfoit 
a la main , h on les vifitoit avec plus d'atten- 
tion , ii on les abri-toit fur-tout dans les faifons 
pluvieufes , lorfqu' ils fortent du travail fi on 
ayoït des favannes plus étendues , & que 1 on 
eut des fourrages pour les temps de difette j on 
préviendrait fans doute bien des maladies* 

Nous favons que la conftitution de la Colonie 
leloignement des grands propriétaires , un cer- 
tain intérêt de commerce , ne permettent çuère 
<ie fuivre un autre fyftême que celui qui e ft 
adopte, & qui vraiment .eft deftrudeur; mais 
il leroit fans doute de l'intérêt de l'Etat autant 
que de celui des propriétaires , de faire con- 
noitre dans le régime aéluel les vices qui gênent 
ion exécution & qui peuvent être réformés. & 
a indiquer les moyens de diriger les forces dune 
habitation de manière à pouvoir les employer 
pendant un plus long efpace de temps , -avec la 
même activité. 

On a déjà demandé bien des fois s'il êtoit 
pins avantageux dans les épizooties de ne point 
prendre de précaution, que de n'en prendre qu'à 

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~i%5 ^ ur ï es Maladies 

On a peut-être exagéré les recommandation^ 
pour arrêter le cours des maladies épizootiques i 
mais nous fommes obligés 3 par ignorance ,\ de 
nous attacher à tout ce qui peut avoir de l'in- 
fluence for les animaux & fur l'homme , car fi 
nous connoiffions les caufes qui produifent ces 
maladies, une feule précaution fuffiroit peut-être: 
'nous- né ferions pas réduits à fuivre des routes 
fi longues y fi difficiles pour chercher la vérité j 
& la méthode curative feroit plus fimple , plus 
convenable que celle que nous fuivons. 

La police des habitations qui eft fi févêre i 
11 eft peut-être pas afTez exa&e pour que les 
moyens préfervatifs ne foient pas fouvent vi- 
cieux , & pour que l'on ne fe trompe pas quel- 
quefois fur les précautions que l'on prend pour 
arrêter la contagion. 

Il eft très-difficile d'aflîijetir les Nègres à fuivre 
avec ponctualité la méthode préfervative qui 
eft fi néceffaire, & qui eft fouvent la plus utile. 

Nous voudrions que les mares des habitations 
fuîTent écurées plus fouvent. 

Il fera avantageux d'établir des puits , des 
pompes & des baffins fur toutes les habitations: 
où on peut le faire. 

Il faut, lorfquon eft forcé d'avoir des mares , 

: les entourer avec des arbres : les mombins , les 

mapoux c\r les cirouéliers font très-propres à cela. 

Si on établilToit des baffins correfpondants aux 
mares, comme M. Chabert l'a fait pratiquer en 
Europe , on auroit la commodité de les nettoyer 
à volonté , &: on pourroit les faire couvrir , ee 
qui feroit très-avantageux. 

Nous croyons qu'il eft dangereux de faire bai- 
gner &r boire les animaux dans les mares dans 
le temps des épizooties, dans le moment oùks 



*~~-amm 



±pi\ootiquè£ jaj 

puies fuccèdent à la féchereffe, & îorfque l'eau 
cft chaude 6V altérée. 

On devroit planter des ormes , des oran- 
gers , des citroniers , des goyaviers , des diffé- 
rentes efpèces de cachimens , des mombins $ 
des cirouéliers y des tamarins ■; des canefi- 
ciers , dans les hayes 6V dans les fa vannes : cela 
aurait peut-être quelques inconvénients , mais 
'cela préfente de d grands avantages , pour la 
confervation des animaux, que nous croyons 
ïie pouvoir mieux faire pour fixer l'attention 
des Habitants fur cet objet, que de leur repré- 
fenter que Layar 6V M. de Courtivron ont ob- 
fervé que les animaux malades , livrés à la na- 
ture ,. avaient un goût décide pour les acides s 
pour les fruits aigres & acerbes , le petit lait | 
la pomme fauvage. On fait avec quel foin les 
animaux recherchent l'ombre fous les arbres dans 
les grandes chaleurs du jour, & Ion fait auffi 
par les expériences de M. Yngenhouz qu'ils 
y refpirent un air plus doux 6> plus pur. 
- Pourquoi , dans un pays dévoré fi fouvent par 
les fecherefles , ou noyé par des pluies qui inon- 
dent & altèrent l'herbe des favannes., n'a- 1 on 
pas des magafins.de fourrages ? C'eft encore une. 
choie qui eft- jugée impoffible par la routine in- 
docile , qui regarde avec dédain les difficultés 
gui contrarient l'exécution de ce qui pourroit 
être utile. 

Nous ne doutons pas qu'avec des recherches , 
des expériences, l'on ne parvienne à connoître 
:des plantes propres à être enmagafinées & à 
nourrir les animaux. M. Dingrande , habitant 
au Fond des Nègres , aifocié du Cercle , avoit 
fait des eiïais heureux à ce fujet. Ge digne ci- 
toyen eft mort , mais il ne doit pas manquer 

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14! Sur les Maladies 

dans la Colonie d'hommes bien intentionnés èi 
aiTez éclairés pour répéter ces eiTais avec atten- 
tion & découvrir les moyens les plus fûrs , le$ 
plus faciles ôc les moins dispendieux , pour que 
les Habitants puiflent cultiver &c en magafinef 
des fourrages propres à nourrir les animaux dans 
les faifons où les pacages font brûlés ou noyés 
par r abondance des eaux. 

Le nombre des Nègres qui foignént les ani- 
maux n eil jamais aQez grand. On voit fouvent 
en Europe de jeunes garçons conduire les ani- 
maux dans les pacages : ce font ici de jeunes 
Nègres que l'on charge ordinairement de ce foin, 
&: ils en ont la garde pendant tout le jour., 
après les avoir réunis le matin fous l'infpe&ion 
des Commandeurs. On ne peut avoir des Nègres 
trop intelligents , non-feulement pour garder les 
animaux &c empêcher qu'ils ne s'écartent , mais 
pour les foigner &t pour les panfer. 

Il y a des ordonnances qui règlent le temps 
des charrois pour empêcher la dégradation des 
chemins ; mais l'intérêt particulier doit afluref 
l'exécution de ces ordonnances , & l'on ne peut 
avoir trop d'attention pour ne faire ces charrois 
que dans des temps convenables, <k pour donner 
des foins particuliers aux animaux dont on fe fert. 

Les animaux employés aux moulins y reftent 
ordinairement deux heures dans toutes les fai- 
fons : il faudrait, fur-tout dans les faifons fè- 
ches , qu'ils n'y reftaflent que pendant une heure, 
&£ Ton devroit les bouchonner îorfqu ils en for- 
tent , les tenir à couvert , leur donner des four- 
rages particuliers & les abreuver lorfqu'ils fe- 
roient repofés (1). 

(1). M. Auvray nous a dit sui'il s'etoit très-bien trouvé 
d'avoir adopté cet ufage , & que les maladies lui paroiiToient 
moins fréquentes depuis qu'il le fuivoit. 



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7i a Êpi\ootiques. j 49 

II eft reconnu qu un Maréchal dans les cam- 
pagnes fait plus de mal que de bien J lorfquii 
va dune etable à l'autre vifiter , fans attention 
les animaux fains & les malades : il porte la 
contagion par-tout (2). Cette obfervation doit 
taire lentir la nécefficé d'empêcher les commu- 
nications dans les temps d'épizooties , & doit 
taire craindre que les Pacotilleurs , les perfonnes 
commîtes pour traiter les maladies fur les habi- 
tations , ne tranfportent l'infection d'un lieu à 
un autre. 

Les Nègres ne devraient pas avoir de chiens 
ôç on ne -devrait permettre qu'aux comman- 
deurs aux gardiens d'animaux' & des places à 
vivres d en avoir quelques-uns, & ils devraient 
itfe obliges de les tenir à l'attache (z). 

On ne devrait pas fouffrir que les Nègres efcla- 
ves euuent des chevaux en propriété : on ne 
peut trop veiller que les Nègres ne faifent pas 
a cheval des courfes de nuit j elles peuvent con- 
tnouer a répandre la contagion d'un lieu à un 
autre, & quelquefois. dans des lieux fort éloignés, 
Lettre de M Auvray h M. Arthaud, datée 
du Terrier- Rouge, du 7 feptembre 1787. 

Monfieur & cher confrère, 
Je vous ai promis, auffitôt que je ferais en état 

(1). Mal, é>izoot. par M. Pauîet, T. II, p. 6î 
ip. 11 ny a pas d'année qu'il n'y ait des accidents pro- 
duits par la rage. Nous favons que le Nègre regarde le 
chien comme le compagnon de Ton efclavage , & oTue c'eft 
une joui/Tance pour lui de dominer fur un être Lfible - 
mais û vaut mieux diriger Ton plaifir vers un autre objet & 
en tuant Ton chien on peut lui donner une poule , un cochon, 
™.ï« eracontent > P«c« qu'il n'y aura ni violence ni pn- 

& itj? 



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j ^o Sur les Maladies 

de le faire, Fhiftorique de ma maladie :. Je vais. 

tâcher d'y fatis faire. 

Le 9 août dernier , un de mes gardiens d'a- 
nimaux m'amena une mule malade : je l'exa- 
minai j elle fe regardent les flancs &: voûtait fe 
coucher , ce qui lembloit indiquer des tranchées : 
j'y fus trompe , je lui fis donner des lavements 
&t lui fis avaler deux pintes de leffive de cen- 
dres coulée , dans laquelle j'avois exprimé du jus 
de citron (4). L'animal paffa la nuit affez tran- 
quillement j il effaya de manger à plufieurs re- 
prifes. 

Le lendemain matin il avoir de la fièvre &■ 
paroiifoit foufFrir beaucoup : je le faignai &: lui fis. 
donner eucore quelques lavements; il mourut fur- 
ies dix heures : je le fis porter dans la favanne 
où il devoir être enterré, &■ j'en fis l'ouverture 
fur le champ. 

Je vifitai les nafeaux , que je trouvai propres 
&: fans apparence d'aucun écoulement. 

Je trouvai fur le poulmon quelques taches 
jioires , &: aufli quelques tubercules çontenanc 
une férofité jaunâtre. Je remarquai que cette 
partie affe&ée avoir beaucoup moins de confif- 
tance que le refte du poumon qui étoit fain. 

Le méfentêre étoit en général dans l'état de 
la plus grande inflammation , mais fur-tout vers 
le milieu ; il étoit de couleur noire &: violette 
très -foncée , parfemé de taches gangreneufes.. 
Cette portion cédoit au plus léger effort des 
doigts, tk fe déchiroit facilement. 

(4). Cette eCftct de Tel neutre , purgatif & diurétique, eft 
un excellent remède pour les tranchées des chevaux & mu- 
lets. Depuis près de quatre ans que je fuis dans la Colonie , 
j'ai eu fouvent occasion de l'employer & toujours avec le_. 
plus heureux fuccès. 



W**M 



Êpi^oo tiques. 151 

Les gros inteftins étoient parfemés de petites 
veffîes pleines d'une liqueur jaunâtre. 

Les inteitins grêles légèrement enflammés. 

Les muicles pfoas étoient d'un rouge très- 
foncé, &: parfemés vers le milieu de taches noires. 

Toujours intérieurement , fk fur les faillies 
côtes du côté droit , je trouvai une tumeur , ou 
plutôt un gros bouton charbonneux d'environ 
trois pouces de diamètre s fe terminant en pointe 
comme un teton. La couleur extérieure étoic 
d'un violet très-foncé , &: le bout jaunâtre : j'y 
donnai plufieurs coups de fcapel. îl découla une 
liqueur fanguinolente. L'intérieur étoit de con- 
fiflance couenneufe & de couleur rouge brun. 

Comme il y en avoit allez pour reconnoître 
la maladie , je ne pouffai pas plus loin mes re- 
cherches. Je fis enterrer le cadavre avec les pré- 
cautions requifes en pareil cas (5). 

Actuellement voici ce qui me regarde. 

De retour à ma café, fur le midi ( 10 août) 
je me lavai les mains & les frotai avec des ci- 
trons. Je ne îrfétois pas apperçu de m'être bîeffé» 
En effet , cela ne pouvoit pas même s'appeler 
une égratignure. J'avois à peine fépiderme et* 
fleuré , comme par ricochet y à trois endroits 
fort près les uns des autres. 

Le foir je fentis une légère démangeaifon : je 
me gratai fans y faire attention , je lentis de la 
chaleur. Il fe forma, fur le champ trois petits 
boutons.. 

Le lendemain 1 1 , les démangeaifons augmen- 
tèrent , les boutons groffirent un peu , & com<- 
mencèrent à prendre une couleur rougeâtre. Dés 

(f). La muîe étoit en très-bon état, très-vigoureufe , âgée 
<îe fept à huit ans; elle avoit en, il y a un an ou «iix-huiç, 
iaois 3 le mal des eaux a dont elle, étoit bien guérie. 

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Î52 5&r /<?5 Maladies 

ce moment je fus perfuadé que je m'étois inoculé 
le charbon. Je fis voir ma main au do&eur 
Charet , qui m'affura que ce ne leroit rien, que 
pareille chofe arrivoit fouvent lorfquon fe blef-^ 
foit à l'ouverture de quelque cadavre. 

Le 11, les boutons me causèrent une légère 
douleur 3 <k en les preflfant il fortoit une liqueur 
féreufe. je fus à ma forge : je fis rougir un mor- 
ceau de fer, & je brûlai les boutons aufîi pro- 
fondément que je pus réfifter à la douleur. Pré- 
caution bien inutile 1 

Le 13, la brûlure avoir fait une trace que les 
boutons furmontèrent des deux cotés , à peu près- 
dans la forme d'un grain de café , mais plus gros;* 
ils me eau feront une demangeaifon infuppor- 
table y &r bientôt après de la douleur. 

Le 14, le mal relia dans le même état. 

Le 1 s dans la matinée , je Ris pris d'un léger 
mal de tête > qui augmenta l'après-midi , & fur- 
ie foir je me trouvai très-mal à mon aife. Mes 
idées fe préfentoient en foule , &" fe fuccédoient 
(i rapidement qu'il m'étoit impoiîibîe d'en fixer 
aucune. Je me promenai , dans cet état , dans ma 
favanne jufqu'à neuf heures que je fus me cou- 
cher. À peine dans mon lit, le mal de tête devint 
violent , & la fièvre furvint. Il me fut impof- 
fible de fermer l'œil. Je paflai la nuit dans une 
agitation continuelle, jufqu'à fix heures du matin, 
que je fis appeler mon Médecin. 

Le 16 j il me trouva beaucoup de fièvre : le 
mal de tête étoit infupportabîcj j'avois mal aux 
reins , je fentois une laflitude générale ; il me 
preferivit la diette , la limonade d'acide vitrio- 
lique , & la végétale alternativement &: le bain., 
Je parlai une très-mauvaife journée. 

Le IJi les boutons, groûirent & la main enflai 



"» -. i *m 



ÊpiTfioùques. rj3 

le mal de tête toujours violent, & la fîêvre ne 
diminuoit pas. Je fus iaigné l'après-midi : il n'y 
eut point de diminution dans les iymptômes : 
le fang étoit un peu plus iec qu'à l'ordinaire, 
niais il n'écoit pas couenneux. 

Le 18 , la fièvre me quitta, &: le mal de tête 
diminua. J'obfervai le même régime : les bou- 
tons augmentèrent ; ils étoient livides dans leur 
centre & noirs dans leur circonférence. Ma main 
enfla confidérablement , -ainfi que le bras & l'a- 
vant-bras, & le gonflement s'étendcit jufque 
iur le mufcle peéloral du même côté. J'avois 
des inquiétudes , o> tombois dans des défaillances 
fréquentes. M. Charet fit des (tarifications fur 
les endroits charbonneux ; il les laifla faigner., ôc 
les lava avec de l'eau & de l'eau de vie camphrée. 

Le 15^ les mêmes fymptômes : cependant les; 
forblefes étoient plus 'fréquentes , &■ fe fuccé- 
doient de quart-d'heure en quart-d'heure. Je pre- 
nois toujours de la limonade à l'acide vitriolique 
&: le quinquina en déco&ion , un peu de vin 
pour me fou tenir. L'après-midi , M. Charet ex- 
tirpa ce qui étoit charbonneux : cette otiéraîion 
fut très-douloureufe ; il faifîà faigner la plaie, la 
lava avec l'eau & l'eau de vie camphrée;' il penfa 
avec le digefuf compofé , animé d'eau de vie 
camphrée), de décoction de quinquina, des fomen- 
tations d'eau de vie camphrée fur les parties en- 
flammées. Le foir, il fe manifefta un ronfle- 
ment alTez confidérable à Phypoccndré droit. 

Le 20 , aux fymptômes précédents fe joigni- 
rent des vomiiTcments peu fréquents. J'obfervai 
le même régime que les jours' précédents : M. 
Charet y joignit une portion cordiale par cuille- 
rée^ l'eau de canelle orgée étendue dans unç 
fuffifante quantité d'eau édulcorée convenable- 
ment» 



tma 



■< ■ Il I III 



m * m > 



154 Sur les Maladies 

Du 20 au 11 , je paffai une très-mauvaife nuit, 
les vomirTements devinrent plus fréquents , je 
rertdcis des matières bilieufes & glaireufes. Il 
parut une quantité de phli&ènes fur différents 
points des doigts & de la main : M. Charet les 
îcarifîa pour laifter échapper la férofité quelles, 
contenoient \ il ajouta la décoction de quinquina 
aux lavements, qui dans les premiers jours avoient 
été émolients. 

Le 21 au matin , feus quelques envies de 
vomir; mais elles difpam.rent^ & l'après-midi je 
fus a0ez tranquille. M. Charet fupprima la limo- 
Dade minérale; il continua les mêmes panfements. 
Le gonflement diminuoit beaucoup > & cependant 
il n'y avoir point encore de fuppn ration établie 
autour dos efearres. Je commençai à prendre un. 
peu de crème de ris pour nourriture, 

La nuit du 11 au 22 fut tranquille, peu de fo ru- 
ine iï , il parut un peu de fuppuration aux efearres^ 
Même régime &c même panfement. 

La nuit du 22 au 23 fut affez bonne , un 
peu plus de fommeil que la précédente. Le matin 
la fuppuration étoit augmentée & le gonflement 
beaucoup diminué. 

Le 25 , même iituation. 

Du 23 au 14 un peu de fommeil Je me fentis, 
beaucoup mieux.. 

Le 24, la fuppuration étoit bien établie au- 
tour des efearres. Je fentis une attaque de goutte- 
au pied gauche. Cet accès diminua fenublemcnt 
la fuppuration des 23 , 24, 2 y- &- 16* M. Charet 
fupprïma les limonades , & ninfifta que fur les. 
lavements de quinquina, & la décoction de quin- 
quina prife intérieurement.. 

Le 27 s la fuppuration fe manifefta : quoique 
jeune p-aiTé une très^mauvaifc nuit y elle, contv- 



""i^ 



Êpz\o o tiques. 15 j 

nua jufqu'au 30 où cils parut diminuer. J'avois 
eu la nuit une tranfpiration conftdérable : j'avois 
pris huit gouttes anodines de Sydenham. Les 
accès de goutte ont été violents jufqu'au 1 fepr- 
tembre qu'ils ont commencé à diminuer. 

L'infomnie continuant , &: étant fortement 
agité par les douleurs de la goutte , je pris le 
3 au foir des gouttes anodines , &: je pafTai une 
nuit aiFez tranquile. 

Le 4, la fuppuration avoir détaché une partie 
de l'efcarre , que M. Charet enleva. Depuis , les. 
panfements ont été de charpie lèche. 

L'efcarre étoit à peu près de la longueur, lar- 
geur &" épaiiïeur d'une fiche à jouer. La plaie 3, 
fenti très-mauvais , jufqu'à ce qu'elle ait entier 
rement tombé. 

La goutte ayant cefTé, je profitai de ce mo- 
ment pour me purger le 10. J'ai été repurgé 
le u, & aujourd'hui 2,7 la plaie efl prefqu'en-- 
tièrement cicatrifée. 

Notre confrère Dubourg vint me voir il y a 
deux mois. En caufant agriculture il me dit que 
les Pères de la Charité venoient de faire une 
découverte précieufe pour la Colonie , qu'ils 
avoient cultivé avec fuccès de la luzerne, qu'ils 
venoient d'en récolter de la graine qu'ils avoient 
fait pafler à M. le Général. Je lui en fis voir 
une pièce bien réuffie., &: il fut convaincu que 
ces RR. PP. n'avoient pas le mérite d'avoir les 
premiers cultivé cette plante à Saint-Domingue 5 
il me gronda de n'en avoir pas fait part au Cercle 
dans ce temps ; il pouvoit avoir raifon , mais il 
n'y avoir plus de remède. Je crois cependant en 
avoir fait mention dans des notes que je vous 
ai remifes. 

^ Voici une obfervation à cet égard, qui peut 
sVçtre pas inutile 6> que je vous foumets. 




*5^ Sur les Maladies 

Les Pères de la Charité , dont je nVprëteîick 
pas diminuer le mérite., étant le premier à rendre 
juilice à leur zèle, ont planté de la graine de 
la Luzerne dans un fort bon terrain, Se arrofç 
à volonté. La réuulte neil pas miraculetife , êc 
ne peut pas garantir le fuccès de cette culture 
à la Colonie, parce que tous les Habitants n ont 
pas de bons terrains à y facrifier, <5c fur-tout n'ont. 
pas l'avantage- d'arrofer. 

Ma culture, comme vous allez le voir, eft 
tout-à-fait différente , &■ préfente un plus grand 
degré de certitude à ceux qui voudront l'entre- 
prendre. 

Javôïs demandé en Europe des graines de 
Interné ., de treffle & de fainfoin. Ces graines 
m* arrivèrent en juin I7j6 : je les femai de fuite 
dans un mauvais terrain , fec & rocailleux , fans 
prendre même la précaution de faire labourer la 
terre. Je me contentai de faire faire des efpèces 
de filions à la houe. On fe fouvient encore de 
l'extrême féchêreiïè que nous éprouvâmes. Le 
treffie & le fainfoin périrent. La graine de luzerne. 
leva y mais à fur & meflire qu'il pouflbit une; 
feuille elle étort brûlée par l'ardeur du foleil , 
de forte qu'il ne reftoit plus que les rameaux : 
j'en défefpérois 3 îorfqu'aux premières pluies en 
feptembre fuivant , j'ai vu avec plaiiir reverdir 
ma pièce de luzerne à l'exception de quelques 
petites places par-ci par-là qui avoient péri, j'ai 
récolté de la graine qui ma fervi à les recourir, 
&: qui a très -bien levé depuis ce temps : je peux. 
faire une coupe tous les mois , les mulets Se les 
chevaux fur-tout en font fort friands. 

Te peux donc raifonnabîement alïurer Qu'on 
pourroit faire à Saint-Domingue des prairies arti- 
ficielles d'autant, plus avantageufes qu'on pourront 



MH 



&pi'{ùotiqziè$-. jcy 

tri grangcr comme en France la luzerne en botte, 
&: conferver ce fourrage pour le temps de di- 
fette. 

J'ai demandé de ia graine en France : je veux 
faire un nouvel eflaïSdu trçffle & du ialnfoio, 
dent je vous rendrai compte en temps. 

Voici un autre moyen, bien peu dispendieux* 
de le procurer de. très- bon fourrage. 

L'année dernière j'ai fait couper dans mes di- 
VifionS des^ herbes fines, je les aï fait fanner à 
la mode d'Europe , j'en ai fait faire des bottes j 
&: les ai fait mettre en grenier fur de grandes 
perches , de manière à procurer de î'air en- délions. 

Depuis un an que je garde ce fourrage il eli 
encore excellent, & les animaux le mangent très- 
bien. Les feuilles de petit mil que l'on brûle fe 
conferveroient également très-bien , &: feroieat 
tme excellente nourriture dans les temps ded'ifette. 

J'ai l'honneur d'être,- &c> 

Du mal des eaux \ par M. Gelln. 

Le mal des eaux., le mal de lagon , le mal 
de 1 étang font les noms par lefquels on défions 
une maladie très-commune à Saint- Do m in «nie. 

Elle affefte les mulets & les chevaux ^les 
boeufs n'en font jamais atteints ; elle a beaucoup 
d anaiogie avec celle que nous appelons en France 
le rarcin. 

On la reconnoît à des boutons plus ou moins 
laillants , durs & circonferits , accompagnés de 
chaleur , de douleur & d'inflammation ; lis font 
plus ou moins multipliés & hrués mûlftinde- 
ment fur toutes les parties du corps , principa- 
lement fur les membres, cV même on pourroît 
dire que ces parties font celles qui fe trouvent 









f'i 

m 






Sur les Maladies 
le plus fouvent affectées : quelquefois l'engorgé- 
hient &" la tuméra&ion s'étendent dans toute 
leur langueur , fur-tout fi les boutons avoifinent 
les articulations î alors il y a claudication. 

Ces boutons fe terminent de deux façons , où 
par la réfolution ou par la fuppuration : la pre- 
mière de ces terminaifons eft allez rare &c tou- 
jours dangereufe , car les boutons reparoiflent 
fouvent fuir une autre partie : quelquefois l'hu- 
meur fe porte fur la poitrine -, nous l'avons, vue 
fe jeter fur la membrane pituitaire , 6V produire 
cette maladie formidable appelée la morve. 

Lorfque la fuppuration s'établit , il fe forme 
le plus fouvent des apoftêmes ou abcès 1 très- 
ctendus & très profonds, prefque toujours il y 
a déperdition de fubftanee dans la peau , ce 
qui rend leur guérifon très -longue : on obferve 
aiTez fouvent que , quoique ces boutons fuppurent 
long-temps , ils reparoiflent encore au bout d'un 
certain temps , ce qui dépend du peu de foirî 
qu'on apporte dans le traitement de cette ma- 
ladie , que l'on ne doit pas traiter feulement par 
de topiques , mais par des remèdes internes ap^ 

propriés. 

La chute des efearres qui recouvrent ces ab- 
cès laiiïe appercevoir le plus fouvent des ulcères 
profonds , fmueux 6V à clapiers remplis d'un pus 
ichoreux , fanguinolent , &è quelquefois infed : 
les chairs font baveufes , fongueufes & mollaffes: 
il arrive que leurs bords fe renverfent , devien- 
nent durs Se calleux -, enfin dans de vieux fujets 
en qui la maffe ed infectée & le mal très-ancien * 
ils dégénèrent en ulcères cacoëtés : dans ce cas ^ 
ils font regardés comme incurables; 

Les caufes de cette maladie font internes oit 
externes. Le féjour des animaux dans des favan- 



ËpL^ootiques. f ^ 9 

îles aquatiques &- marécageufes , quoique nous 
l'ayons obfervé dans des favannes fcches , la mal- 
propreté des bacs , les coups , les chûtes , les 
fortes continuons Se quelquefois de fîiiiplës ef- 
coriations dégénérées par un mauvais traï ternes t, 
les déperditions exceffives , l'acrimonie an îaifg 
6c de ia lymphe , ainfi que leur épaiffilfemeni^ 
la fuppreilion de la tranfpiration , la gourme 
mal jetée, &rc. font les caufes que nous croyons 
les plus communes. 

Les différents traitements mis en ufage ckos 
cette Colonie n'ont pas produit I effet de&é, 
parce que l'on n'a jamais faifi les véritables kt- 
aications à remplir. 

Les frictions d'oranges fûres boucannées <k de 
fuif chaud , un onguent compofé d'huile, de. 
fuif &r de noir de fumée , la chaux éteinte à 
l'air libre, dont on foupondre les ulcères, font 
les moyens que les Nègres emploient journelle- 
ment fans aucun fuccès. 

La méthode qui nous a le plus fouvent rëufS 
a toujours eu pour bafe deux principes , defqueis 
il eft dangereux de s'écarter : il nous parok im- 
portant , dans le traitement de cette maladie,. 
de faciliter l'excrétion de l'humeur pefplrahle^ 
au moyen du panfement de la main , d afiaïmr' 
les lieux où réfident les animaux , ck d'y entre- 
tenir la propreté. 

Lorfque les boutons font accompagnés d'en- 
gorgement & d'inflammation 3 nous avons em- 
ployé les cataplafmes émollients ou les lotions 
émollientes répétées très-fouvent ; lorfque la fluc- 
tuation s'eft manifeftée ., nous avons "ouvert & 
fearifié pour faciliter la (ortie & l'évacuation du 
pus : nos ouvertures ont été proportionnées au 
volume des boutons , cV toujours nous avons 



î£ô Sur ks Maladies 

fuivi la dire&ion des parties fur lefquelles nous 

avions à opérer. 

Si la iunpuration étoic louable , nous déter- 
gions l'ulcère avec une forte infufïon aromati- 
que que nous animions avec le tafia, félon le 
befoin. 

Si les bords des ulcères étoient durs , renver- 
fés, les parties environnantes gorgées, nous met- 
tions en ufage l'onguent digeilif ou le baiilicum: 
fi les chairs étoient fongueules , baveufes , ôVc. 
nous paniions avec l'onguent œgiptiac : enfin nous 
employions tous les moyens que nous fuggé- 
roient les différentes circonftances pour rappel- 
ler les ulcères à l'état dune plaie fimple , alors 
nous nous conduirons ainfi que nous l'avons dit 
plus haut» nous avons employé intérieurement 
les fondants & les dépuratifs. 

Prenez racine de patience , falfepareille ou tout 
autre bois fudorifiquc , de chaque quatre onces : 
faites bouillir dans quatre bouteilles d'eau jufqu'à 
réduction de trois : retirez du feu : pafTez & 
ajoutez-y antimoine diaphorétiqne , ou fafran de 
mars apéritif, ou gomme ammoniac, quatre gros. 

Après avoir continué l'adminiilration de ce 
breuvage pendant dix ou quinze jours ., ainfi que 
celle des lavements émollients répétés foir Se 
matin , 6V avoir eu l'attention de mettre l'ani- 
mal à moitié nourriture , nous lui avons fait 
prendre la médecine [uivante que nous avons 
donnée plufieurs fois , félon l'ancienneté du mal, 
fes progrès , la difpofition du fi jet , oçc. 

Prenez féné deux onces ; faites infufer pen- 
dant toute la nuit fur des cendres chaudes dans 
l'eau commune bouillante , deux livres, PaTez 
& ajoutez jalap en poudre, aloes ' fuccotrin en 
poudre , de chaque quatre gros : faites prendre 

au 



Êpi^ootiques* • 1 6t 

«in malade , le matin à jeun , avec une corne 
ou une bouteille. 

Il eit effentiel que le fujet n'ait pas eu à fou- 
per la veille , & de ne lui donner à manger que 
fix heures après la médecine prife. 

On peut, fi la chofe femble plus commode, 
faire prendre l'aloës &c le jalap en opiate , en 
les incorporant dans du firop ; on en fait de 
petites boules qu'on porte fur la bafe de la lan- 
gue avec un bâton pointu, & on fait prendre 
par defïus l'infuiion de féné» 

Nous remarquerons que l'inftant le plus pro- 
pice pour faire prendre la médecine eft celui 
où la fuppuration commence à celfer. 

Nous avons fouvent guéri par cette méthode : 
fi quelquefois elle a été infruefueufe , on peut 
ctre aiïiiré que les caufes réfident & dans la 
Tieilielfe du fujet & dans celle des ulcères. 



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Sur les Maladies 



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MÉMOIRE 

Sur la Maladie épkpotique peftilen* 
délie de l'île Saint-Domingue > par 
M. Worlockj médecin-inoculateur > 
ajjbcié du Cercle. 



PREMIÈRE PARTIE. 

Du principe & de la nature de cette maladie % 
avec [es différents fymptômes* 

CETTE maladie a pris naiflfance en l'année 
V I773 , dans la plaine du Cap - François. On a 
attribué fon principe à un parti de chevaux 
anglois , qui fut apporté du nord de l'Amérique 
feptentrionale , vendu au Cap , &: enfuite dif- 
tribué dans la plaine. 

L'ignorance & la prévention fuppofèrent une 
caufe plus prochaine à cette épizootie , en la 
rejetant fur le maléfice des Nègres efclaves : cette 
opinion abfurde a trouvé des partifans qui l'on 
accréditée , &: elle a donné lieu à des pourfuites 
criminelles &: à des châtiments odieux. 

Quelle que foit l'origine de cette maladie épi- 
démique , elle a trouvé par la fuite , dans le 
climat &: dans le fol de Saint-Domingue , des 
difpofitions particulières qui l'ont favorifée > &c 
©nt fervi à la propager. 

Les faifons , pendant lefquelles l'épizootie a 






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ç s . Epi^ootiqaes. i$j 

tté dans fa force , ont été très-fèches ; elle fut 
ralentie à l'approche des pluies des années 1773^ 
1774 & 1775 ; elle fe renouvelloit avec vigueur 
*u retour de la féchereffe s &" ce fut en 1776, 
précisément lapins aride, quelle exerça les plus 
grands ravages : il y eut alors plufieunfecoufles 
tle tremblement de terre : il régnoit journelle- 
ment des vents d'eft, quelques degrés nord: la 
température dé l'air étott exceflivement chaude 1 
le termomêtre de Réaumur a monte communé- 
ment, cette année, de trois &: même de tix de- 
grés plus qu'à l'ordinaire, dans l'intervale du 
mois de juin à celui de feptembre, jufqua 32, 
& îî degrés au-dèflus de celui de la congél- 
ation , tandis que la température ordinaire de 
l'été varie de 24 à 16 degrés. Le fol étoit ar- 
dent , les pâturages étoiént brûlés , les animaux 
gratoient la terre avec le pied pour en arracher 
les racines &r les manger : prefque toutes les 
fources étoient taries , & il n'y avoit dans les 
marres où ils s'abreuvoient qu'une eau bour- 
beufe , 4 corrompue & échauffée , qui repandok 
tlans l'air des miafmes putrides. Il y a eu des 
habitants qui ont été dans la nécefïîté de faire 
conduire leurs troupeaux aux rivières voifines 
pour les abreuver , ce qui aura fans doute beau^ 
coup contribué à propager la contagion. 

Cette épidémie a toujours été plus violente 
après de grandes féchereffes ; elle reparoît de 
nouveau , fous un afpecl: menaçant , en 1779 ; 
elle fuit la marche ordinaire des maladies pes- 
tilentielles qui naiflfent au printemps , saccroif- 
fent en été , s'affoiblirTent a la fin de l'automne 
&c difparoirTent en hiver ^ fur-tout dans les pays 
du Nord. ; 

Cette épizootie s'eft prefque toujours bornée 

L ij 



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î^4 § ur ^ es MalaSes 

à la plaine qui avoifme la mer ; cette plaine 
n'a communément que trois ou quatre lieues de 
profondeur : à peine cette maladie a-t-elle gagné 
les montagnes , même les plus rapprochées des 
lieux infectés \ ce qui vient fans doute de la diffé- 
rence de la température de l'air, de fa conftitution, 
des pâturages qui font plus abondants \ des eaux 
plus pures: il y a eu des habitations intermé- 
diaires entre celles cùrégnoit Fépizootie, qui ont 
été préfervées \ ce qui prouve que la première 
caule de la maladie n'exifte pas dans l'air, &C 
qu'il faut un contaci immédiat entre les ani- 
maux malades & fains pour communiquer la 
maladie. 

Ces faits ont frappé différemment les gens 
prévenus , &: n'ont fervi qu'à renforcer les pré- 
ventions que l'on avoit contre la méchanceté 
des Nègres : il y a eu des animaux d'un même 
troupeau qui ont été exceptés , fans doute parce 
que le principe morbinque n'opère que fur ceux 
qui font dans une difpoution propre à recevoir 
l'impreffion des miafmes contagieux , à concourir 
à fon adion & à fon développement. 

Cette maladie attaque également les chevaux , 
mulets fk bêtes à cornes ; elle paroît avoir exercé 
plus particulièrement fes ravages fur les mulets , 
probablement parce que c'eft l'efpèce d'animaux 
la plus commune à Saint-Domingue, &: celle 
qui fatique le plus. A nombre égal , les bêtes 
à cornes ont été moins attaquées , & il en a 
péri moins : on a cru même obferver quelque 
différence entre la maladie des bêtes cavalines 
&c celles des bêtes à cornes ; mais cela ne doit- 
il pas être attribué à la différence de conftitu- 
tion de ces animaux? 

Les animaux atteints de cette maladie per- 



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Êpi^ootiques. I £c 

dent leurs forces 6V leur appétit ; ils ont la tête 
balîe , les oreilles pendantes ; ils paroiiTent trilles, 
abattus 6V quelquefois tremblants ; ils fe tien- 
nent le plus fouvent couchés , leurs yeux font 
larmoyants 6V rougeatres , d'autres fois fecs y 
étincelants 6V égarés, la peau eft fèche 6V brû- 
lante , la refpiration fréquente 6V pénible , la 
pulfation des artères très-répétée , dure 6V d'au- 
tres fois petite , reflerrée 6V irréguliëre : à me- 
fure que le mal fait des progrès , les fymptômes 
s'aggravent, les flancs de l'animal battent plus 
fréquemment ; il touffe 6V quelquefois l'haleine 
cft piquante , la langue 6V le palais font arides 
&: deviennent noirâtres ; les urines font rares , 
difficiles 6V rougeatres : d'autres fois il y a ré- 
tention complette, les excréments font durs 6V 
noirâtres , dès le commencement ; alors il y a 
conflipation ; quelaùefois auffi l'animal a une 
diarrhée qui dégénère en diîTenterie : il fe ma- 
nifefle fur différentes parties du corps des en- 
flures qui fe changent en tumeurs ; elles fe por- 
tent principalement fur la ganache , le cou • 
l'avant-main , aux parties inférieures de la poi- 
trine 6V du bas-ventre , fur les parties naturelles 
fk en dedans des cuiffes : ces tumeurs font d'une 
nature indolente 6V œdémateufe , 6V dégénèrent 
facilement en gangrène -, elles viennent rare- 
ment à fuppuration, à moins qu'elles n'y foient 
décidées par les fecours de l'Art. Lorfqu'on ouvre 
ces tumeurs , il en fort une férofité roullatre 6V 
fanieufe , très-chaude 6V corrofive , dont le con- 
tact avec un corps fain qui vient à être bleiTé 
caufe fouvent à ce dernier des tumeurs de la 
nature de l'anthrax , la lièvre de l'efpèce ma- 
ligne 6V la mort. Il y en a cependant quelque- 
fois qui font dures 6V enflammées , &: qui fe 

L iij 




ï6& Sur les Maladies 

terminent par la fuppuration ; alors la maladie 
eft bénigne. Efl général, la nature de ces tu- 
teurs &: leur fiége décident du danger de la 
maladie. 

On ne doit regarder les tumeurs qui fe mank 
feftent dans cette maladie _, fur l'habitude du corps, 
que comme des dépôts critiques , quand elles 
viennent à fuppuration fpontanément , ou par 
les fecours de l'art. L'expérience a démontré 
qu'elles n'étoient falutaires que dans ce cas , Se 
que les tumeurs œdémateufes terminées par k 
gangrène étoient le plus fouvent mortelles.. 

Les bœufs ceflfent de ru miner ^ cV on a fouvent 
extrait de leur anus & de leur re&um une efpèce 
de furoncle de la nature du charbon ; les vaches 
ceffent de donner du lait , après les deux ou trois, 
premiers jours de leur maladie , & ont les mêmes 
fymptômes que les bœufs. 

La durée de cette maladie eft indéterminée % 
rarement on la voit paifer le feptième jour, îorf- 
qu'elle eft mortelle : on a vu des animaux tomber 
morts dans les pâturages , d'autres fois fous les 
harnois atelés au moulin, au cabrouet, cVc. ou 
arrivant de voyage; lorfque le mal eft dans fa 
plus grande force ., il caufe la mort dès le premier, 
ou le deuxième, ou le troifièmc jour ^ & plus, 
particulièrement fur les animaux les plus vigou- 
reux 6V les plus gras.. 

Les fymptômes de cette maladie les plus dan- 
gereux font les tumeurs qui fe manifeftent an 
ventre ôc à l'avant-main , qui étant d'une nature 
œdémateufe dégénèrent en gangrène, ou qui dif- 
paroiffent fubitement : rabattement exçeffif j les 
défaillances,, les tremblements , les convuîfions , 
les rétentions d'urine j les diarrhées qui dégénè- 
rent en dysenterie dans les trois premiers jours. 



Mfc. 



11 «'■ I" 



Êpi^ootiques. 167 

de la maladie , & fur-tout quand ces fymptômes 
font accompagnés de fièvre avec un battement 
petite, refTerré & irrégulier des artères , parce 
qu'ils dénotent ordinairement les engorgements, 
les infiltrations Ôc les métaftafes internes ou fur 
les vifeères. 

Les fymptômes favorables font au contraire 
l'abondance des urines troubles , des excréments 
mous &: copieux fans beaucoup d'odeur > la moi- 
teur & la moieffe de la peau , les tumeurs acom- 
pagnées d'inflammation &: de tendon qui vien- 
nent à fuppuration dans les lieux éloignés des 
vifeères effentiels à la vie , la ceifation de k 
foif; le retour de l'appétit ainfl que celui du 
ruminement dans les bœufs. 

L'ouverture des cadavres a démontré que 1& 
trachée artère , les poumons, la plèvre, le péri- 
carde, la diaphragme, n étoient jamais fains, qu'ils 
étoient plus ou moins rouges , livides , crénpe- 
lateux , couverts de taches noires , quelquefois 
gangrenés : le cœur étoit gorgé fou vent d'un fang 
noir , les vifeères du bas-ventre étoient à peu 
prés afFedés de la même manière : on trouvoit. 
fouvent le foie & la Tate d'une couleur noirâtre 
&: engorgés , couverts de taches gangréneufes. 
La bile contenue dans la véficule du fiel étoit 
cauftique &: d'une couleur verdâtre foncée, le 
méfentère plus ou moins, enflammé & tacheté , 
l'eftomac fk les inteftins prefque toujours en- 
flammés &: fouvent fphaeelés , 6c le mucus quel- 
quefois détruit : on a trouvé fouvent dans le canal 
inteflinal des mulets des vers vivants implantés 
dans les parois de l'eftomac &" des inteftins , 
qu'ils ont quelquefois percés. On trouvoit fou-* 
vent des engorgements & des infiltrations d'une 
liqueur rouffàtre > analogue à celle qui fortoit 

L ir 



I £3 Sur les Maladies 

des tumeurs , ce qui paroiffoit produit par & 
ftiétaftafe de ces dernières, puifqu' elles s'offraient 
prefque toujours aux parties intérieures corres- 
pondantes de celles où les tumeurs s'étoient d'a- 
bord montrées extérieurement. 

Les cadavres des bœufs ont offert à peu près 
les mêmes phénomènes que ceux des mulets : 
on a remarqué généralement que les eftomacs 
étoient diftendus Se pleins d'herbes. La pance T 
le re&iculum , le liber &: l'abomafus étoient fou^ 
vent dépouillés de leur membrane interne &£ 
quelquefois fphacelés , arnfi que le canal intefti- 
nal : on trouvait communément dans l'anus &c 
le reclum des furoncles de la nature du char-' 
bon 3 Se les tumeurs qui fe déclaraient à Textes 
rieur du corps avoient ordinairement plus de. ten- 
dance à la gangrène que fur les mulets. 

En rapprochant les différents lignes diagnofti 1 - 
ques que cette maladie préfente dans fon cours ,. 
oa pourrait la confidérer comme une fièvre ma-% 
ligne peftiîentielle. 

En effet , ce fléau s'efï toujours montré comme 
exanthémateux., contagieux &: épizootique, avec 
les fymptômes les plus graves; le mal triomphe 
■ de l'art j l'animal périt dès îe premier &r le fécond 
jour j la terminatfon des tumeurs internes ôV exter- 
nes par la gangrène prouve la malignité de la ma- 
ladie & paraît établir fon caractère peftiîentiel. On 
pourrait envifager comme la caufe prochaine de 
cette maladie la Derverfion totale des fluides , le 
relâchement j, la ftupeur &: l'inertie des folides, 
& en considérant les circonftances des faifons 
du fol , de la température de l'air , &: les autres 
événements pendant lefquels cette épizootie a 
régné dans fa force, on pourroit les confidérçr 
comme fes eau (es éloignées. 



* 






Êpi^ootiques. \6^ 

On peut , d'après les différents fymptômes de 
la maladie , la divifer en trois degrés , comme 
l'a fait M. de Chaigne-Brun , à l'égard de l'épi— 
zootie qui régna dans la Brie en 1757, & qui 
a beaucoup de rapport avec celle-ci. 

Au premier degré les animaux font feulement 
attaqués à l'extérieur par des enflures ou tumeurs: 
à ce période la maladie eft peu dangereufe quand 
on amène les tumeurs à fuppuration , les lymp- 
tômes qui l'accompagnent font bénins. Les ani- 
maux confervent à peu près le même appétit 
qu'en fan té ; ils ont rarement de la fièvre , &r 
ii en meurt fort peu. La maladie n'eft ordinaire- 
ment' mortelle que quand les tumeurs di (paroi f- 
fent fubitement, ou qu'il fe fait des métafeafes 
dans la poitrine ou le bas-ventre : cependant elle 
eft plus ou moins grave félon la poiition de ces 
mêmes tumeurs comme nous l'avons déjà re- 
marqué. 

Au fécond degré les parties internes ck ex- 
ternes font plus ou moins affectées : la maladie 
devient alors beaucoup plus à redouter j, ck fes 
fymptômes diffèrent peu de ceux du troifième 
degré : on perd environ la moitié des animaux:, 
l'on ne réchappe que ceux chez lefquels on par- 
vient à dégager la nature par les différents émo- 
nictoires , &r fur-tout par la fuppuration des tu- 
meurs : c eft vers ce but que tous les fecours de 
l'art doivent être dirigés. 

Au troifième degré tous les fymptômes ont plus 
d'intenfté: les parties internes font les feules at- 
taquées , il n'y a plus de tumeurs au-dehors, le 
mal eft alors beaucoup plus dangereux que dans 
les deux premiers états : il meurt au moins les 
trois quarts des animaux , &: fouvent la cleftruc- 
tion eft générale : la durée de la maladie ne s*é- 



fjo Sur les Maladies 

tend jamais au-delà du troifième jour , Se quel- 
quefois elle eft terminée dans l'efpace de douze., 
dix-huit , ou vingt-quatre heures. 




SECONDE PARTIE. 

Des moyens préfervatifs & curatifs de cette 

maladie. 

Quoique les fecours qu'on met en ufage pour 
prévenir les progrès de cette maladie contagieufe 
ioient fouvent inéficaces , on doit toujours les 
employer \ ils confident , 

i°, A empêcher toutes communications des 
animaux fains avec les animaux malades , tant 
direétes qu indiredes par le concours des hommes, 
des chiens 3 Sec, 

i°, A ne donner aux animaux qu'on veut pré- 
ferver de cette maladie qu'environ la moitié de 
leur nourriture ordinaire j Se à ne les abreuver 
qu'avec une eau faine Se courante , Se non avec 
«ne eau ftagnante Se corrompue. 

3°, A tenir libre le ventre de ces animaux par 
le moyen des lavements fimples ou laxatifs , s'ils 
font conftipés. 

4°, A faigner les animaux pléthoriques Se gras , 
Se non les animaux foibles , vieux ou maigres : 
on répétera la faignée lorfque le fang eft couen- 
neux, fec Se enflammé, 

j°, A faire prendre au troupeau qu'on veut 
garantir de la contagion des bains de mer , une 
ou deux fois le jour., Se à fon défaut, des bains 
de rivière : ç'eft peut-être le fecours le plus puif- 
fant qu'on puifTe employer. 

6° y A faire mettre dans la nourriture de ces 






Êpî^ootlques. 1 7 \ 

animaux environ une once de fel marin par jour, 
&: cela pendant huit à dix jours de fuite , & à 
leur faire boire une pinte d'eau de goudron par 
defllis. 

7°j A obferver la plus grande propreté dans 
les bacs ou auges, qu ? on fera laver une ou deu> 
fois par jour , ainfi que les râteliers , &r ne pa< 
permettre aux animaux fufpe&s de manger avec 
les animaux fa.ins. 

8°, A laiifer à l'air libre tous les animaux qu'on 
tentera de préferver ., & à parfumer les lieux où 
on les renferme, en y faifant brûler des branches 
de citroniers ou d'orangers enduites de. goudron. 

9°, A changer les harnois, les traits, les brides, 
les licous qui auroient pu fervir aux animaux 
infedés , & à ne pas permettre aux gardiens 
des animaux malades d'approcher les animaux 
fains y qu'après s'être lavés ck" avoir changé de 
linge) il feroit même plus à propos qu'ils fuifent 
nuds ou couverts feulement d'une chemife de 
toile ) , enfin que les uilenfiles qui auroient fervi 
aux panfements des animaux malades y fniTent 
entièrement deftinés , ayant la précaution de 
les changer après chaque panfement. 

io°, A faire des fêtons au bas du poitrail des 
chevaux èV mulets ^ & au bout du fanon des. 
bœufs qu'on fera fuppurer le plus long-temps 
pofïîble avec les onguents fuppuratifs, dans lef- 
quels on incorporera des mouches cantharides 
pulvérifées, de l'euphorbe, &c. 

A employer des rrjaftigadours pendant toute la 
durée de la contagion , mais on obfervera foi- 
gneufement de ne pas faire fervir le même pour 
deux animaux : prenez gonfle d'ail trois racines , 
de gingembre deux gros , fel de nitre &: fel 
ammoniac de chaque un gros ., de camphre un 








/ 




172 



Sur les Maladies 



gros ; pilez la racine &: les Tels , & broyez îe tout 
dans égale partie de vinaigre &: de gros drop 5 
enveloppez eniuite dans un morceau de groife 
toile pour en faire un mafticadour ^ & le fuf- 
pendre dans la bouche de ranimai en le fixant 
à fa tête j de manière qu'il foit obligé de le 
mâcher pendant une heure , matin ck loir. On 
doit éviter tous les autres remèdes, comme fu- 
dorifiques , purgatifs ; ils n'ont prefque jamais été 
utiles, comme préfervatifsde cette maladie, Ôc 
font fouvent devenus nuifibles par leur mauvaiie 
application. 

Voilà à peu près les fecours qu'on doit em- 
ployer pour prévenir les progrès de la contagion, 
dont le plus puiilant fans doute efl indiqué dans 
le premier article. 

On ne peut donner que des préceptes géné- 
raux fur les moyens curatifs , par rapport à la 
diverfité des fymptômes &c des degrés de la ma- 
ladie, ÔV la différence effentielle qu'il y a entre 
chaque animal. 

On remédiera à chacun des fymptômes de 
la maladie , félon l'exigence des cas ; c'eft-à-dire 
qu'on emploiera la faignée autant qu'elle fera 
néceOaire dans les cas des inflammations , les 
diurétiques , les lavements avec les relâchants , 
les< lotions d'eau chaude ou les fumigations aro- 
matiques , les antifeptiques , les maturatifs , les 
flimuiants & les cordiaux , fuivant les indications 
de la maladie. 

i°, Des qu'on fufpeélera un animal d'être ma- 
lade , on l'éloignera du troupeau pour le loger 
dans un parc ou endroit très-aéré , & fous le 
vent des autres animaux : on parfumera, chaque 
jour une ou deux fois, ce logement qu'on tien- 
dra très-propre en y faifant des feux comme il 






Ëpi7 L ooriques. ty$ 

eft indique à l'article VIII du Traitement préfer- 
Vatif. 

i°j On mettra les animaux malades à la diette, 
&: on ne leur donnera pour aliment que l'eau 
blanche faite avec la farine de maïs ou de petit mil, 
& la limonade ou l'eau de goudron pour boulon, 

3°, On n'emploiera la iaignée que dans les 
trois premiers jours de la maladie ., &: dans le 
cas où la fièvre feroit confidérable &: la foif 
excemve : on doit la bannir dès qu'il paroi: des 
tumeurs. 

4°, On tentera tous les moyens poffîbles pour 
amener à iuppuration les tumeurs auilitôt qu'elles 
paroîtront, tels que les cataplafmes maturatifs, 
les véfiicatoires , <kc. &r on donnera iïfiie au pus 
dès qu'il fera formé , mais le fecours le plus prompt 
& le plus fage fans contredit ,, efl le cautère ac- 
tuel ou fer rouge , appliqué fur îa tumeur d'une 
extrémité à l'autre, & dans toute fa circonfé- 
rence jufqu'au vif. On panfe enfaite les plaies 
avec les onguents fuppuratifs , tels que le bafi- 
licum , le digeiïif, i'cegiptiac , le itirax , &c. 
dans lefqueîs on incorporera des mouches can- 
tharides ou de l'euphorbe en poudre *, &: à cha- 
que panfement on lavera les plaies avec de l'eau 
& du fel , 6V un tiers de rama. 

y°, On doit aider les effets du cautère &r des 
topiques pour rendre la fuppuration plus loua- 
ble , par l'ufage intérieur des antiputrides & des 
Simulants : le breuvage fuivant a fouvent été 
utile ; pour cet effet , prenez du quinquina en 
poudre une once , de fel ammoniac deux °ros 
d'aflafœtida & de gomme ammoniac, de cha- 
que trois gros : dhfolvcz les gommes railmes 
dans environ quatre onces de tafia, enfuite 
ajoutez-y le kina & le fel , avec deux opees 



" l 



1*74 S ur ? es Maladies 

d'eau : mêlez &: donnez-en une feule dofe tous 
les matins , jufqu' à ce que la fuppuration foit 
louable : on doit ajouter auffi environ une once 
de fel commun à la boiflbn de l'animal malade. 

6°, Lorfqu'on ne pourra pas faire fuppurer 
les tumeurs , ou qu'on jugera qu'il s'en formé 
dans l'intérieur du corps de l'animal , on appli- 
quera fur les parties tuméfiées des emplâtres 
véficatoires à l'extérieur ; &on donnera à l'in- 
térieur toutes les fix heures le breuvage fuivant. 

Prenez de thériaque demi-once , d'antimoine 
diaphorétique deux gros , d'alkali volatil fluor > 
ou à fon défaut de l'erprit volatil de fel am- 
moniac un gros, de kermès minéral fix grains: 
broyez & mêlez le tout dans environ trois onces 
de gros firop , & autant d'eau pour le faire avaler 
à l'animal. 

7°, On emploiera lés rhafticadours indiqués 
à l'article premier du traitement préfervatif pour 
les animaux malades , ainfi que les fêtons. 

8°, Dans le cas de conftipation > on donnera 
à l'animal des lavements d'eau & de fel marin i 
matin &: foir ; & fi la diarrhée furvient , ac- 
compagnée de tranchées qui dégénèrent fouvent 
en dysenterie avec fpacèle des inteftins , ori 
donnera matin &: foir à l'animal malade une 
demi- once de quinquina avec un gros de fel am- 
moniac dans fuffifante quantité d'eau , &: on lui 
Fera prendre toutes les quatre heures des lave* 
ments de décodions de feuilles de citronier Se 
de raquettes > avec deux gros de corne de cerf ; 
Se fi les douleurs étoient trop vives ., on pourra 
recourir à la faignée : on emploiera en même- 
temps des boiifons nitrées avec le camphre. 

9°^ Lorfque les Foibleffes & proftations dé 
" r ces furviennent, ce qui le plus fouvent eft 






Ëpi^ootiqûéL ï 7 j 

mortel , on tentera le breuvage indiqué à l'ar- 
ticle fixième ; & fi Ton juge l'animal fans ref- 
fources , on l'emmènera au bord d'une fofTe 
profonde de huit à dix pieds, éloignée des en- 
droits fréquentés ; &: après l'avoir étranglé ou 
affommé, on l'enterrera , afin de prévenir les 
effets de fa contagion. 

io°, Pour terminer la cure, on purgera une 
ou deux fois les animaux, lorfque les tumeurs 
ne fuppureront plus. La médecine fera compofée 
avec le jalap , l'aloes ou antimoine cru depuis une 
demi-once jufqu'à une once , délayé dans une in- 
fufion de feuilles ou de fruits de tamarins & de 
ca(fe , ou bien huit ou dix grains de tartre éméti- 
que , qui , étant corrigé par l'acide du tamarin ? 
purge très-bien les animaux : on doit varier les 
purgatifs félon l'individu , &: ne donner aux 
animaux foibles , trop jeunes ou vieux j que des 
antiphlogiftiques ôz des lenitifs , tels que les in- 
fufions de tamarins ou de caife , dans lefquelles 
on fera diffoudre quatre ou cinq onces de fel 
d'epfom. 

11°, On ne fera rentrer dans le troupeau les 
animaux qui auront été malades qu'après être 
affiiré de leur guéri fon , & les avoir fait baigner: 
on doit faire brûler les toiles > licous & autres 
effets qui auront fervi à ces animaux , comme 
capables de retenir la contagion , èV on purifiera 
le logement qui leur aura fervi d'hôpital , comme 
il eft indiqué ci-deifus à l'article huitième du 
traitement préfervatif , &: en faifant laver avec 
de l'eau chaude les râteliers , auges ou bacs , de 
en donnant un lait de chaux au mur. 

ii°, Il eft de la plus grande conféquence de 
faire enterrer profondément les animaux morts 
fie cette maladie, mais. plus particulièrement les 



I 





ïyS Sur les Maladies 

bœufs &r leur fumier : on jettera fur le caûavfis 
un baril de chaux vive _> enfime une grande quan- 
tité de pierres , d'épines ou de raquettes , &r au 
moins trois ou quatre pieds de terre , fur laquelle 
on plantera des raquettes ou des campèches : ce 
parti eft plus (âge que celui de brûler les corps 
morts , qui a quelques inconvéniens. On a vu les 
fuites les plus hineltes pour avoir négligé ces pré- 
cautions : des Nègres voraces ayant mangé de 
la chair des animaux morts de cette maladie y 
les uns ont été attaqués du charbon , les autres 
de dysenterie accompagnée des fymptômes les 
plus fâcheux , ou de fièvres vraiment peftilen- 
tieiles , 6V prefque tous en ont été les vi&imes. 
Des chiens, qui avoient déterré les cadavres mis 
peu profondément en terre, ont gagné la ma- 
ladie , ont fervi à la propager 6V en font morts. 

On ne peut s'empêcher de dire ici que la po- 
lice, tant intérieure qu'extérieure de la plupart 
des habitations , a été trop peu exacte pour pré- 
venir ces trilles accidents : on a vu des hommes 
vils qui ont vendu fans pitié la chair des ani- 
maux morts de cette affreufe maladie , 6V le bas 
prix de cette viande infedée n'en a procuré 
que trop facilement le débit. 

Nous ofons attaquer l'erreur qu'on s'eft efforce 
de répandre au fujet de la caufe de cette épi- 
démie. Des hommes ignorants 6V féroces , qui 
n'ont vu que poifon par- tout , ont voulu per- 
fuader à la crédulité , trop facile à féduire dans 
des circooftances de malheur , que la caufe de 
cette épizootie n'avoit d^ autre fource que dans 
le maléfice des Nègres, Ofons le dire : il en eft 
des poifons comme des revenants ; plus on a de 
lumières , 6V moins on en voit. 

En effet , quel eft le poifon qui peut produire 

les 






wm 



mJm 



I 



4*> 



Epi^oottquef* jjy 

es différents fympcômes qui accompagnent cette 
maladie? Aucun de ceux que îhiitoire naturelle 
nous a fait connoître dans les trois règnes: 'ils 
ne peuvent agir que de deux manières, ils cor- 
rodent ou ils coagulent -, or on fait que ce ne font 
pas-là les effets de cette maladie : elle ne peut 
donc point avoir les poifons pour caufe ; à la 
vérité on a trouvé à l'ouverture de quelques 
animaux morts de cette maladie le cariai in- 
teftinal corrodé ; mais il étôit manifefte que ce 
iymptôme elt très - équivoque , 6V que les ma- 
ladies peftilentielles , 6V même celles qui ne font 
'«que Amplement malignes, produifent quelquefois 
cet effet par la difpofition particuiière.ou par l'a- 
crimonie des humeurs de l'animal malade ; 'd'ail- 
leurs, les antidotes , tant du règne végétal , que 
du règne animai 6V du règne minerai , dont 
les vertus font confiantes , n'ont produit aucun 
effet falutaire dans cette épizootie. 

Tandis qu'à Saint- Domingue on accufoit les 
Nègres d'être la caufe de cette maladie épidé- 
mique , une épizootie à peu près fèmblable rà- 
vageoit les Provinces méridionales de la France, 
fous les yeux des hommes de l'Art les plus cé- 
lèbres , qui y ont à peine porté des fecours ef- 
ficaces ; c'en: la nature des maladies peftilentielles 
d'être^ fouvent plus puiffantes que les fecours de 
la médecine ; 6V dans ce cas , il eft ordinaire 
que l'ignorant 6V le charlatant donnent pour 
raifon de leur peu de fuccès une caufe furna-{ 
turelk. 






M 



ÏJÎ 



Sur les Maladies 



t : 



m 



^ 



TROISIEME PARTIE. 

Obfervations relatives à cette épidémie^ qui 
s* eft quelquefois communiquée aux hommcÈ % 
avec les moyens qui ont le mieux réujjî 
dans le traitement* 

Il n'eft pas douteux que les maladies épi- 
zootiques ne fe communiquent aux hommes : 
les témoignages de lieras , Herment , Hart- 
mann , Chaigne-Brun , Nicolau ., Bertin ne peu- 
vent pas être révoqués. 

Je pourrois peut-être me difpenfer d'en par- 
ler , mais ce que je vais dire fervira à démontrer 
la reiTemblance de cette épidémie avec celle qui 
a régné à la Guadeloupe en 1774, ainfi qu'avec 
Celles dont Chaigne-Brun , Hartmann & Nico-^ 
lau ont fait mention. 

Tous les fujcts qui ont gagné la maladie épi-^ 
démique fe font trouvés dans le cas defoigner, 
de toucher ou d'ouvrir les animaux malades ou 
morts, ou enfin de manger de leur chair, ce 
qui peut être regardé comme une forte d'ino- 
culation : on peut obferver auffi que cette ma- 
ladie communiquée aux hommes a ceiTé d'être 
contagieufe parmi eux , ce qui feroit croire qu'elle 
change de nature fuivant les efpêces. 

Les fymptômes qui furviennent aux hommes, 
attaqués de cette maladie , font des charbons 
fur différentes parties du corps , foit pour s'être 
bîeiTé avec un infiniment qui auroit fervi aux 
panfements ou à l'ouverture des animaux ma- 
lades ou morts , foit pour avoir reçu la matière 



A 



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é ... . Ëpi%totiqutï; • fe* 

les tumeurs ou des excréments de ces mêmes 
animaux ; ceux qui ont mangé de leur chair 
eprouvent des accidents plus dangereux , telles 
que des fièvres de l'efpèce maligne , des dyttbn- 
tenes de même nature , accompagnées des fym- 
tomes les plus Fâcheux ■ & dont la guérifoh 
dépend de la promptitude ÔV de la nature des 
lecours qui font cependant quelquefois inefficaces 
Les remèdes qui ont eu le plus de fuccès , 
iont la laignee dans les premiers moments pour 
les iujets fangurns, les boirions acidulées avec 
I acide végétal ou minéral, l'émétique , les véfï- 
ptoires cV Talkali volatil fluor employé tant 
intérieurement qu'extérieurement fur les bïcflîi- 
res après la difparition de la phlogofe. Les 
fcanfications , les ventoufes & l'extirpation des 
tumeurs externes ont eu des fuccès , lorfqu'on 
„a enfuite amené les plaies à une fuppuration 
louable car les fuppuratifs & les antifeptiques. 

Ces obfervations peuvent fuffire aux gens de 
lArt charges du foiii des animaux malades de 
cette épidémie ■ ainfi qu'aux propriétaires des 
JNegres , pour les avertir des dangers qu'ils cou- 
rent ôc des précautions qu'ils doivent prendre 
pour éviter ces accidents fâcheux : trop heureux 
h i Auteur peut garantir à la fois, & le maître 
& les efclayes , des effets d'une prévention aveu- 
gle oc cruelle. 




.M 



î8o 



Sur les Maladies 






OBSERVATIONS 

Sur le Charbon , par M. Pelîfïbt 3 maître 
en chirurgie a Galifa 3 en 1776. 

Tant que la maladie n'a attaqué que les 
bêtes cavalines fur lef quelles elle a commencé 
a exercer fes ravages i les Nègres n'en ont point 
été la vidime \ il n'y a eu que quelques-uns à 
qui on avoir fait ouvrir les mulets , qui aient été 
attaqués légèrement 6x à l'extérieur ; mais la 
contagion a paffe aux bêtes à cornes , & elle 
s'eft communiquée aux Nègres , parce qu'ils ont 
mangé la viancle des animaux qui en étoient 

morts. 

Cette maladie ne portoit pas dans le principe 
des caradères de malignité J?1 en deftrudeurs -, il 
étoit extraordinaire qu'un Nègre en mourût: 
mais enfuite elle s'eft' développée avec plus de 
violence , &r elle paroît de jour en jour acquérir 
plus de force , & avoir pour caufe un déïétaire 
plus adif : quelques Blancs qui avoient des blef- 
fures aux mains en ont été attaqués , après avoir 
ouvert des animaux. 

Lorfque j'ai traité des Nègres du charbon , 
j'ai fais des informations , & j'ai prefquc toujours 
découvert qu'il étoit mort des bœufs fubitement 
fur l'habitation à laquelle ils appartenoient , Se 
fur la voifine; qu'ils avoient déterré ces bœufs,. 
&- qu'ils en avoient mangé ou qu'ils en avoient 
achetés de quelques Nègres voifms , ou des Bou- 
chers , ou des Marchands efpagnels. 

L'air ne communique point 'aux hommes cetto 



v 



»■ 



Epz^ootiques.. i g g 

contagion : j'ai vu dans une même chambre ; 
dans un même lit des peftiféres avec d'autres 
malades qui n'en ont jamais été atteints. 

Les gardes & hofpitaliërcs relient & couchent 
dans la même chambre pendant tout le cours 
de cette maladie , qui dure quelquefois ua mois y 
& elles ne contra&ent jamais la maladie. 

Les {ymptômes font très -différents tk très- 
variés , quelquefois il n'y a qu'une fimplc tumeur: 
extérieure couverte de quelques petites puflules , 
fans douleur, fans chaleur, fans fièvre. 

Quelquefois la tumeur eft d'un volume ex- 
traordinaire ; elle attaque plus ordinairement la. 
tête que les autres parties du corps , avec chaleur- 
fièvre , plufieurs petites puftules au centre de la.. 
tumeur qui paroît fans fentiment , &c entourée 
d'une enflure œdémateufe qui s'introduit dans. 
Finterftice des mufeies fur le 'trajet des vaiiTeaux 
qu'elle couvre &r remplit d'une lymphe couen- 
neufe &: rouiTeâtre. 

Si l'on fait des incifions fur les tumeurs j il ea 
fort quelquefois beaucoup de fang ; d'autres fois 
on n'y en voit point : on découvre feulement 
une couenne rouiTeâtre , de laquelle fortune fé- 
rofité limpide qui fèche difficilement & ne change 
point la couleur du papier bleu. Au bout de trois 
ou quatre jours , fi la tumeur du centre fe cerne 
par un cercle de fuppuration , on peut beaucoup 
efpércr ; l'efearre du centre s'enlève ou tombe 
de lui-même, & laine un vide plus ou moins 
confi durable* 

Chez les uns iî y a une Ample enflure œdé- 
mateufe qui paroît avoir fon centre fur les pau- 
pières ou fur les glandes parotides: fi on y fait 
des incifions ; on trouve une humeur purulente* 
infiltrée dans le tiifu cellulaire 5 bientôt les muf- 

M 0} 



f$i Sur- les Maladies 

des qui ont été frappés du délétaire tombent ei% 
pourriture ; il s'y établit une fuppuration abon^ 
dan te , & le malade , après avoir perdu une partie^ 
de Tes forces , guérit. 

Chez d'autres , la tenfion du vif âge , du coït 
eft fi coniidérable , que le fang ne peut plus des- 
cendre du cerveau -, il femble que les yeux vonfc 
fortir de leur orbite , fur-tout fi le délétaire a 
fon foyer fur les glandes parotides : on leur fait 
des incifions , on n'y découvre qu'une couenne , 
dont le tifiii cellulaire eft rempli : on efpére dé- 
brider &: donner de l'aifance au retour du fang: : 
les malades périment en deux ou quatre jours, 
au plus , foit qu on ait incifé ou qu'on ne l'ait; 
pas fait. 

On en voit où le délétaire fe porte fur les 
bras, fur les mains , fur les jambes &: y forme- 
une tumeur qui, quelquefois, tend confidéra- 
blement la partie > d'autres fois il n'y a de levé 
que le lieu de la tumeur. S'il fe forme prompte- 
ment une efearre , qui n'eft qu'une fimple pelli- 
cule noire , le malade eft fauve ; mais fi la tu- 
meur difparoît fubitement , il eft bientôt perdu :• 
il y en a où le délétaire fe porte avec tant de 
violence fur l'eftomac , qu'il occafionne des vo-, 
niiiïèments d'une humeur jaunâtre & épaifle, 
qui bientôt après change fk devient d'un noir 
foncé ; le pouls eft fans mouvement, les extré- 
mités font froides : la mort paroît dans peu 
d'heures. Il y en a d'autres chez lefquels le virus 
peftilentiel fe jette fur les inteftins ; les malades 
rendent par les felles une matière bilieufe, fan- 
guinolente qui ne tarde pas à changer de couleur 
tk à en prendre une verdâtre ou noire ; le pouls 
sft petit, ou plutôt fe fait à peine fentir , les 
extrémités font froides ëc le ventre fe- remplit 



■" 



•r^r 



&pi\oo tiques. i^3 

dune férofité roufleâtre qui marque la décom- 
pofition de la partie rouge du fang , & le ma- 
lade expire dans l'efpace de douze ou quinze 
heures. Le délétaire fc porte quelquefois fur le 
niéfentère , fur les reins 3 fur le trajet des gros 
vaifleaux du bas -ventre ; les malades ont d'a- 
bord un violent accès de fièvre a après quoi il y 
a abfolue prouration de force : le malade dit ne 
rien fentir ; il cherche à fe précipiter hors de 
fon lit 3 cet état dure deux ou trois jours, après 
lefquels le malade périt \ couvert d'une fueur 
froide cV gluante. 

Les fignes du charbon ne font point équivo- 
ques. Quand on voit une tumeur ., dont le centre 
cft couvert de quelques plidennes , remplie d'une, 
férofité rouffeâtre, avec enflure quelquefois, fans 
chaleur autour de ce foyer., on peut décider oue 
le malade a le charbon ; fi le délétaire s'eft porté 
fur les parties intérieures , il eft plus difficile à 
reconnoître , mais on n'en: pas long- temps dan$- 
l'incertitude ; la violence dos accidents qui n'ac- 
compagnent avec autant de rapidité aucune autre - 
maladie, annonce bientôt fa nature. 

Si le charbon- efl à l'extérieur, que le malade 
ait peu ou point de fièvre , qu'il y ait des mar- 
ques de fuppuration , avec un efcarre bien formé 
dans le centre , on peut décider que la maladie 
ne fera pas mortelle ; mais fi la tumeur difpa- 
roît fubitement , que le malade devienne froid , 
avec douleur de reins , agitation 3 inquiétude \ 
le malade va périr. 

Si le charbon eft dans Tes parties intérieures, 
on peut dire que le malade périra , parce qu'il 
neft point d'exemple bien conftaté qu'il en foit 
réchappé un feul : l'ufage des remèdes intérieurs , 
m faction extérieure des véficatoires ne font 

M m 



ï&4 Sur les Maladies- 

ni affe£ piaffants , ni affez prompts pour- détour^ 
ner un délétaire qui a déjà détruit la partie fur 
laquelle il s'eft jeté à l'inftant même où il s'eft fixé» 

Nous fuivons pour le traitement de cette cruelle, 
maladie les indications que nous préfente l'état 
du malade ; nous avons reconnu que le pus feuî 
eft v capable d'envelopper & d'entraîner l'humeur;. 
délétaire. •, en conféquence nous employons des 
larges véficatoires 3 &: nous favorifons autant, 
qu'il eft en notre pouvoir la fuppuration de la 
tumeur : fi c'eft dans le commencement de la 
maladif > que la fièvre foit violente, le lu jet ro- 
bufte , fe pouls fort Se plein , nous faifons une. 
ou deux faignées 3 mais on doit craindre d'aug- 
menter la proftration des forces. 

Nous employons d'abord les acides végétaux 
8c les minéraux ; lorsqu'il y a des marques de. 
fuppuration , nous donnons le quinquina : ce re- 
mède paroit bien opérer pour détruire les reftes 
du délétaire, mais fon ufage m'a paru dangereux 
dans les commencements. 

Si la tumeur eft confidérable , qu'elle tende les 
parties environnantes au point d'intercepter la* 
c rculation , on fait quelques incitions -, mais ce 
moyen eft bien infidèle , 6c il produit rarement, 
l'effet qu'on en attend. 

Nous extirpons le plutôt poffible refcar:'€j car 
il contient une partie coniidérable du dclétaire. 

Si l'enflure dure long-temps autour du foyer, 
nous y faifons des incifions , parce que nous don- 
nons iftue à du pus qui s'eft infiltre dans le tiffu 
cellulaire; & lorfque les mufcles font en pour- 
riture, on les enlève & on pan fe avec un digef- 
îif : pour terminer la cure, on purge deux ou. 
trois fois le malade avec un purgatif auquel ©a 
joint le quinquina, 






A 



Êp'\poitqueS; i S 5 

Si la maladie eft interne , aucun des remèdes 
que nous avons employé jufquici n'a eu aucun 
fuccès ; nous fuivons les indications : fi c'en: fur 
ï'eilomac que s'eft jeté te délétaire , ou fur les 
inteftins , nous employons les mucilagineux , les 
émolients toujours inutilement ; fi ceit fur le 
foye , le méfentère , les reins , le trajet des gros 
vaiiTeaux , nous avons tenté les faignées , qui 
n'ont point réuflî , ni les acides minéraux ni le 
quinquina : nous couvrons les malades d'emplâtres 
véficatoires , nous évacuons avec des minorants, 
mais nous n'avons pas eu la fatisfaction d'en 
fauver un feuL 



il 



OBSERVATIONS 

Faites au quartier du Trou. 
Première Obfervation. 

Un jeune Nègre robuite , âgé de 14 à ij ans s 
fort fanguin , après un accès de fièvre, eut au 
côté droit une tumeur , tenant plutôt de l'em- 
philème que de l'inflammation , il ce n'elt qu'au 
centre il y avoit quelques pullules qui tendoient 
avec chaleur environ un pouce de la peau : le 
relie étoit mou , cédant au doigt -, cette tumeur 
dans fon entier occupoit un cercle de huit pou- 
ces , & s'éîèvoit de deux au centre ; le pouls 
étoit petit Cependant je n'héfitai point à faire , 
dans le laps de N douze heures , deux fortes fai- 
gnées , & je fis une incifion cruciale fur la tu- 
meur d'un bout à l'autre : 'j'appliquai de forts 
fuppuratifs fur l'ouverture : j'adminiilrai forte 
dofe de liqueur minérale, anodine , 6V je vis avec 



ïSd Sur les Maladies 

une fatisfadion complette qu'il fe formoit att 
milieu de l'inoifion une efçarre qui avoit biea 
quatre ponces, & qui commencent à être en- 
vironné^ d'un cercle de fuppuraion : peu après 
J enlevai 1 eicarre , & le malade a parfaitement 
gnen. Je crus avoir trouvé le moyen d'arrêter 
Une maladie dont tout le monde commençoit à 
s alarmer, & que je ne devois plus la craindre: 
je ne tus pas long-temps à revenir de mon erreur. 

Deuxième, Qbfervaticn. 

Deux jeunes Négreflès Rirent à la fois atta- 
quées, l'une au dos & l'autre à l'énaule d'une 
tumeur de la grofeur & de l'étendue de celle 
ci-oeruis ; la maladie avoit le même caractère :• 
je .car fis le même remède; elles périrent toutes 
tes deux : je trouvai à Tune une fubftance couen- 
neuf e Tur l'eftomac & le foie qui étoit enflammé \ 
te a 1 autre une même fubftance couenneufe IV 
UU des reins. 

Troisième Qbfervaticm 

Un autre Nègre vigoureux mourut fubitement. 
Je trouvai les inteftins remplis de viande , j'y 
apperçus beaucoup de taches rouges & noires , 
environnées d'une couenne jaunâtre de la gran- 
deur d'un demi-pouce , le mçfentère étoit en- 
flammé & garni d'une couenne épahTe jaunâtre , 
qui s'étendoit de fix pouces; les veines méfen- 
tériques qui. aboutirent à la veine-porte étoient- 
auflî toutes enflammées 3 &: le foie étoit gorgç 
de fang & d'une bile [aune &; (rà-tenue. 



ftCfc 



Êpi\ootique$. 



i*7 



OBSERVATIONS 

Faites fur l'habitation de M. h marquis de 
Galifît, quartier de la Petite- Anfe. 

Première Obfervation. 

Un Nègre nouveau fut attaqué, le 2.7 o&obre 
dernier, d'une fièvre très-violente; ce Nègre étoit 
fort & robuite : le charbon ne régnoit point alors.. 
Je iaignai ce Nègre ; je nVapperçus alors de di- 
minution dans la force du pouls ; la chaleur m$ 
parut moins vive , mais la tête étoit plus en- 
gagée qu'auparavant ; le malade ne le plaignoit 
pas du ois-ventre qui étoit météorifé : je regar- 
dai cette malad'e comme une fièvre : j'appliquai 
des larges emplâtres véficatoires qui opérèrent 
autant que je pouvois Telpérer : J-âdminiftrai le 
kina &: l'acide vitriohque -, ce Nègre fe tour- 
mentoit, cherchoit à fe précipiter hors de ion 
lit; lorfqu'on le queftionnoit où étoit fon mal, 
il répondoit je fuis mieux ; enfin le 3 1 oétobre 
au foir il mourut. Je fis l'ouverture de fon ca^ 
davre ; je trouvai le bas-ventre rempli d'une le- 
rolité rouiTeatre en auffi grande quantité que s'il 
eût été hydropique , ck" un charbon fur le foie 
qui étoit gorgé , & dont le lobe moyen étoit 
couvert d'une couenne roufïeâtre. 

Deuxième Obfervation. 

Un jeune enfant de 11 ans fut attaqué à îa 
gorge y le 29 novembre au matin , d'une tumeur 
•edémateufe qui lui enveloppoit tout le côté droit 



Il 



I 



i88" Sur les Maladies 

du cou & de la face , dont le centre étoit fur fe& 
glande parotide , où il y avok quelques pufluies \ 
la fièvre étoit violente , les yeux lui fortoient de 
la tête, toutes les veines qui rapportent le f ano- 
de la tête paroilïbient bridées : on lui fit des in- 
cifions fut la tumeur : on y appliqua des cata- 
plasmes émolients ; on employa le fel fédatif , 
les acides vkrioliques , les emplâtres véficatoires ; 
en peu d'heures il devint froid, la tumeur s'af- 
fâifTa, & le malade périt le ioir. L'ouverture du 
cadavre fit voir planeurs points cY,m rouge noir fur 
les intérims x environnés d'une couenne comme 
aux autres. 



T. 



roi (lime 



ervation* 



Un Nègre infirme fut attaqué, le I décembre 
furlefoir, fubitement , d'un vomiiTement d'une 
matière jaunâtre, qui bientôt devint noire comme 
du fang pourri ; en peu d'heures il devint froid 
& expira : je fis l'ouverture du cadavre > Se trou- 
vai dans l'eitomac huit ou dix tumeurs noires , 
environnées d'une couenne de la grandeur d'un 
pouce , avec inflammation en plufieurs autres en- 
droits. 

Quatrième Obfervation, 

Une Négreiïe d'un certain âge fut attaquée,. 
le i novembre , d'une tumeur au fein > fans puf- 
tule , qui triploit fon volume, & d'une autre fous 
l'aiffellé : on bai appliqua beaucoup d'emplâtres 
véficatoires au cou , au dos , au bras : on lui. 
adminiftra les remèdes ci-defTns ; les tumeurs dis- 
parurent ; elle eut un cours de ventre de ma- 
tière d'abord failieufe,, puis enfuit e noire &; verte, 
& périt le deux. À l'ouvertuje du cadavre o% 



Èpi\ootiq'ues. 189 

trouva les inteftins Farcis de tumeurs noires j avec 
une couenne autour. 

Cinquième Obfervation. 

Un petit enfant de huit ans entra à l'hôpital 
le deux , &" mourut la nuit fuivante. A l'ouver- 
ture du cadavre on trouva plus de quarante tu- 
meurs de la largeur d'un pouce dans le canal in- 
teftinal : les tumeurs étoient comme des tuber- 
cules 3 d'une couleur rouge noire. 

Sixième Obfervation, 

Un autre enfant, à la vérité valétudinaire , eft 
entré à l'hôpital le trois au matin , ck eil mort 
dans la nuit fuivante. A l'ouverture du cadavre 
X)ii trouva le foie gorgé de far?g & d'une bile 
Jaune &: limpide , avec une couenne roufîeâtre 
en plufieurs endroits. 

Septième Qbfervatiom 

Laurence fut attaquée le deux fur la glande 
parotide droite &c fur les paupières *, le trois il 
y avoit fiir les paupières trois champignons d'une 
matière blanche & giutineufe de la grofleur d une 
noilètte: on fit des incifions en plufieurs endroits:: 
on renouvella les emplâtres véficatoires qui four- 
nirent beaucoup; le quatre la tumeur s'alraiûa, 
&" elle mourut dans la nuit , après avoir eflùyé 
un cours de ventre très- opiniâtre. A l'ouverture 
<Ju cadavre on trouva les inteitins enflammés d'un 
bout à l'autre. 

Huitième Obfervation. 
Une jeune NégreiTe nourrice fut attaquée d*unç 




$9® Sur les Maladies 

tumeur grofîe comme une noirecte au-deflous dé 
la clavicule droite ; cette Négreiiè n'a point eu 
de fièvre ; elle aliaitoit fou enfant : on lui appli- 
qua une large emplâtre véiicatoirc ; elle avoit 
de l'appétit ; la tumeur ne formoit point d'ef- 
carre : le cinquième , la tumeur difpariit ; à cet 
époque on lui ôta Ton enfant qui n'a point été 
malade > & qui n'a rien communiqué à la nou- 
velle nourrice. On réitéra les véficatoircs : on 
lui donna une forte décoction de ferpehtaire de 
Virginie ; elle eut un cours de ventre qui termina 
Fes jours en peu d'heures. A l'ouverture du ca- 
davre on trouva les inceftins remplis de tumeur! 
noires. 

Neuvième Ohfervatioh. 

Antoine entra à l'hôpital le huit, avec une tu- 
meur qui n'engorgeoit que la glande parotide : 
cette tumeur étoît dure, fans douleur, fans cha- 
leur; &: fi le charbon n'eût pas régné , cette tu- 
meur ne l'auroit jamais fait foupçonner. On lui 
fit le même traitement qu'aux autres ; ce Nègre 
difoit je n'ai rien 3 j'ai beloin de manger : le dix- 
fept la tumeur difparut tout d'un coup , le Nègre 
devint froid & expira en trois heures. A l'ou- 
verture du cadavre on trouva le bas-ventre rem- 
pli d'une quantité prodigieufe d'eau rouueâtre , 
&: le méfentère ne reflemblant plus qu'à une 
maue de fang noir couvert en pliûieurs endroits 
d'une couenne rouflfeâtre; 

Dixième Obfervation. 

Un autre Nègre fut attaqué : le foyer du char- 
bon étoit fur les paupières de l'œil droit ; il fc 
forma au quatrième jour un cercle de luppu- 
ration qui a enlevé toute la peau des deux pau~ 



Ëpl^ootiques. 1 9 î 

"pieres; te fix on lui fit des incifions d'où il découla 
beaucoup de pus qui étoit infiltré dans le ciflti 
cellulaire : le huit une partie des mufcles , des 
paupières j des lèvres tombèrent en pourriture, 
il s'eft établi depuis une abondante fuppuration , 
qui nous promet la guéri Ion de ce Nègre. 

Nous ne faifons point mention des autres Nè- 
gres morts de cette maladie ., parce que ce ne 
feroit qu'une répétion de ce que nous venons 
d'expoier ; nous avons choîli les traies les plus 
frappants j afin de mieux faire connoître fa vio- 
lence &c fon caractère. 

OBSERVATION 

Communiquée par M. Mi Ilot , préjîdent du 
Cercle 3 membre de la Chambre d'agncul-* 
ture du Cap* 

L'épizootie fut les animaux a fait fes rava- 
ges en 1777 Zk 177S fur l'habitation Millet, dans 
le quartier de la Petite-Ànfc. M. Millot a obfervé 
que le Gramen fécale ., vulgairement dit herbe à 
bled , couvroit les favannes ; que les animaux 
étoient obliges de s'en nourrir , (k que la maladie 
s'arrêta , lorfque les animaux trouvèrent d'autres, 
herbes à manger : il a vu périr fur une habita- 
bitation voifine beaucoup de mulets &: quelques 
bœufs ; &: la mortalité a cède , lorfque la fenfi- 
rive qui matelaifoit la favanne a été arrachée & 
détruite (6). M. Miilot penfe d'après cela ^ que la 

(6). M. Defportes dit que la fenfirive eft vantée par, 
plufieurs , comme alexipharmaque ; mais que l'on attribue 
cette vertu à fa racine , parce qu'elle fait vomir , & qu'il 
eft plus fage de n'en pas faire ufagé. V. Tr. ab. des pi. de 
St-Dom. T. III , p. zi 8 & 119. J'ai vu employer la racine 
île fenfitive en décoction : c'elt un vomitif très-doux, 



■ - 




ïyi Sur les Maladies 

qualité des pâturages peut mimer fur ie carao 
têre &" la sature de cette épizdàtie; qui s'annonce 
quelquefois avec allez de lenteur & de bénignité ; 
pour pouvoir è r re obfervée & fbignée avec iuccès; 
mais dont la marche a été quelquefois fi rapide, 
qu'il n'y a qu'un très-court eipace de temps entre 
l'époque apparente de (on invalion ek fa fin, qui., 
dans ce cas , eft tcuiours funefle. 

M. Millot a obfervé que cette maladie étoit 
contagieufe j & qu'elle fe communiqnoit aux 
Nègres par une forte d'inoculation, ce qui lui fait 
J>enfer qu'il feroit peut-être avantageux d'inoculer 
les animaux £ l'invafion d'une maladie peftilen- 
tielle. 

Obfervation. 



Le Nègre- Nicolas , créole , fils d'un Nègre ck 
d'une NégrefTe Arada , chargé de foigner le trou- 
peau de bœufs , avoir été obligé d'en panier uri 
qui avoit eu une douzaine de puftules à la cuilfe. 
Il introduifoit fon doigt dans une de ces puftu* 
les , qui étoit devenue ianieufe , pour en faire 
fortir une matière blanche & épaifîe , 6V il a con- 
tinué à foigner cet animal pendant trois femaines: 
il eft venu à l'hôpital dans le mois d'août ; il avoit 
à deux travers de doigt, du pli de l'aine droite ., 
une tumeur gro(Te comme un oeuf ; elle étoit 
ulcérée dans fon milieu , très-enflammée & mon- 
troit une difpofition à la gangrène : on enleva 
l'efcarre ^ansreneufe , l'ulcère fe détergea , la 
cicatrice fe fit avec célérité & le Nègre reprit 
fes occupations. 

Il revint à l'hôpital en octobre ; la tumeur 
s'étoit/renouvellée à la cuiiTe ; il en avoit ail 
bras droits , dans la rartie inrérieure , une fe- 
eonde bien plus confidérable > l'inflammation étoit 

légère J 




légère, mais il y avoit une grande tendon qui 
s'étendoit jufqtf à l'avant-bras i on fentoit de la 
fluctuation dans le centre de la tumeur 5 on ap- 
pliqua un emplâtre dyachiium Sz un cataplafme 
cmollient. 

On regarda cette tumeur comme humorale, 
(impie e\: formée par congeftion : on en fit 
l'ouverture quelques jours après; mais, quoique 
le malade ne parût pas avoir de fièvre ni d'al- 
tération fenfïble , le gonflement augmenta , la 
gangrène parut , & la tumeur, qui n'avoit d'a- 
bord rendu qu'une humeur fanglante &: gangre- 
neufe , exaloit une odeur infoutenable. 

On reconnut alors que cette tumeur étoic 
charbonneufe *, on fit des incitons qui fournirent 
une humeur jaune ck fanieufe : on enleva tout 
ce que l'on put de la tumeur ; on employa les 
antifèptiques les plus puiflants 3 comme le kina, 
Tcfprit de tafia , le ftirax , le camphre , le fil 
ammoniac : ou avoit donné f émètiqtïè _, qui in- 
voit pas produit un grand effet : on ■adminiftrà 
ïe kina intérieurement , la mppuration s'établit 
& parcidbk bonne ; cela détermina à changeï 
les parlements Se à n'employer que les digeftifs 
fimpîes -, la fuppuration ceiîa fubïtement , & 
1 ulcère prit un mauvais afpeâ: : on revint au 
ftirax j la fuppuration fe rétablit : tout paroiiFoit 
aller allez bien , îorfqu'on apperçut une nou- 
velle tumeur entre ï'aiflcUe &r le teton ; celle-ci 
mt encore ouverte & fournit un pus louable : 
on employa le ftirax dans le panfement, & il 
s'établit une bonne fuppuration. 

La tumeur de la came, qui avoit été ouverte 
&: panfée avec lès mêmes moyens , paroidbit 
le cicatrifer. 

l'abondance de la fuppuration & l'altération 



/ p 



KL.iI 




î<>4 $ ur ? es Maladies 

des humeurs avoit fait maigrir beaucoup le ma- 
lade , il repofoit bien 6c n avoit pas de fièvre > 
&" il ne fouffroft guère que dans les panfements; 
il furvint un léger dévoiement : on adminiftra 
un rninorâtif avec de la rhubarbe &: un cordial , 
ce qui produifit un bon effet. 

En novembre , on fut obligé de fcarifier &C 
d'enlever un point gangreneux qui s'étoit mani- 
fefxé vers le coude , cette opération parut fati- 
guer le malade ; il témoigna de l'impatience &c 
de l'humeur ; on fit malgré cela de nouvelles 
taillades , parce que la gangrène faifoit des pro- 
grès , elle s'étendit jufqu au vifage , qui étoit pâle 
&: livide ; on y fit des incitions , &: on continua 
les mêmes moyens. 

Quoique le malade s'affoiblît tous les jours, 
on crut pouvoir efpérer encore , parce que la 
gangrène parut s'arrêter , que les ulcères te dé- 
tergèrent & fournirent une bonne fûppuratibn ; 
la tumeur de la cuiffe étoit cicatrifée , mais il 
reftoit encore une glande dure & fquirreufe , & 
ce fut un nouveau germe qui fe développa : la 
perte du fang dans les fcarifications , la iiippu- 
ration abondante ., jetèrent le malade dans la 
diflblution & l'épuifement : fes jambes enflèrent , 
tout ton corps pâlit ; il mourut le premier dé- 
cembre. 

EXTRAIT du rapport du Mémoire de M. 
Peliffot 3 par M. Guiot y maître en chi- 
rurgie 3 ajjocié du Cercle. 

L'exactitude des deferiptions eft une qua- 
lité précieufe dans les oblervations de médecine > 
des circonilances qui ne paroiffoient à l'Obfer- 
vateur que mériter peu d'attention ^ deviennent 



Êphpotîqueï. î^f 

dés foyers de lumière pour l'homme de Tare 
fait pour les appercevoir ; en forte que de la 
prolixité , ou de la trop grande concifion 3 le 
premier de ces défauts cft plus profitable pour 
fart que le dernier. 

M. Peliiîbt regarde , avec vraifemblance , l'u- 
îage que les Nègres de ces habitations ont fait 
<ie la viande des animaux morts de cette ma- 
ladie , comme la caufe de l'épidémie. 

Il décrit d'une manière fort abrégée les fym- 
tômes de la maladie ; mais , malgré cette pré- 
cifion , on reconnoît dans fon tableau les va- 
riétés dont parle M. de Sauvages : Pejiis benbgna > 
pejiis interna , pejiis rétro ceiens. 

Il rend compte enmite de la conduite qu'il 
a tenu dans la cure , tant de la fièvre que du 
-charbon. 

Les moyens qu'il a employé, par rapport à la 
première > fe réduifent aux antifeptiques inté- 
rieurs , aux cordiaux & aux minoratifs ; quant 
au charbon, il s'eft fervi des incifions, de l'ex- 
tirpation ; de l'efcarre , âcs digeflifs animés. 

Il finit enfin par expofer ce qu'il a vu à l'ou- 
Tertnre d'une douzaine de cadavres. 

Nous devons à M. Peliflot la jnftice de dire , 
que fon mémoire eft écrit avec ordre , & que 
les moyens qu'il a employés pour combattre le 
terrible fléau qui a défolé les habitations de 
M. le marquis de Galifet font ceux que „ mal- 
heureufement, l'on aprefque toujours vu inutiles 
entre les mains des plus habiles gens de l'art. 

D'un autre côté , nous foraines forcés à dire 
cjiie nous aurions defiré qu'il eût donné plus 
d'étendue au détail des fymptômes de cette fiè- 
vre peftilentieile , qu'il en eût fuiyi avec exac- 
titude ies différences individuelles , qu'il eût 

N ij 






ï 







îq6 Sur les Maladies 

■'•donné la préférence aux émétiques fur les ml- 
noratifs 3 &" même les purgatifs , dans une ma- 
ladie dont le foyer étoient évidemment dans 
Teftomac. 

Si la defcription de l'épidémie des animaux 
eût fait partie de ion travail ; fon mémoire déjà 
fort intéreflant par l'importance du fujet, l'eût 
été bien davantage. ^ 

Ext RÂIT d'un Mémoire qui a peur titre : 
Defcription d'une maladie épizootique 
qui régnoit à Saint-Domingue 5 dans la 
dépendance du Cap-François 3 dans les 
années 1772 3 1773 & 1774, par M-. 
Regnaildot 3 D. M. au Port-Louis , île 
Guadeloupe , ajjocié du Cercle. 

L'Auteur, pféfume que c'eft fur l'habitation 
Carré , au quartier 'Morin , que la maladie a 
pris fon origine j il paroît au moins , par toutes 
les recherches que Ton a pu faire à cet effet , 
eue cette habitation a été le foyer de la con- 
tagion , car il (croit podible que le principe fût 
Venu de plus loin. 

Cette maladie avoir déjà fait périr depuis fix 
mois cinquante mulets ou chevaux fur l'habita- 
tion Carré , fans qu'elle (c foit communiquée à 
aucunes habitations voifincs ; elles n'en ont mê- 
me relTcnti aucun 'effet pendant plus de dix- 
huit mois. 

La maladie , dont la marche étoit infidieufe 
&: la nature très - maligne , attaquoit les che- 
vaux j> les mulets &: les bœufs ; ces derniers 
animaux cependant ont été les moins maltraités. 

L'habitation Carré &: l'habitation Dupaty , 




Êpi^ootiques. , 197" 

dallantes lune de l'antre de pluficurs lieues , 
étpient adminiftrées par la même perfonne ; les 
Nègres & les animaux des deux habitations corn-, 
muniquoicnt nécciïairement enfcmble., .&■ il eit 
prouvé que la maladie fut apportée de l'habi- 
tation Carré fur l'habitation 'Dupaty > par un" 
cheval qui ayoit féjourné pendant deux mois 
fur la première habitation , & qui fut ramené , 
imprudemment fur la féconde , où il ert mort 
quelques jours après. 

Cette maladie fit périr fur l'habitation Dupaty, 
dans l'efpace de trois mois , cuatre-vinpt mulets ., 
fins compter les chevaux oc" les bœufs. 

Elle commençoit à le ralentir fur l'habitation 
Dupaty, lorfqu'on la vit fe répandre , non fur 
les habitations voifmes, comme on l'avoir pré-' 
fumé avec frayeur, mais dans quelques habita-' 
tions de la Petite-Anie & de la Plaine du Nord; ' 
c£ ce ne fut que quelques temps après qu'elle, 
parut furies habitations Laplaigne , Sacanville' 
& Macarty : dans le voifinagè de l'habitation 
Dupaty ; l'habitation Laplaigne fouffrit autant 
de la malignité de cette épizootie que l'habi- 
tation Dupaty ; on ne fauva prefque aucuns des^ 
animaux qui en furent attaques : l'habitation Sa-' 
canville perdit rapidement fept à huit mulets; 
le mal parut céder , mais il fe renouvela cri? 
core , cependant avec moins d'intenfité ; car il 
n v eut que quelques animaux qui en furent atta- 
qués, &: on en guérit quelques-uns. 

L'épizootie ne fit périr que trois mulets fui* 
l'habitation Macarty,. quoiqu'il y en eût plus de. 
cinquante qui en furent atteints. 

La maladie paroîiîoit éteinte fur l'habitation 
Dupaty : on crut , deux mois après , pouvoir 
remplacer les animaux que Ton avoit perdu ^ 

N iti 




19S Sur les Maladies 

niais il en périt quinze dans Fefpace de quel- 
ques jours. 

On a vu la contagion fe répandre fucceffive- 
menr dans un grand nombre d'habitations de 
l'Acul , de la Plaine du Nord , & même de la. 
Petite-Anfe ; elle a montré dans ces différent* 
quartiers la même irrégularité dans fa marche, 
le même caractère de malignité & de fixité dans 
fes principes ; elle a fait des progrès rapides ,. 
meurtriers, ncn-interrompus , dans quelques en- 
droits : fa marche a été plus lente dans d'autres 
endroits , & elle a laiffé des intervalles affez. 
longs entre fes différentes attaques. 

Il y avoit beaucoup de féchereffe à Tmvafion 
de la maladie : l'herbe des favann.es étoit brûlée,, 
les marres étoient corrompues ; mais la variété 
des faifons ne parut pas apporter de changement 
dans fon caractère- 

La perte la plus terrible ne tue pas plus promp- 
temeiit que cette maladie ;, elle ne paroiffoit an- 
noncée par aucuns fignes précurfeurs i on a trouvé, 
morts beaucoup d'animaux que Ton avoit jugé 
quelques heures auparavant être dans la meilleure 
laiîté; fouvent Huilant apparent de la maladie 
a été celui de la mort ; fa durée a toujours été 
fort incertaine., le plus grand nombre des ani- 
maux périffeit dans la première femaine ; ce- 
pendant quelques-uns ont réfifté juiqu'au quin- 
zième , &: on a confervé une partie de ceux, 
qui n'ont pas fuçcombê à cette époque. 

On pourrait difHnguer cette maladie , relati- 
vement à fa durée, en très- aiguë & aiguë fini- 
plement dite ^ & en prolongée. 

Sous la première dénomination , on compren- 
droit -, avec rai fon , celle qui tue les animaux 
fur le champ , ou dans peu d'heures ; fous la 



Êpi-^ootîques. 159 

féconde , celle qui ne fe termine que dans la 
première fcmaine \ fous la troifième enfin 3 celle 
qui dure jufqu'au quinzième &: au-delà. 

Lorfque la maladie agit avec toute l'énergie 
de fa malignité , elle ne peut être ni prévue , 
ni traitée ; ranimai mange comme à fon ordi- 
naire , il n'a pas maigri , fon poil n'a pas chan- 
gé , {es allures font les mêmes •■> tout a coup il. 
paroi t trffte &: abattu , il refufe la nourriture , 
les flancs lui battent , fes oreilles font froides , 
fanimal fe lève & fe couche alternativement , 
&: il périt : quelques-uns font morts dans le 
moment que , foupçonnant leur maladie, on pla- 
coit la ligature pour les faigner. 

On a obfcrvé au quartier Morin que les ani- 
maux éprouvoient la douleur la plus vive avant: 
de mourir ; ils s'agittoient , frappoient des pieds > 
cherchoient a mordre , s'élançoient contre les 5 
murs : on n'a pas fait la même obfervation fur 
l'habitation Dupaty. 

Les fymptômes de la maladie font rabatte- 
ment de l'animal , les tumeurs externes , l'oppref- 
iion , le râle , le fifHëment de la poitrine, l'écou- 
lement d'une faille putride par l'anus ; dans le 
bœuf, l'écoulement abondant d'une humeur mu- 
queufe par les nafeaux, comme dans la gourme, 
le bourfouflement du rectum & de la vulve qui 
fe font jour au-dehors : on n'a pas apperçu de 
fièvre dans cette maladie redoutable. 

L'ouverture des cadavres n'a produit aucun ac- 
cident à ceux qui s'en font le plus occupé : ce 
moyen , qui eft le plus propre à donner des lu- 
mières fur la nature des maladies & fur les dé- 
fordres qu'elles produifent j a fervi dans cette 
occafion à confirmer les préventions malheureufes. 
de quelques perfonnes qui , fe hâtant de pro- 

N iv 









%oo Sur les Maladks 

noncer- fur des obfervations luperficielies & fùp- 
des apparences équivoques , ont attribué cette 
maladie à un maléfice qui n'exiltoit que dans, 
leur imagination. 

On a obfervé i°, des engorgements inflamma- 
toires fur différentes parties, mais principalement 
fur l'eftomac des chevaux &" mulets , fur les ef- 
tomacs &c les inteftins des bœufs : i°, des échy- 
mofes intérieures ou des engorgements d'un iang 
noir coagulé, deîTéché , ce que Ton a pris mal 
à propos pour des efearres gangréneufes ; 3 , des 
épanchements de iang dans îa poitrine, & quel- 
quefois fur les lombes dans les boeufs : 4°j des 
épanchements féreux dans le ventre & la poi- 
trine : 5 , des infiltrations du. même genre dans: 
le tîfllï adipeux , tant à l'extérieur que dans les. 
vifecres : 6°, dans l'époque de Fmvafion de la ma- 
ladie , une quantité prodigieufe. de vers crinons. 
$c des œftrcs , avec érofion du duodénum de 
l'eftomac, des petits abcës fiftuleux placés entre 
les tuniques de l'eftomac & des intérims , & 
remplis de vers crinons : ces vers aveient percé 
quelquefois les inteftins & avoienc pénétré dans 
le-méfentëre où étoient tombés dans le ventre. 

Il eil bien eifentie! de favoir que M. Vitct % 
qui donne îa description de douze ou quinze épi- 
zooties, rapporte que l'inflammation deTeftcmac 
& du duodénum a été obfervé très -fréquem- 
ment ; fi les perfonnes qui ont été confukecs 
fur la nature de cette maladie avoient connu 
cette obfervation , elles auraient eu l'avantage 
de calmer les cfprits 5 de prévenir des châtiments 
injuries. 

Quoique l'inflammation dont nous parlons ait 
été bien commune , on ne t'a cependant pas 
toujours obfervée, même chez àzs animirex dont 



Êpi\ooriques. 20 r 

la mort avoit été rapide. Quelquefois cette in- 
flammation n'étoit qu'une, légère phlogofe; mais 
d'autrefois le duodénum ne préfentok qu'une 
furface fanglantc & livide : les aliments étoient 
alors deflechés & couverts d'une couche mince 
d'humeurs blanchâtre &: concrète qui adhéroit à 
leur furface -, lorfque l'inflammation étoit moins 
confidérable , elle n'étoit pas répandue uniformé- 
ment ; il y avoit des points d'un rouge plus foncé; 
la membrane intérieure étoit fuppurée d'efpace 
en efpàce : nous avons même trouvé chez un - 
mulet dé l'habitation Casmet à l'Efterre, l'eilo- 
mac perce d'un trou à y mettre le pouce , avec 
une inflammation livide à fa circonférence; les 
inteftins de cet animal étoient très-enflammés; 
la portion fupérieurc de i'eftomac a toujours paru 
faine : nous n'avons vu le contraire que chez 
deux animaux. 

Dans le bœuf, la membrane intérieure & ridée 
du feuillet s'enlevoit avec beaucoup de facilité > 
les autres tuniques étoient très-enflammées; l'in- 
flammation étoit pius forte for la cailletc cV les 
gros inteftins, mais elle paroiiloit avoir toute foiv 
intenfité fur les inteftins grêles qui étoient livides, 
gangreneux, &r rempli d'un fang putride; la rate 
a été trouvée fouvent engorgée d'un fan^ noir» 
oz lans confiitance : on a trouvé auill un épan- 
chement d'un fang noir grumelé , kc fur les 
reins ; ces animaux périiToient plus promntement 
que les betes cavahnes. 

Les vifeères de la poitrine étoient engorgés Se 
paroiilbient avoir fouffert de l'inflammation : on 
a trouvé des vers dans le thymus qui étoienc 
quelquefois engorgé par un fang noir coagulé.. 

On n'a pas apperçu de léfions dans- le cerveau , 
mais l'Auteur 'croit que ce vifeère n'en étoit pas 



20 2 Sur les Maladies 

exempt; &: que fi on ne les a pas apperçues, ceft 
parce que les obfervations n'ont pas été affez 
nombreufes , ni faites avec affez d'exa&itude. 

Le fang que l'on tiroit aux animaux avant ou 
après l'invaiion de la maladie étoit d'abord d'un 
rouge vermeil -, il fe couvroit deux ou trois heures 
après d'une couche d'une gelée molle &c blan- 
châtre. 

Les collections féreufes, qui paroiffoient au 
ventre &r fur-tout au fourreau , annonçaient le 
plus fouvent un événement fâcheux y celles qui 
paroiffoient & difparoiilbient alternativement 
étoient d'un mauvais augure : lorfque le batte- 
ment des flancs fe joignoit aux tumeurs, le mal 
étoit défefpéré; lorfqu'au contraire le battement 
des flancs celfoit , & que ces tumeurs féreufes 
étoient dégorgées ck rendoient une fuppuration 
abondante Sz louable , c étoit un figne avanta- 
geux : les tumeurs extérieures n'indiquoient pas 
toujours la terminaifon de la maladie, mais elles 
étoient un figne de fa durée. 

La douleur vive, marquée par les mouvements 
impétueux de l'animal , l'oppreffîon , le râle , le 
fimement de la poitrine qui indiquent l'inflam ma- 
in ation de cette partie &" des épanche ments * 
étoient des lignes mortels. 

L'écoulement d'une fanie putride par l'anus y 
dans le bœuf, étoit un figne mortel ; l'écoulement 
muqueux par les nafeaux n'indiquoit rien pour 
la terminaifon de la -maladie. 

Le bourfouflement de la membrane intérieure 
du rectum & de la vulve chez les chevaux de 
les mulets indiquoient la mort. 

La maladie dans fort invafion &: à l'époque 
de la plus grande mortalité au quartier Morin , 
&: fur l'habitation Dapaty, paroinoit vermineufe? 



■ ?- 



Ëpi^ootiques- 203 

*n prefcrivit d'après cela un traitement approprié, 
mais les vers diminuèrent dans la fuite de l'épi- 
zootiej elle parut alors avoir moins de malignité,, 
&• l'on prélume qu'on doit attribuer ce change- 
ment heureux à la différence du traitement qui 
étoit moins incendiaire : cependant l'Auteur ob- 
ferve que la maladie ne parut réellement s'a- 
doucir , à l'époque de Ton déclin , Cjue lorsqu'il 
parut des tumeurs, des infiltrations à l'extérieur 
qui furent fuivies d'une fuppuration abondante 
& de bonne qualité ; il dit même avoir vu une 
habitation qui , n'ayant foufFert de la maladie 
qu'à l'époque de fon déclin , n'a point perdu d'a- 
nimaux. 

M. Regnaudot , dont nous ne pouvons afTez 
louer les vues "& l'humanité , dit en pallant à la. 
cure que fon objet eft bien moins d'établir des- 
vérités que de détruire des erreurs \ & après avoir 
montré par les raifonnements les plus judicieux 
qu'il n'y avoit aucun rapport entre les fymp- 
tômes de la maladie , fa marche , les défordres 
qu'elle produifoit fur les vifcères^ & les effets 
des poifons ^ tant minéraux que végétaux ; il dit 
qu'en réfiéchinant fur la nature des accidents , 
fur l'ordre dans lequel ils ont paru , la prompti- 
tude de la mort , le tableau des défordres inté- 
rieurs , il n'eu: aucun Médecin qui ne reconnonTe 
les caradères d'une maladie contagieufe , ma- 
ligne , inflammatoire, dont le principe & l'ac- 
tivité fupérieurs aux forces de la nature, à l'épo- 
que de l'invafion &: de l'état de la maladie, a 
paru s'afïbiblir au déclin &: avoit moins d'éner- 
gie lorfqu'il s'eft porté à l'extérieur &c qu'il s'eft 
Formé une dépuration critique ; ce qui établie 
de l'analogie entre cette maladie &: les mala- 
dies peftilcntielies caradérifée-s par des bubons, 
des parotides & des anthrax. 




204 Sur les Maladies 

Parmi les moyens que l'on a mis en ufage 
peur combattre cette maladie, les uns ont été 
manuellement nuifibles, les autres n ont eu qu un 
iucces ecpvoque. M.' Regnaudot penfe qu'il 
aurait été auffi avantageux de lai£èr agir la na- 
tnre, que de la troubler par un traitement qui 
rfetoit fondé que fuir des préventions, des obfer- 
vatièns indiffifantes / &' une analogie vague &■ 
incertaine. 

L ouverture des animaux, manireftantconftanv* 
ment des léfions inflammatoires, auroit dû, 
des les premiers temps, faire preifentir l'utilité 
m traitement antrphlogirTique , & fur-tout de la 
iaignee jamais les préventions de i'exiftençë des 
vers & des poifens ont égaré, & Ion a employé 
ce fecours 3 qui a été le plus efficace , dans le 
cas eu la maladie étoit de quelque durée; car 
il étoit inutile, ainfi que tous les autres remèdes, 
Ion que la maladie étoit trés-aigue : les'iaignées 
dévoient être abondantes & faites promptement:' 
on raifbk boire en même temps de l'eau blan- 
chenaux animaux, & flïr-toutf de la limonade 
imree : on en donnoit auffi un mélange de nitre 
7, e c ? m Pv r ^ 5 au mo ^ ns deux fois par jour. 
Lcriqu il fe rormoit des tumeurs dans des endroits. 
ou l'on pouvoit appliquer le cautère actuel , on 
ne négligeait pas ce moyen , dans les vues d/cx-.. 
citer une fuppuration que l'on entretenoit avec 
le bafilicum* animé, avec les cantharides : cette 
opération n'a eu aucun fuccès, lorfquon l'a fait 
avant que le gonflement annonçât une dépura-' 
tien qu il n'étoit pas poilible de déterminer, mais 
que l'on pouvoit feulement accélérer &r augmen- 
ter : on a quelquefois donné des lavements avec 
Feau citronnée & le gros firop; 

Les purgatifs ^ -la tlaériaque ont été àiiffi nui- 
blés que les vermifuges; # ' 



• hpi\OQîiqiies. 105 

Les moyens de diminuer la contagion font 
-ceux par îefquels on peut empêcher la commu- 
nication : cette règle a été fuivic rigou reniement 
en France; mais on n'y a pas fait d'attention 
<lans H Colonie avec aiïez d'exa&itudc &de foins. 
C'cfl à cette inattention que. l'on doit attri- 
buer la marche irréguiiére que la maladie a fui vie, 
en paOant fucceffivement dans des lieux fort 
eloign.es les uns des autres , ce qui a contribué 
le plus, à faire préfumer que la mortalité netok 
produite que par la méchanceté des Nègres , qui 
empoifbnnoient les abreuvoirs, les pâturages & 
les crèches. 

On doit enterrer les animaux très-profondé- 
ment : on ne peut empêcher que ceux qui font 
fàins ne communiquent enfemble; mais il faut 
bien prendre garde de les enfermer dans des écu- 
ries ou des parcs, quelques îpacieux qu'ils pnif- 
fent être ; on doit même éviter de les raOcm- 
bler en troupeaux , fous prétexte de les vifiter, 
de les panfer ou de les conduire à l'abreuvoir! 

Extrait d'une lettre de A£ F abbé de la 
Haye,, curé du Don-don 3 officié du Cercle, 
fur quelques Plantes vériéneufes de Saint- 
Domingue. 

Brésillet-Houx (7) : Mançanilla aqui folii 
foliis, plum. 30? Forma arboris'habitus. Qtaaii- 
tate , Mançanilla, frudus vero' differt. Bores 
funt hermaphrodite. Radicatio , ramofa fibroia : 
ramificatio fnnplex , creda, articulis (lipulaceif- 
cin&a, foliatio-condupliçata, foira comporta , 



(7). Subnomine Bre fille t , ûoSrÈlituf pluriras pîaa&ë lao 
tc-feentes tenénôib. 



àô€ Sur les Maladies 

pinnata çum impari, alterna, foliole obîong&, er«* 
ix aculeatas , nervis rotundis., integris. Inflorefcen- 
cia axillaris , corymbofa ; calix tridentatus *, pe - 
talatria , acuminata , patentia , concava : maf- 
culi très , filamenta brevia , receptacuio inferta j 
anthère didymx ovatx : femina ^ malculis major, 
ovata j triftuca , ftili très brèves lïigtreata obtufa: 
fruclus drupa parva trigona coccinea , nucleus 
ferè trigonus > unilotulàris 5 femen unicum. Virt. 
fuccus la&eus 3 perfide corroiîvus & valde cauf- 
ticus. Planta circum aquas intenemorofa nafcens. 
Plurimi phafeoM font démentantes &: fufpe&i 
interquos praxipue. 

Pois à gratter : Dolichos, flore racemofo atro 
purpurco , phafeolis fpecies. Lin. 704 , virt. 
planta fofpe&a propter , cdorem empyreumati- 
cum, propter tomentum pungens cV inflamma- 
tivum : vermifugum quidem , cum melle , fyrupo 
aut oleo fumptum , fed mea fententia periculo- 
fum remedium. 

Apocini afclepias flore rubro , &" flore albo , 
nerii , plumeria., &: omnes hujus familiae la&ef- 
centes planta; , perverfum habent indolem : his 
jungi debent convolvuli flavo flore. 

Emeri interquos indigo feri prarcipue nuncu- 
pandi font , hemerocallis flore rubro & phyla- 
deipha , excitant potenter &c periculofe advo- 
mitum. 

Capficum coiToiîvum , valde hujus radix lethi- 
fera. Vomitum ufque ad necem excitant pinet 
croton , ricini , jatrophœ , & praxipue radix fen- 
fitivae fpinofe, 3 qua: omnia nociàima. Radicis 
jatrophae foccns primitivus necat , fubftantia , Fa- 
rinacea , fucco purgata nutrit. 

Nicotiana , datura , narcoticx demçntates 
Rodomelis , Pomme rofe radice venenofâ donatur, 



fc. 



Êpi^ootiques. iqj 

«t aiunt ; idem aflertio verfatur circa femina li- 
gni , vulgo 2?oi.y rouge , di&i. Sufpe&i & rari dra- 
cunculi , fagittariae. Malpighia , fubnomine Bois 
capitaine 3 nota , fufpeéta propter aculea foliorum : 
m élise frachis , (lilac défendes ) venenofus dicitur. 
Narcotica & pravâ indole donatus fios ille vulgo 
Jafmin de Cayenne diclus , odor cjus offendit cere- 
bru m. Quid dicam de fœcunda fungorum fa- 
milia ; quorum perfida indoles, necando deleelat. 
Horrendum genus fpigelia: & brinvilliera. Quis 
ignorât folani maniaci vulgo , Pomme a amour , 
perverfas & narcoticas qualitates? 

Extrait d'une lettre de M Gauche,, 
adminiflrateur des eaux de Boines y ajfocié 
du Cercle. 

L'espèce de Bréfillet , connu fous le nom de 
bois brûlant ou bois efpagnol , eft le Cœfalp'mia 
du Spec. de Linné , n° 3. Je ne l'ai pas en- 
core vu ici, parce que je nai pas encore parcouru 
3a plaine, faute de temps. J'ai vu par hafard., 
en paffant par les bois du morne de M. Dç[- 
bordes , en février , la I e efp. Cœfalp'mia caulç 
aculeato > &c. mais qui eft de la pentandrie : toutes 
ces efpéces font très-cauftiques , & même plus 
que le mancelinier dont on parle tant, il eft boa 
de favoir que le Bréfillet ordinaire paroît avoir 
des variétés , ce qui n'eft dû qu'aux différents 
fols dans lefquels il végète \ Se qu'à caufe de 
cela., il a différents noms en différents quartiers : 
c eft ce qui m'a été confirmé ici par des habi- 
tants des Gonaïves , qui font actuellement aux 
eaux &- qui m'ont montré le Bréfillet ordinaire 
fous le nom de bois brûlant. 

Le Bréfillet ou Cœfalp'mia vefîcaria eft un ar- 



toî Sur les Maladies 

huile très-commun à Léogane. Nous avons VS 
des Nègres , gardeurs d'animaux i attaqués d'en- 
flures, véi'iculaires très-brûlantes , pour s'être en- 
dormis fous ces arbriiièaux , Ôc avoir reçu l'eau 
ou la roféc qui tomboit des feuilles : quelque^ 
fois des Nègres pareiîeux s'appliquent des feuilles 
de cet arbiifce fur différentes parties, pour fe 
•procurer des goniiernents Ôc des ulcérations fti- 
perricielies , qui obligent de les garder à l'hô- 
pital. 

Description de la Marcgravia umbellata y 
par f tu M. Dubourgj ajfocié du Cercle. 

Polyandrie Monoginie. 






Calice. À fix folioles imbriquées periiflants : 
les folioles font obrondes 5c concaves. 

Corole. Ivîonopetale conique £Y inperforée ; elle 
s'ouvre par fa bafe quelques temps avant fa chute. 

Étamim. Nombreux filets courts Ôc fubulés , 
les anthères droites , grandes & ovales. 

PifiiL Un germe ovale fans (file, fur monté par 
tm ëigmat rond &c perfiftant. 

Fruit. Une baie coriace 5 globuleufe à plufieurs 
loges ôc plufieurs battants. 

Semence. Très-nombrcufes, petites ôc obrondes. 

Port. Cette plante parafite croit par-tout fur 
les arbres; fes tiges font toujours pendantes; 
fes feuilles font charnues , entières , lancéolées , 
alternes & portées fur de courts pétioles ; fes 
fleurs naiifent en forme d'umbelle fimple , le 
peduncule partiel qui les porte eft garni conf- 
tamment de petits points de couleur griie de 
très-apparent :" l'on trouve fouvent au milieu de 
l'umhelle deux corps neclariferes plus gros qu'un 

tuyau 



Epi\ootiquts* 209 

tuyau de plume , & long d'environ deux pouces 
^qui diftiilent une fubftance glutineufe. 

Piumier , Jacquins , Brown 6V Sloane en ont 
donné chacun une bonne figure. 

Description de la plante nommée a 
Saint-Domingue Quibé ou Québec 3 par 
le même. 

Classe Syngenesie Monogamie. 

Le Québec ou Quibé n'eft autre chofe que la 
îobe/ia longi flora de Linné. Cette plante croît 
ïe long des fuïffeaux > à la hauteur d'un pied ; 
fes feuilles font {impies , longues , feffiles , den- 
telées, alternes , 6> reifembient allez à ceiles de 
la chicorée. A l'extrémité des branches & des 
tiges nailTent des rieurs d'un beau bîanc , très- 
apparentes ; elles font monopétales , leur tube eft 
très-long, le limbe plane à cinq divifions pro- 
fondément lacinées : du fond de la fleur s'élève 
cinq étamines à longs filets qui fe réunirent en 
cylindre à leur extrémité fuperieurc : le germe 
eft enveloppé par un calice à cinq divifions ; il 
eft furmonté d'un ftil aufli long que les étami- 
nes qui fe termine par un ftigmate charnu & 
bilabié .• ce germe fe change en une capfule 
ovale à deux ou trois loges remplies de femences 
très-fines : le calice accompagne toujours le fruit. 

Cette plante eft fi acre , qu elle m'a caufé 
une fois de fortes érofions au vifage , pour avoir 
oublié de me laver les mains après la démonf- 
tration publique que j'en fis. Il eft à remarquer 
que plus elle eft plantée loin de l'eau , moins 
elle eft acre. Les Efpagnois font fi perfuadés de 
là malignité & du tert qu'elle peut faire aux 

G 



ÏXè Sur les Maladies 

beïliaux , qu'ils l'ont nommé matta cavalto ( tuê 

cheval). 

Description du Québec > par M. F abbé 

de la Haye. 



QuïBE % lôbelia jâfmîrïi flofa cardui folia-lo-* 
belia long! fiora^ lin. Sio > cl. 19, ord. j. plum. 
31. tournef. fi. en Efpagnol mata cavalto. Ra- 
dicatio fibrofa fuli formas. Ramificatio , fimplex 
fevatterna herbacea 3 ereeiaj foliatio, condupli- 
cata y amplexiscaulis ; folia alterna , fimplicia j 
finnata , acùleata , oblonga , canaliculata , acu- 
minata , quafi feffilia. Inilorefcentia , axillaris , 
pediculi brèves, Calix germen cingens 3 urceo- 
latus , irregulariter pentagonus , nervus 5 corona- 
tus quinque foliolis , linearibus , acuminatis , 
dentatis , ciliatis , fuperiori , breviori , furfum y 
verfa > fubfiftit 5 crefcit eum frucfcu deorfum cur - 
vatus : coroila monopetala alba leviter cingens 5 
tubns oblongus , llriatus , leviter pentagonus , re- 
ceptaculo afHxus ; limbus patens ., quinque par- 
titus , laciniis lanceolatis , fere œqualibus , faux 
tubi s titans &r tomentofa : mafculi quinque ,• 
filamenta fubulata tubo. Longiora, anthère con- 
naît in eylindrum curvum , fuperne involutum,- 
decem lineis ftriatùm , ftigma involvens : fem« 
ovariorum receptaculo immerfum , fuperne libe- 
rum acuminatum , llylus cylindraceus , longitu- 
dine ftâminum ; ftigma obtufum hifpidum : fruc- 
tu s capfula , calice cinda quafi pentagona &: 
rotunda j acuminata , fuperne dehifcens , bilo- 
cularis > difiTepimento pulpofo : fem. Plurima 
cxigua , ovata. Virt. odor fœtidus , empyreuma- 
ticus j fuccus la&eus, perfide corrofivus 5 de valde 
caufiieus. Planta circum aquas , nafeens. 



Mllfl-. UL'~U 



TT 



K 



hphootîaues. i i x 

Lobelie : lobelia galeata j oblongo folio , al- 
binerva, arbuftivà. Fru&ificatio ut in fuperiori 
fpccie , odor fœtidiffirnus , naufeabundus , in- 
grate à longe olfa'ciehs , perfidum genus , perfidac 
muîtà fpecies rêccnfendà: excepta forma corolle 
gale at se'. 

Description de la Vanne, Madère ô 
de la Canne Congo 9 par le même. 

I re . Canne Madère : Arum foliis lanceolatis 
non auritis , arum colefcens cannas indicé foliis ; 
plu m. 4J- Ginahdra polyandra lin. 849. ci. 20. 
ord. 1. herba flore monopetalo , aurito, tournef. 
69. radicatio fibrofa , carnofa , repens. Ramifi- 
catio fimplex , articulata , ere&a carhofa. Folia- 
tio , convoluta , folia intégra , lanceolata , longo 
pediculo , canaliculato , aîato amplexicauli infi- 
dentia: Inflorefccntia e. medio foliorum termi- 
nalis. Receptaculum } cîava > calice j cui longi- 
tudinaliter affixa , longior, floribus androgini 
cincfa , calix fpatha monophilla aurita , deor- 
fum curva , accumini unciata , pediculo rotundo 
incidens. Corolla , nulfâ. Mafculi fuperiori parte 
receptaculi infidentes ; anthère hexagone 9 obtus 
(effiles. Feminae , inferiori parte receptaculi infi- 
dentes s ovaria rotunda felfilia ; ftyli nulli , fticr- 
mata j punclata inter gemina notantur/Cor- 
pufcula quaedam , rotunda \ depreifa , clavata r 
incurva. Frudtus, bacece uniloculares poly fperma -; 
Virtutes. Succus iftius plants venenofiffima; , cft, 
valdè corrofivus & eau (tiens \ planta odor feeti' 
dus, empireumaticus. Planta lacuftris. 

2 e . ■> Canne Congo : Arum feandes foliis auritis 5 
amplis integris-arum feandens., ampliffimo foliâj 
flore flàvefcente, plum. gyn. roi. lin. Sqpù'fpguiha 

O ij , 




%\% Sur les Maladies 

Bâtarde : radicatio fibrofa , repens , nodis afflxa ! 
ramificatio fimplex , repens , rotunda , articulatas 
foliatio convoluta folia terna intégra j interme- 
dia., maxima , lanceolata ; longo pedicnlo cana- 
liculato infidentia* Infiorefcentia terminalis , c 
medio foliorum. Receptaculum , clava , calice 
minor , digiti formis , noribus androgynis tecïa. 
Calix , fpatha monophylla aurita , coîorata , 
acumini unciata , pediculo gracili infidens. Co- 
roila nulla. Mafculi fuperiori parte fpadicis in- 
fidélités , anthère , filamentis brevibus fk craffis 
affixa , afpere ; femina inferiori parte recepta- 
culi iniidentes; ovaria rhomboïdalia , irregula- 
ria , ftyli nulli, ftigmata fimpliciaj rotunda de- 
prefTa. Fructus , bzccx polyfperms. Virtutes, 
fuccus , k&eus , valdè corrofivus , ex iftâ planta 
emergit, odor feetidus , periculum nuntiat., ve- 
nenum indicat. Planta nemorofa. 

Observations fur les effets de la Marc^ 
gravia umbellata , de la Lobelia Longi- 
flora^ & de la Canne a Madère 3 par M. 
Arthaud/ 

Le 10 juin 1787, M. Demorancy nous a mar- 
qué que les moutons ck: les chèvres qu'il avoit 
perdus étoient devenu enflés; qu'il avoit cru qu'ils 
étoient empoifonnés par le thibé ou quebec , 
parce qu'il avoit manqué lui-même de perdre 
toutes les dents , pour avoir mis imprudemment 
dans la bouche une fleur de cette plante, qui eft 
fi commune fur fon habitation > qu'il en a fait 
fouiller ck: brûler fept cent quarante-deux pieds 
dans un jour; mais comme il continuoit à perdre 
fes animaux, il a cru que cela provenoit de la 
méchanceté de fes Nègres; &" ayant trouvé chez 
m d'eux des rameaux de la maregravia, il a 



Êpi^ootiques.- 213 

eru que cétoit de cette plante dont ils fe fer- 
voient pour empoifonner les montons &c Tes 
chèvres : il en a fait manger à une chèvre qui eiï 
morte avec deux qui avoient été empoifonnées 
dans la nuit : il en a fait mâcher à un autre fans lui 
laiifer avaler : la tête Se bientôt tout le corps 
font devenus enflés. M. Demorancy a donné à 
cet animal un gargarifme de felj, de vinaigre 8c 
de feuilles de poireaux : il a défenfié 3c a paru 
fe rétablir; mais il- e(l mort quinze jours après. 
M. Demorancy a obfervé fur une des chèvres 
empoifonnées un écoulement purulent 8c fanguin 
parles narines. Quelques jours après, deux chiens 
qui avoient mangé de ces chèvres, après les avoir 
déterrées , font morts , l'un dans le même jour 
après avoir fait des hurlements affreux , l'autre 
deux jours après en jetant des cris aigus , ayant 
les dents ferrées 8c les yeux hors de la tête. M. 
Demorancy a trouvé dans Feftomac de quelqu'une 
des animaux , qu'il a fait ouvrir , des jeunes 
oranges vertes , des citrons entiers j des morceaux 
de patates alfez gros ; mais il n'a pas cru que ces 
corps étrangers euffent produit aucun effet dan- 
gereux (%). 

M, Demorancy nous ayant envoyé plufieurs 
rameaux de maregravia ; nous avons fait piler 
plufieurs feuilles , 8c en ayant fait un bol nous 
l'avons fait avaler à un jeune chat. Nous avons 
tenu cet animal enfermé fous une boîte pendant 
trois heures : il efl forti d'une manière très-alerte, 
8c il fe porte très-bien. 

Nous avons fait avaler à un chien un bol 
de cette plante pilée , 8c nous avons obfervé 

" V ' " ■■ ■ ■ ■■ ' » ■ » 

(8). M. Lapole a vu des vaches &c des bœufs TufFoquôs. 
|at des oranges cju'ils avoient avaiés. 

O iij 






*î4 Sur les Maladies - 

pendant, long-temps tous' les mouvements de K& 
nimal. Il s'eit endormi pendant quelques temps :.. 
il a éprouvé au bout d'une heure de fortes nau- 
zées, & il a vomi une matière verte qui étoit 
celle de la plante qui avoir été délayée dans 
l'eftomac. Six heures après cet animai étoit tran- 
quille &: dorrnoit : nous lui avons fait donner à 
manger huit heures après , &z il n' avoit aucune 
altération : il fe porte bien depuis trois jours. On 
ne fera fans doute pas étonné du vomiîTement 
que ce chien a éprouvé, après avoir pris une planté 
fi peu dans la convenance de fes goûts. 

Ces expériences ne prouvent rien contre ce 
que M. Demorancy croit avoir obfervé : il falloir 
en faire une qui fat dans le cas de fournir des 
inductions ; & il falloir pour acquérir des preuves 
pour ou contre l'opinion de M. Demorancy, faire 
des eifais fur les animaux femblables à ceux qu'il 
avoit perdus. 

Nous avons fait manger à une chèvre deux 
rameaux de maregravia : elle étoit tranquille une 
heure après. Nous lui avons donné un autre ra- 
meau , au femmité duquel il y avoit un bouquet 
de fruits encore verts ; ranimai a mangé ce rameau 
avec le même empreffementque les deux premiers. 
N'obfervant encore rien de remarquable dans la, 
contenance de l'animal , nous lui. avons donné 
une heure, après une petite branche qui avoit plu- 
fieurs fruits verts & un mur d'un beau rouge, ne 
rcuemblant pas mal à une grolfe fraife des jardins. 
îl n'a pas paru manger ce fruit avec la même 
facilité; mais nous n'avons encore tiré de-là au- 
cune conféquence, parce que la chèvre a pour 
fon manger un goût exquis cV quinteux , & 
qu'elle rebute les fourrages qu'elle aime le mieux, 
lo.rfquils ont contracté quelque fouillure, &£ 






Li 



" 



Epi\ooiique$* iTJ 

qu'elle reprend dans un moment les feuillages 
ou autres aliments auxquels elle avoit paru ré- 
pugner un inftant avant: fix heures après l'ani- 
mal fe portoit bien encore. 

Le lendemain de cet eftai, le Cercle étant af- 
femblé , nous avons fait avaler à cette chèvre, 
deux bols de feuilles &c de fruits de marçgravia: 
il n'en eft réfulté aucun accident. 

Ces expériences fuffifent fans doute , pour dé- 
montrer que M. D. M. s'eft trompé en attribuant 
fa mort de fes moutons ck de les chèvres aux 
effets vénéneux de la marçgravia : il eft plus pro- 
bable que ces animaux ont péri d'une maladie 
aiguë, maligne &: d'un genre peftilcntieU & cela 
paroît prouvé encore par la mort des deux chiens, 
fi l'obfervation de M. Demorancy eit exacte. 

îl eft probable que l'on avoit pas enterré afîez 
profondément les cadavres des animaux ; qui 
avoient péri chez M. Demorancy : on voit com- 
bien il eft efifentiel de faire des foiïes profondes. 
Se de les charger pour empêcher des accidents; 
mais il ne faut pas s'en rapporter aux Nègres 
pour cette opération. 

Nous favions déjà combien il eft dangereux 
de croire des faits qui font rapportés par des per- 
fonnes. qui n'ont pas l'habitude d'obferver -, c'eij 
ce qui nous a. déterminé à tenter les expérience^ 
que nous avons faites : elles doivent donner aux 
Habitants de la circonfpe&ion pour juger des pro- 
priétés des plantes , & elles doivent apprendre 
aux Médecins à ne pas avoir de confiance aux 
rapports qui leur font faits par des perfonnes qui 
fe trompent par défaut d'attention & par pré^ 
vention , & àne pas adopter fans examen des 
Opinions qui peuvent être fau (Tes &: dangereufes. 
Le 14 juin, M. Miîlot nous a envoyé de 1% 

G iv 







il G Sur tes Maladies 

lobelia longi-flora, plante réputée cauftîque Se 
vénéneufe. Nous en avons préfenté à une chèvre 
qui n'a pas voulu y toucher : nous lui en avons 
fait avaler de force plus d'une poignée fans qu'elle 
en ait été incommodée \ d'où Ton peut conclure 
que cette plante n'eft pas vénéneufe pour les. 
chèvres. 

Le 19 , nous avons fait avaler de force de Ix 
canne madère à une chèvre :. ccîtç plante exha- 
loit une odeur piquante nauféeufe. Les Nègres. 
qui l'avorent piîée & mife en bol pour la faire 
avaler à la chèvre fe font plaints d'une démangeai- 
son acre dans les mains; cependant cet animal 
n'en a pas été malade , & il continue à fe bien 
porter ; ce qui nous fait inférer que cette plante 
•n'eft pas vénéneufe pour les chèvres. 

Description du Stramonium , appelé 
vulgairement l'Endormie % par feu M.. 
Duboure. 

Nom Latin, Stramonium veî datnra. 

Nom François. Pomme épineufe ou noixmeteîîe, 

Nom Vulgaire, L'Endormie. 

Calice. D'une feule pièce oblong , tubulé un 
Ç>eu , renflé vers, fa bafe , formant cinq angles 
fur la longueur 3 ck découpé dans le haut en cinq 
dentelures. 

Corole. En cloche , de couleur blanche ou vio* 
lette, tube cylindrique ; le limbe droit, prefqu en- 
tier, a cinq angles &: cinq pointes. 

E lamines. Cinq filets fabules , moins longs que 
la corole , les anthères oblongues , droites Se 
aplaties. 

P'ifùl Le germe ovoïde ? le ftii (impie & droite 



i z^ootwues. 217 

le illgmate rond , obtus 3 &: divifé en deux lames. 

Fruits. Capftile ovale , à quatre loges 3 cou- 
verte de pointes courtes 6V grofies; elle eft ap- 
puyée fur le caljce. Un grand nombre de graines, 
noires j épaules a ridées , ayant la forme d'un 
rein. 

Feuilles. Larges, anguleufes, pointues, décou- 
pées fur leurs bords j attachées aux tiges par de 
longs pétioles : elles font grades , molles , d'un 
vert foncé en-deiîus ck blanchâtres en-deffous. 

Racine. Rameufe &£ iibreufe. 

Port. Une groilè tige haute depuis deux jus- 
qu'à quatre ck cinq pieds, ronde , creuie , divilée 
en pludeurs branches, tant foit peu velues > de 
couleur purpurine , quand la rieur eft violette ôk 
verte ; quand elle eft blanche , les rieurs font 
folitaires , axiilaires ôk terminales-, les feuilles 
alternes. 

Lieu. Elle vient par-tout, mais particulièrement 
près des maifons ck aux environs des villes. 

Propriétés Les feuilles font d'une puanteur nau- 
féeufe 6k a {Toupillante ; la racine , les femences 
ck la fleur font moins insupportables. 

Ufages en médecine. Elle s'emploie, comme tous 
les narcotiques, prife intérieurement \ elle eau fe 
la ftnpeur, la manie, le délire furieux > les con-* 
vulfions, ôk devient même mortelle fi la dofe 
eft un peu confidérable. Dans l'ufage extérieur, 
elle eft adouciiTante , calmante 6k réfolutive. 

Obfervation. Toutes les parties de cette plante 
étant ftupefïaiites , on ne doit jamais l'employer 
intérieurement. Le meilleur antidote contre cette 
efpèce de poifon eft le vinaigre , ck conféquem- 
ment tous les acides végétaux. 

Efpèces. Je n'en connois d'autre que celle que je 
viens de décrire j car la différence qu'on voit des 



OKJ 






• 



si8 Sur les Maladies 

fleurs blanches & violettes n'eft pas fuffifant^ 

pour constituer Fefpêce , mais les variétés. 

Description du Bois rouge, par le même* 

L'arbre appelé Bois rouge , dans la partie 
du nord de Saint-Domingue, eft le Gaurea ou 
Guara _, Trïchilioides de Linné. 

Ceft un grand arbre de vingt- cinq à trente 
pieds de haut 3 fort touffu ; Tes feuilles font piq- 
uées & alterne!; les folioles grandes, lancéolées, 
pointues , liffes , d'un vert foncé , & au nombre 
de huit à douze de chaque côté du pétiole cf 
une impaire. 

Les fleurs font portées à l'extrémité des bran- 
ches fur des épis de fix à huit pouces de long ; 
elles font compofées d'un calice infère à quatre 
dents , d'une corole tetrapetale , d'un neclaire 
cylindrique couronné par huit étamincs , d'un 
germe obrond , furmonté d'un ftil filiforme , & 
terminé par un ftigmate orbiculairc Se aplati* 

Aux rieurs fnccëdent des fruits en capfule ou 
bayes fèches à quatre loges , quatre valvules & 
dont les femences font fôlitaires. 

Les fleurs , les feuilles cV les folioles ont toutes 
un ftipufe à leur infertion. Cet arbre fe trouve 
fréquemment le long des ravines , & fleurit ea 
avril & mai. 

Son bois eft employé utilement dans les ou- 
vrages de charpente ; & pourvu qu'il foit à cou- 
vert , il dure long-temps. Sa couleur rouge lui. a 
fait donner , par les premiers Habitants , le nom 
qu'il porte. Defportes le cite comme vénéneux (9); 
mais il ne dit pas fi c'eft dans le fruit , le me 
ou les feuilles que réiide fa malignité. Je n'ai 
fait aucune expérience fur ce fujet. 



4< 



(9). C'efi la graine du bois rouge qui eft réputée vtnéneuf§« 




-*y-3 



■ . ■ . 



*4 



ÉLpi^ootiqueS: 1 t 9 

Description d'une nouvelle efpece de 
Spermacocea r 4 e cl. Tetrand. Monogin. 

Nom Latin. Spermacocea cardui folio. 

Nom François. Québec à feuille de chardon. 

Le calice à quatre dents, petit, fupere ck" per- 
fiftant : il renferme une coroie tubuléc. un peu 
plus longue que lui , dont le limbe cil un peu 
ouvert &. à quatre diviiions ; aux parois de la 
coroie font attachés quatre filets courts , portant 
à leur fommet des anthères fimples. Sous le 
calice exifte un germe obrond furmonté d'un 
ftil bifourchu , qui fe termine par deux ftigmates 
obtus. A la fleur , fuecède une capiuie à deux 
loges, furmontée de deux petites corner &: des 
folioles ou dents du calice :, elle retienne deux; 
femences obrondes. 

Porc. Cette plante ne s'élève guère au-deffus 
d'un pied &" demi ; fes tiges font herbacées & 
ne fe bifurquent qu'à fepe ou huit pouces au- 
deiTus de la racine : fes branches, qui fe diver- 
gent , font coudées & forment ce qu'on appelle 
le $gzag •* elles font garnies à chaque coude de 
cinq à fix feuilles amplexicaules , la plupart à trois 
pointes, roides tk aiguës, imitant celle du char- 
don , mais infiniment plus petites. Sur chaque 
étage de feuilles naît un cône couvert de qua- 
rante à foixante petites rieurs blanches peu ap- 
parentes , auxquelles fuccèdent de petites cap- 
fuies chagrinées au-dehors , &r renfermant deux 
femences prefque imperceptibles à l'œil nu. 

Ce qui caraciérifc particulièrement cette ef- 
pece , ce font fept à huit feuilles radicales , lon- 
gues de cinq à fix pouces & différentes abfolu- 
îpent , par leur forme de celles qui viennent aux 






*jr-j 






no Sur les Maladies 

branches > elles font ovales, étroites à leur bafc a 
rondes à leur extrémité > & dentées en pointes 
tout au tour j elles font fouples , minces > & d'un 
vert gai : leur parfaite reÔemblance avec celle 
de la Lobclia longi-fiora a fait donner au Sper- 
macocea le nom de Québec que porte la pre- 
mière parmi les Habitants \ on n'a pas manqué 
non plus de lui attribuer toutes les mauvaifes 
qualités du Québec; mais elle en diffère par-là 
Singulièrement , & je puis affirmer qu elle n'eft 
ni acre ni cauftique. J'ai mâché des feuilles & 
des tiges du Spermacocea fans reffentir la plus 
légère douleur , & j'ai eu les mains & le vif âge 
brûlés pour me les être frotés avec les diverfes 
parties de la Lobelïa ou véritable Québec. 

Observât ion fur une hydrophobie 
fpontanée , par M, Arthaud. 

Qu'mgenta mendacia colliguntur f activas , quam unius 
veritatis jlatuitur demonftrat. Dijfert. de Rab. 
Mem. de la S. R. de Méd- 

Un Nègre commandeur de l'habitation But- 
teler j au Morne-Rouge,, avoir reçu le fouet il y 
-avoit à peu prés un mois , pour avoir volé un 
bœuf fur une habitation voiiine : ce Nègre, hu- 
milié de cette punition flétriiïante pour un chef 
d'attelier, en a confervé un chagrin _, dont voici 
les trilles effets. 

Il a été pris par la fièvre le 1 1 feptembre 1787; 
il fe piaignoit d'une douleur vive à la tête &c 
aux reins. 

On s'eft apperçu le lendemain que ce Nègre 
buvoit avec difficulté, &: qu'il avoit des mouve- 
ments convulfîfs ., lorfqu il vouloit avaler. 



*,pr[ootiquei. lit 

L'averfion pour l'eau s'eft bientôt manifeftée. 
L'imagination s'eft affectée au point que le remue- 
ment de l'eau , le nom feul de ce liquide , fa 
préfence excitoient les convulfions les plus fortes 
dans les mufcies de la face &: dans ceux du dos. 

J'ai vu ce Nègre le 16 : on m'a dit qu'on l'a- 
voit faigné ; qu'on avoit eu beaucoup de peine 
à lui faire prendre un lavement Se un bain; qu'on 
lui avoit donné du laudanum. 

Ce Nègre étoit couché far le ventre : il fe 
plaignoit de la tête & des reins ; il n' avoit plus 
de iommeil; fon pouls étoit petit & fréquent. 
Je l'ai vu éprouver plufienrs accès de convul- 
fions , en remuant ou en parlant de i'eau auprès 
de lui. 

Voulant me rendre maître de l'imagination 
du malade &: la calmer fi je pouvois , je lui ai 
promis qu'on ne lui donneroit plus d'eau , &z 
qu'il n'en verroit même plus, j'ai beaucoup grondé 
ceux qui l'approchoient de ce qu'ils vouloient le 
forcer d'en boire (i). Je leur ai ordonné d'ôter celle 
qui étoit dans fa chambre. Voyant qu'il avoit 
repris un peu de calme , je lui ai demandé ce 
qui avoit produit fa maladie; il m'a d'abord rendu 
l'idée dont il avoit été afFe&é , en me difant qu'il 
avoit reçu le fouet; qu'il croyoit avoir gagné une 
fraîcheur ; il m'a dit qu'il n' avoit pas été mordu, 
qu'il n'avoit eu aucune fréquentation dans aucun 
lieu avec aucun animal fiifpeéfc : il m'a prié de 
ne pas lui faire donner d'eau , &: même en pro- 
nonçant ce mot , il a eu une crife convulfive. 

J'ai propofé du vin à ce Nègre ; il m'a dit 
qu'il le vouioit bien. Ayant pris de la confiance 



( O. V. Méra. de la Soc. R. de msd. Mém. de M. Boa- 
teille, % XCI. 



SfiE 



■1 



%%% Sur les Maladies 

en moi , il s'efi levé , s'eft afïîs , &" il a marché 
hors de fa chambre, en s'appuyant fur un bâton , 
pour venir s'affeoir fous la galerie. Ses enfants 
le font approchés de lui ; mais il les a repouifés 
avec inquiétude &: une agitation convulnve : on 
m'a dit qu'il ne vouloit- pas les voir depuis qu'il 
étoit malade ; il avoir auffi de l'antipathie pour 
un vieux Nègre qui étoit prépolé pour le fervir. 
Il in a demandé une orange (2) ; mais eh ex- 
primant le jus de chaque morceau qu'on lui pré- 
ïentoit , on voyoit dans le moment de là déglu- 
tition les mufcles de la gorge fk de la face 
entrer en convul.lion. Lui ayant donné un quar- 
tier d'orange qui étoit humide j il l'a rejeté en 
criant de teau, & il a éprouvé une convulfion 
en retournant fur fa cabane ,. ce qu'il a fait avec 
peine, parce que i'a&ion des mufcles du dos 
6c des lombes paroiffoit gênée; il a mis le pied 
fur le quartier d'orange qu'il avoir rejeté .> 6c 
lliumidité qu'il a fentie lui a fait jeter un cri 
6c lui a donné une convulfion. 

On a apporté le vin que j'avois prbpofé à ce 
Nègre > fa garde a voulu rincer le gobelet avec 
de l'eau: il s'en efl plaint, en criant avec effroi, 
&" il a été pris de convulfions. j'ai chaffé la Né- 
greffe en la grondant ; j'ai pris le gobelet ,;je l'ai 
rincé avec du vin ; je l'ai préfenté au malade ; 
il en a pris une gorgée avec confiance ; mais la 
déglutition de ce liquide lui ayant donné une 
convulfion, il a repouffé le gobelet, en difant 
qu'il ne vouloit plus de vin , parce que, comme 
Feau , il montoit dans ion cerveau pour l'étouffer. 

Cet état m'a paru défefpéré. J'ai cependant 
preferit une potion avec l'infufion de feuilles 



Ci). V. L. c § XC1I. 



1 




jEpîqootzques. % % 3 

p oranger 8c quelques gouttes d'alcali volatil *> 
! ôd* Ton a donné fur le dos une friction avec demi- 
once de pommade mercurielle. 

Le Chirurgien m'a dit que ce remède : 

excité une Tueur abondante; que l'on ave 
un peu d'efpérance, parce que le malade avec 
paru plus tranquille ; mais ce repos produit par 
l'atonie, annonçoit la mort (3). On a trouvé 
dans le cœur &: dans les vai fléaux une petite 
quantité dïin fang noir , &: tous les vifeères du 
bas-ventre étoient fecs. 

La rage eft. une maladie nerveufe qui peut 
être communiquée ou fe développer ipontané- 
ment (4). 

On a nié la pcffibilité de la rage fpontanée 
chez l'homme , &ona aceufé d'erreur tous ceux 
qui en ont parlé (5) ; mais (i l'on peut s'élever 
contre des faits, fi le raifonnement peut détruire 
des obfervations , il doit encore faire difparoître 
!a mienne ; car elle prouve encore que la rage 
peut fe développer chez l'homme > Ôd* qu'il eft 
réduit , malgré Ion intelligence , à payer ce tri- 
but d'horreur à l'animalité. 

Les paillons de l'âme , comme le chagrin , !a 
trifteiTe > la colère réunies à des difpofoions in- 
dividuelles , &: peut-être à quelque condition par- 
ticulière dans la conftitution & la température 
de l'air , peuvent affeéter la fenfibilité au point 
de produire des fpafmes qui feront fuivis de 
certain dérangement dans l'action des organes , 



{3). V. Méffl. de la S. R. pag. 146. 

(4). V. Recherches fur la Rage, par M. Anori, p. 8^ 
111 & fuiv. V. Hift. de la Soc. R. de méd» année 1785» 
II e part. p. 57, 58 & fuiv. V.-Mém. S. C. p. 11. 

(0- V. Mém. de la S. R. p. x}4 & 312. 




Ii4 Sur tes Maladies 

d'une certaine altération dans les humeurs qui 
donneront naiilance aux fymptômes de la rage 
& produiront le virus. 

Ce virus fe dépofe particulièrement dans les 
organes ialivaires : il paroît prouvé que la fa- 
live ëft l'humeur la plus propre à le tranfmettre 
cV celle qui lui fert jde véhicule chez les animaux \ 
car Ton doute , d'après quelques obfervations , 
que la falive de l'homme hydrophobe foit véné- 
neuie (6) : il me femble cependant que l'on a 
un peu négligé l'expérience pour vérifier cette 
opinion. 

M. Roux (7) penfe que la rage de caufe in- 
terne eft produite par une altération extraordi- 
naire des lues dlgeftirs qui occaGonne fur les 
houppes nerveufes , des voies alimentaires , une 
irritation qui eft particulière à cette altération. 
Cette aftèrtion n'eft pas appuyée fur des preuves 
fuffi fautes pour former une opinion probable. 

A-t-on affez obfervé la conftitution des hu- 
meurs dans l'état malade comparé à l'état fain > 
À-t- on fait allez d'expériences pour s'afïlircr que 
le venin de la rage n'infecte que telle ou telle 
humeur, telle ou telle partie ? Et ces expériences 
ont -elles bien démontré que la rage de caufe 
externe eft toujours déterminée fur un venin local 
qui excite fur les nerfs qu'il touche la même 
irritation que la rage de caufe interne ? 

La falive , dit M. Roux > eft bien véritable- 
ment le venin qui produira la rage à un autre 
individu qui le reçoit par une moriure. Cet aveu 
prouve que le venin rabirique eft non-feulement 
un venin local qui agit fur les nerfs, mais qu'étant 



(6). V. Mem. p. zcé. 

(7;. V. Meta, de la Soc. R. de méd. 



parvenu 






^r*5 



pitoouques, 2 2 j 

parvenu à certain développement , il infecte la 
ialive &: produit fur les autres humeurs une itn- 
preflion que nous ne connoiilbns pas bien encore. 

On ne dira pas que la ialive , dépolée dans 
une plaie , fe mêle avec le fang , parce que l'on 
croit que la falive n'eft que le véhicule du ve- 
nin dont le principe iùbrii s'acroit Se augmente , 
en pénétrant dans les humeurs où il trouve des 
principes {lifceptibJes de fé prêter à fa modifica- 
tion. On ne peut pas penfer , d'après cela, avec 
M. Roux j» que ce principe puiiïe s'anéantir par 
Ton extrême diviiion ; cV fans le comparer à un 
ferment , l'on croit que la circulation à laquelle 
il eft fournis eft néceffaife pour préparer fon dé- 
veloppement (8). 

Il n'y a pas une des obfervations rapportées 
par M. Roux qui préfente la conféqueiice qui 
fe déduiroit naturellement de ion opinion , fi. 
elle étoit fondée , fk toutes au contraire per- 
mettent d'inférer que la rage de caufe interne 
èft l'effet d'une altération particulière qui peut, 
dans certaines circonftances , s'engendrer dans 
les liqueurs &: agir fur tous les nerfs. 

4 Un payfan de 18 ails > dit M. le Roux , tomba 
dans l'hydrophobic, après avoir fait fix lieues àpied 
par une chaleur exceffîve. Un autre jeune homme 
de 30 ans éprouve le même accident pour avoir 
fait une marche forcée à deux lieues de Paris. 
Un nommé Detaknd meurt hydrophobe à la 
fuite d'un travail forcé dans une carrière expofé 
au foleil le plus ardent, & où il ne fe trouvoit 
pas d'eau. Ces faits montrent non-feulement ia 
dépravation des fucs digeftifs portée à fon comble, 
comme le dit M. Roux , mais que toutes les 






(S). V. Mém. p. 101. 



%%& Sur les Maladies 

humeurs avoient contracté cette altération, L 5 oî1 
fait que les humeurs des animaux morts après de 
longues coudes ou de grandes agitations ont un 
caractère de iepticité , ck l'on ne peut pas douter 
que dans toutes les maladies contagieufes > com- 
me dans toutes celles qui font produites par les 
poifons , toutes les humeurs participent fuccef- 
fïvemenc à l' altération qui leur a été imprimée 
par les principes contagieux ou vénéneux ; & 
quoique faction de ces principes ait d'abord été 
locale j & qu'ils confervent peut-être encore un 
centre d'action où ils ont plus d'activité > on ne 
peut pas nier qu elle ne fbit devenue générale. 

Les fruits de hêtre ont produit quelquefois 
des fièvres lypiriennes , des pleuréfies , des, dè- 
voiemenîs qui annoncent non - feulement une 
irritation locale , mais une dépravation géné- 
rale des humeurs par un principe acre & par- 
ticulier qui a pénétré leur maOfe. Ces mêmes 
fruits torréfiés ont produit l'hydrophobie , &c 
cela prouve que des circonitances fugitives , des 
di abolitions inconnues peuvent faire varier les 
efrets d'une même caufe ; mais cela ne démontre 
pas du tout que la maladie , dans ce cas , n'ait 
été l'effet que d'une irritation locale & d'une 
dépravation ifolée des lues alimentaires. 

La colère &: les pafïions ont auiîi quelquefois 
déterminé la rage ; mais (i l'on peut quelque- 
fois j dans ce cas , indiquer un centre d'action 
êç d'irritation locale , comme dans le cas cité 
par M. Pvoux , il faut convenir que dans ces grands 
troubles de l'ame , dans ces grandes agitations 
du corps & dans ces dé fo rdres exceilïfs de l'ac- 
tion organique , la modification des humeurs 
peut être altérée très-mbitement , & qu'il peut 
naître dans un temps incalculable des principes 






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.'a irritation qui 5 en affe&ant plus particulière- 
ment tel ou tel organe ^ "n'en auront pas moins 
une a&ion générale. C'eft ce que M. Roux pa- 
roît reconnoître lui-même, en difant (9) que la 
falive devient vénéneufe & contagieufe , iorfque 
les mouvements convulfifs & ie fpafme univer- 
fel lui impriment un changement fingulier &c 
inexplicable , &: lui donnent un caractère propre 
à exciter fur le genre nerveux d'un autre in- 
dividu les mêmes mouvements que ceux par qui 
elle a été altérée ; mais qu'elle n'acquière la 
qualité contagieufe que lorfqu elle a été travaillée 
par la fièvre rabifique , & qu'elle dévient de plus 
en plus viciée, ainfi que toutes les autres liqueurs, 
à mefure que ranimai approche de fa fin. 

Nous pouvons donc convenir , par l'incerti- 
tude où nous fomrne fur le cara&ère , la nature 
des principes de la rage , que la vérité eft en- 
encore loin de nous , cV qu'il n'eft pas aife de 
franchir fefpace qui nous empêche de l'atteindre 
& de la reconnoître. 

La rage qui paroît avoir été connue très- 
anciennement en Afie & en Europe ( i ) , ne 
l'étoit pas en Amérique avant l'arrivée des Euro- 
péens -, elle n'y eil connue que depuis que le* 
animaux d'Europe y ont été indroduits avec le 
chagrin , le défefpoir &: la fervitude. Cette ma- 
ladie n'étoit pas encore connue à Saint-Domingue 
du temps du médecin Defportes ) mais en/in elle 
s'eft montrée , & il n'y a pas d'année ijutë l'on 
ne cite des accidents & des pertes. 

Le n feptembre 17(31, fur ce m/i a été rp- 
préfenté à la Cour par le procureur-général du 



(9). V. Mém. p. 11 & 25. 
(1;. V. Mém. p. u 



— ^ 



228 Sur les Maladies 

Roi , que les Citoyens du Port au Prince étoienc 
alarmés de voir une quantité prodigieufe de 
chiens ., dont plufieurs étoient foupçonnés d'être 
attaqués de la rage , que même plufieurs Habi- 
tants • Nègres libres &: efclaves , ayant été 
mordus par des chiens , font morts de la rage , 
le Confeil fupérieur du Port au Prince a rendu 
une arrêt , par lequel il cil ordonné à tous les 
Habitants de faire tirer ou noyer leurs chiens 
dans les vingt-quatre heures , du jour de la pu- 
blication ; & comme cet arrêt n avoit fans doute 
pas eu toute fon exécution , & que le mal con- 
tinuoit fes progrès, le même Confeil a rendu , 
le 11 novembre de la même année, un fécond 
arrêt, par lequel faifant droit au réquifîtoîre du 
procureur- général du Roi , il a enjoint à tous 
les Habitants des villes , bourgs & campagnes 
du reifort de la Cour , de tuer ou faire tuer tous 
leurs chiens qu'ils foupçonneront attaqués de la 
ra^e , à peine de tous dépens , dommages & 
intérêts pour les accidents qu ils pourront occa- 
iionner (2). 

On voit par un arrêt du Confeil fupérieur du 
Cap, du 9 février 1768 (3)^ que la rage né- 
toit connue dans la Colonie que depuis iix ans 

Xénôphon. dit , dans une harangue à Ton armée , que 
les Ccratuntiens voyant les Grecs qui paroiffoient fe préci- 
piter fur eux, fans motifs, craignaient qu'ils n'eulfent été 
faifîs par une rap;e fubite comme elle prend à des chiens. V. 
Expéd. de Cyrus, T. II , L. V , p. 101, tradudion par 
M. le comte de la Luzerne, 

Hift dv la Méd. par le Clerc, II e Part. Ch. VIL ïb. 
L. IV\ Seft. I eie , Ch. VI. 

(i). V. Lois & Conft. des Colon franc, de l'Amer. T. IV, 

p. y 03 & S°9- 

(jf. Lois & Conft. des Colon, franc, de l'Amer, fous le 
véûL par M. Moreau de Saint-Méry, t. V , p. 155 & 15^ 



Êpii[Q cliques. 11 y 

ou environ , qu'elle commençoit à faire de nou- 
veaux progrès fur plr.fieurs habitations au cour- 
tier de Limonade j particulièrement chez madame 
veuve Conegut \ qu'un officier des Troupes du 
Roi avoit été forcé de tuer dans la ville un chien 
attaqué de cette maladie : mais malgré l'injonc- 
tion de cet arrêt , on n'a pas obfervé cette ma- 
ladie , on n'a pas remarqué d'où elle provenoit, 
dans quelle faifon , dans quelle conilitution elle 
s*e(t manifeitée j & on n'a rien fait pour la 
guérir. Jamais un arrêt n'a excité l'émulation &c 
fait naître le talent ; & fi la Société royale de 
médecine n'avoit difpofé que de pareils moyens, 
elle n'auroit pas produit le^ travaux utiles dont 
nous lui avons obligation. 

La rage a fait une invafion frappante en 1782, 
puifqne M. Buffon , juge fénéchal du Cap , a pu- 
blié de nouveau l'arrêt de 1768 , par une ordon- 
nance en date du 1 août 1782, , en 1783. La 
dame Frédéric , époufe du iieur Frédéric , ho- 
queton de l'Intendance , eft morte hydropnohe. 
Cette femme avoit un chieu auquel elle étoit 
attaché ; il parut inquiet , agité ., il mordit fa 
maîtreiTe à la main : la bîeflure étoit légère ;on 
la balïlna avec de l'eau falée ôz du tafia : ella 
guérit en quelques jours. Plus d'un mois après > 
la fièvre rabifique parut , les fymptômes de l'hy-^ 
drophobie fe développèrent 3 il y avoit beau- 
coup d'écume à la bouche , &: la malade eft 
morte au cinquième jour, fans avoir reçu d'au- 
tre fecours qu'une faignée de pied , quelques 
friclions & un peu d'alkali volatil dans les der- 
niers moments. 

En 17S4 , nous avons été appelé dans la rue 
Efpagnole pour voir un jeune Nègre que l'on 
difoit attaqué d'une maladie extraordinaire. Cet 

P m 



2.30 Sur les Maladies 

enfant avoit les yeux égarés -, il paroi (Toit trifte* 
fon cœur battoir contre les côtes avec une force 
.extraordinaire \ fa peau étoit fèche : il étoit affis, 
lorfque nous le vîmes. On nous dit qu'il avoit 
été mordu à la main , il y avoit à peu près qua^ 
rante jours > par un chien qui étoit pourfuivi & 
qu'il voulut arrêter en le faifnTant par la queue : 
ce chien avoit déjà mordu un enfant blanc qui 
cil mort hydrophobe. La plaie n'avoir été ballî- 
née qu'avec de l'eau matinée & du tafia •-, elle 
avoit guérie en quelques jours. Le maître de 
ce Nègre , le voyant agité; extrêmement dans la 
nuit j crut qu'il avoit de la fièvre : il fit appeler 
le lendemain fon Chirurgien, Quatre -jours fe 
payèrent fans que l'on fît aucun remède: on 
m'appeila au emquème -, on me dit que le Nègre 
ne pouvoir pas boire j je lui en fis préfenter , 
mais il eut une convullion qui ne me permit 
pas de méconnoître l'hydrophobie. J'examinai la 
cicatrice ; elle n étoit pas douloureufe , &: elle 
ne prifentoit rien d'extraordinaire. Je preferivis 
quelques gouttes d'alkali volatil dans une infu- 
fion de fleurs de tilleul % une friction mercurielle 3 
mais le malade cil mort le lendemain. 

Nous doutons que le traitement, qui a été 
employé avec fuccès fur les perfonnes mordues 
par des animaux enragés , puiiïe réufïïr chez celles 
qui ont été attaquées ipontanément. On peut , 
en quelque forte , arrêter la réforbtion du virus > 
on peut même l'anéantir ou en affoiblir l'im- 
prelïion , mais on n 'à pas l'avantage , dans la 
rage ipontanée , de pouvoir fuivre les progrès, 
du virus 5 on ne peut l'attaquer dans aucun dépôt * 
on ne peut le Ri ivre dans fon développement , 
& on ne peut lui oppefer du remède que lorf- 
qu'iî domine le principe vital ? iorfque'il a vicié 



MP 



Êpi\corique$. , 23 î 

toutes les humeurs &: jeté le défordre dans tou- 
tes les fonctions. 

Il y a un fi grand nombre d'obfervaticiis qui 
atteitent les bons effets du mercure dans le trai- 
tement de la rage 3 que l'en ne peut prefque 
pas douter de fon efficacité. On a adrniniitré 
ce remède intérieurement fk extérieurement ; il 
a également réuffi : tes effets n'ont pas toujours 
été heureux , lorfqu'on en a fait ufage dans la 
rage confirmée ; mais fouvent l'incondiiite du 
malade & la méthode ont mis le remède en 
défaut ; d'ailleurs , quel e(t le remède dont les 
effets ne varient jamais, fnivant les diipoikions 
des perfonnes > du temps, , des lieux & l'influence 
d'un très-grand nombre de circonftanc.es? 

Il n'eil pas auffi bien prouvé que les antifpaf- 
modiques aient été utiles dans le traitement de 
la rage , 6V qu'ils aient produits, les effets que 
on en attendait. 

L'expérience a prononcé (Tir la confiance que 
l'on doit avoir aux bains froids , aux bains de 
mer. Des cures équivoques 6V préfumées avoient 
donné quelque réputation à ces moyens , mais 
l'on a enfin reconnue leur inutilité. 

On doit craindre les effets d'une fenfibilité 
agitée & d 'une imagination prévenue dans le 
traitement de la rase : les lucecs ou les mal- 
heurs ont dépendu plus d'une fois de la tran- 
quilité de l'efprit ou de fes alarmes^ 

Il faut , autant que cela eft pofllble , s'affurer 
de l'état des animaux qui ont fait des morlures,, 
pour ne pas livrer à des traitements farinants. 
& inutiles des perfonnes qui n'en ont pas betoin. 

Cependant , lorfque les animaux qui auront 
mordu feront mfpects , il vaut mieux dans cette 
incertitude fe livrer à un traitement prélervatif > 



t$i Sur les Maladies 

que de s'expofer aux événements redoutables qui 
ponrroient être les fuites d'une faufle fécurité * 
mais il ne faut pas citer les cas douteux comme 
âcs cures , fk les appeller en témoignage pour 
au tarifer une méthode où l'efficacité d'un re- 
mède, comme nous croyons qu'on l'a fait quel- 
quefois. 

La Société royale de médecine déclare qu'elle 
regarde le traitement local de la plaie comme 
indifpenfable > comme le plus important , que 
fans lui tous les autres procédés font incertains , 
& que ceux qui portent le trouble dans l'écono- 
mie animale ou qui affectent fortement les nerfs-, 
expofent à des dangers plus ou moins grands (4). 

Vanfwietcn rapporte que Salins Diverflis affure 
qu il n a jamais vu ni entendu dire qu aucune 
perfonne mordue par un chien enragé eût eu 
d'accident, lorfque la plaie a été panfée con- 
venablement (5). 

Les obfervations de M. Robert de Kiavalle> 
D. M. , tendent à prouver que l'application feule 
du feu , fur des plaies faites par des animaux en- 
ragés , a fuffi pour garantir de tout événement 
fâcheux. 

On croiroit que les autorités les plus refpec- 
tabies en médecine ne peuvent en impofer;on 
n'imagineroit pas que l'on pût être féduit par 
des rapports de faits obfervés par des perfonnes 
honnêtes, judicieufes cV inftruites; mais la vé- 
rité nous échappe., lorfque nous croyons la faifir- : 
n.ous fommes trompés par des événements que 



4< 



(4). V. Hifr. de la Soc. R. de mécL 1783 , i e Part. p. *. 
L. C. p. 74 & fuiv. 

(y). V. Vanfwieçen Comra. in aphor. tom, III, apt. 
1143 , n° 1, 




Êpi-^oo tiques. 2 3 3 

le hafard on des circonflances qui nous font in- 
connues produifent , car le hafard ne produit 
rien,, 6V nos oppinions ne font le plus fouvent 
que des erreurs de notre jugement 6c des Ulu- 
lions de notre ignorance. 

On a été bien perfuadé , jufiqu'à prêfent , en 
médecine que l'on navoit ras de (pecinque 
contre la rage , ç eft-à-dîre , que Ton n'avoir pas 
de remède qui pût être employé avec un Fucçes 
confiant 8c égaf dans tous les temps , chez tous 
les fujets , clans toutes les circonftaiiçes ; mais 
on a cru avoir été a'Tez heureux pour avoir 
trouvé des remèdes qui pouvoient être employés 
avec avantage. 

Cette confiance étoit une erreur : on n'a pas 
analyfé les faits avec affez d'exactitude ; on n'a 
pas examiné toutes les circonftances physiques 
& morales avec allez d'attention ; on n a pas 
apprécié avec allez de précifion les effets des 
remèdes , &c l'on a recueilli de faunes estima- 
tions fur des effets qui dépendoient de caifes 
différentes de celles auxquelles on les a attri- 
buées : enfin l'hiftoire de la rage eft encore un 
cahos ; fpn traitement n'ed qu'une confnfion : 
une faufle confiance en a impofê , &c l'on doit 
fe livrer à un nouvel examen fous les aufpiccs 
mefurées de t'éfprït phylofophique 5 cV en fe 
préfervant des préventions &c de la crédulité 
facile qui ont égaré jufqu'à ce jour. 

M. Roux , praticien fage &c judicieux , établit 
que la poudre de Julien Paulmier , celle d'Ana- 
galis ne font d'aucune utilité 16) : le mercure, 
regardé aujourd'hui comme le remède le plus 
aiïuré contre la rage , n'a pas plus de vertu que 






(6). V. Mém. pag. $$. 






^34 Sur les Maladies 

les remèdes précédents (7); &: nous pouvons, 
d'après l'opinion de M 1 ' 5 Fotherrgill , Vaughan,. 
Metzler, douter de l'efficacité du mercure. M. 
Roux nous dit que nous ne pouvons nous em- 
pêcher par la fuite d'imputer les malheurs , dont 
il fera la caufe , aux gens de l'Art qui l'em- 
ploieront (8). 

La curation de la rage interne , fuivant M, 
Roux , efr équivoque , & il y a bien peu de 
remèdes à employer (9). 

Cependant M. Roux , qui regarde les malades 
comme empoifonnés , penfe qu'il faut les fai- 
gner, comme on traiteroit un homme qui auroit 
avalé un poifon dont on ne connoîtroit pas la 
nature \ et il propofe , d'après ce principe , les 
boirions mucilagineufes , enfuite aiguifées avec 
l'émétique pour exciter une légère contraction 
dans le canal alimentaire : on leur fera faccéder 
le lait , les huiles d'amandes douces , &" l'on fi- 
nira par nourrir le malade de farineux : on joindra 
dans la maladie déclarée le camphre 3 le mufe , 
l'opium à grandes dofes. 

M. Roux éft bien fâché de ne pouvoir pro- 
pofer des moyens plus fûrs \ mais en fe rappel -• 
îant les circonfcances dans lefquelles étoient Lau- 
rent ^ le fujet de robfervation de M. Lavirotte ,. 
Fournier de Talend _, le fujet de robfervation de 
M. Maret ^ celui de robfervation de M. Portai , 
en confiderant les caufes qui avoient produit la 
maladie chez ces différentes perfonnes , M. Roux 
auroit dû propofer un traitement plus méthodique,, 
plus régulier &: plus conforme à fes principes. 



(7). L. C. pag. %. 
(8). L. C. pag. 6$> 
{$)- V. pag. ) !h 






~ 



* ±j.mm 









Epl\ootiques. ^ %yf 

Nous ne prefcrirons pas {virement l'émétique , 
du mufc , de i'hiule d'amandes douces , de l'o- 
pium à grandes dofes à des (ujets enMammés par 
un exercice violent ou troublés par des paffions > 
ce ne ieroit pas le moyen de calmer une mala- 
die véritablement nerveufe & l'irritation du canal 
alimentaire dont la fenfibilité eft extrême (i). 

Mais 6 M. Pvoux eft refté à la même diftancc 
de la vérité que prefque tous les Auteurs dans 
te traitement de la rage fpontannée , il n'en eft 
pas de même dans le traitement de la rage corn- 
municuée , & l'on peut dire qu'il a rendu un 
fervice eilentiel à l'art & à l'humanité , en rap- 
pellant une pratique qui avoit été négligée , ou 
en la preientant d'une manière à la rendre plus 
fuppcrtable en ménageant la fenfibilité. 

M. Roux convient que la rage de caufe ex- 
terne eft bien plus foumife à nos moyens , parce 
que l'on peut attaquer efficacement le venin 
dans le lieu où il eft en réferve, avant qu'il ait 
pu acquérir fon développement -, mais il ne faut 
chercher à le combattre que par des remèdes in- 
ternes qui n'ont jamais produit qu'une véritable 
illuiion, mais par des médicaments appliqués im- 
médiatement dans les plaies , après les avoir ren- 
dues faignantes. 

Il faut fonder la plaie , la dilater en étoile^ la 
laver avec de l'eau de favon , & la tremper dans 
un bain de même nature : on la tamponne en fuite 
avec la charpie fèche , & on la couvre de bandes 
&: de comprennes jufqu'au lendemain. 

A la levée du premier appareil , on trempe 
une fonde de bois dans du beurre d'antimoine 
tombé en deliquefcence , & on porte le cauftique 

ii). L, C. pag. 3 & ii, 



->/: 



Sur les Maladies 
dans le fond de la plaie, mais fpécialement far 
les bords , en l'étendant même fur la peau en- 
vironnante ; on met par deiïlis un large emplâtre 
véficatoire qui s'élève bien au-deffus de la plaie. 
■M. Roux n'a rencontré que deux fois des par- 
ties dangereufes à brûler , de il s'eft repenti de 
les avoir ménagées ; il eft a avis que Ion ne 
doit éviter que les artères trop confidérablés dont 
l'ouverture pourroit entraîner en peu de temps 
la perte du malade ; mais n eft-il pas également 
dangereux , principalement dans ce pays , où le 
tétanos eft fi fréquent à la fuke des plaies , d'ap- 
pliquer un cauftique fur des tendons ou des 
nerfs? La foîution de cette queftion ne peut fe 
faire par les obfcrvations connues de tétanos pro- 
duit par l'application des cauftiques ; mais ces faits 
doivent infpirer de la prudence > en attendant 
que Inexpérience ait fourni les éclairciffements 
nécenaires. 

Au troifième panfement , dit M. Roux , on 
enlève les veffies produites par les véficatoires : 
on applique un linge couvert d'onguent de la 
mère, recouvert de beurre frais; & 1 on continue. 
ce panfement jtifqu a la chute de l'efcarre. 

Lorfque l'efcarre eft tombée , on met dans 
l'ulcère , fuivant fa grandeur , un ou plufieurs 
pois, ou de racine de gentiane, ou d'iris de Flo- 
rence , pour entretenir la fnppuration comme 
celle d'un cautère. Si la plaie eft large, qu'il y 
ait des lambeaux d'emportés , on la remplit avec 
des bourdonnets garnis de fappuratif. À mefurc 
que les chairs reviennent, on les brûle de nou- 
veau ; on applique auffi des véficatoires à diffé- 
rentes reprifes, &z on ne permet à la plaie de 
fe cicatrifer qu'après quarante jours (i). 

(i)„ V. VanfVieten, L< c« 



Êpi-çcotiques. 137 

M. Roux donne , pour tout remède interne , 
l'alcali volatil fluor dans une infuiion de fleurs 
de fureau , à la dofe de douze gouttes matin &£ 
foir pour les adultes. M. Roux dit que plufieurs 
de les ble'Jes n'en ont pas fait ufage & ne s'en 
font pas mal trouvés. 

M. Roux partage les bleifés , dont il rapporte 
îes obfervations en trois cfà'ÏÏes; la première com- 
prend ceux qui ont été mordus à la tète; il place 
dans la féconde ceux qui ont été mordus à nu y 
& dans la dernière ceux qui ont été mordus à 
travers de leurs vêtements. 

Le premier blefTé n'a été traité que le troifième 
jour-, le fécond ne Ta été qu'au cinquième^ le 
troifième au feptième ; le quatrième à la même 
époque ; le cinquième eft mort cinq jours après 
avoir été ble(îè. On n'avoit pas ofe porter le cauf- 
tique far une plaie de la paupière qui a fervi 
de foyer au venin rabiflque. Dekkerus > plus 
hardi., a porté le fer rouge jufques dans la bou- 
che , & il a parfaitement réuîïï (3). Le fixicme 
a été traité au huitième jour : il eft mort auffi- 
Une malade de la féconde clalfe panfée au cin- 
quième jour a guérie. 

Le premier bleiïé de la troifième claffe a été 
panfé le quatrième jour ; le fécond l'a été au 
cinquième \ le troifième à la même époque. 

Le parallèle que M. Roux établit entre fon 
traitement &z celui qui. a été fait à Senlis , prouve 
évidemment l'avantage de fa méthode. Il pré- 
fume même que les malades qui ont guéri à 
Senlis parles foins des Commiiïaires de la Société, 
n'ont dû leur failli qu'au traitement local ; Se 
cette opinion ferok iliffifante pour faire douter 



(•3). V. Vanfwieren. L. c. 




i}§ $W les Malailes 

de l'efficacité du mercure dans le traitement clé 
la rage , & qu'il ait contribué aux fuccës que 
Ton a obtenu , fi les bons effets qu'il a produits 
n étoient pas confiâtes , & fi la prudence & la 
-raifôn ne fe rëuhiaoient pour porter à tenter 
d'antres remèdes à des époques plus éloignées 
que celles auxquelles le traitement local peut 
îuiSre. 

Nous délirons pouvoir nous inftruire de l'é- 
poque pohtive du développement du virus , 8c 
connoître celle à laquelle le traitement local, 
devenant infuffifant, juilinera les efrbrts que l'on 
a fait pour trouver un traitement qui puiMe le 
féconder ou y fuppléer. Cette époque eft fans 
doute celle dans laquelle M. Roux dit qu'il iur- 
vient une feafation quelconque dans la partie 
bleOee, qui annonce, excite la fièvre rahlfiqud 
&r précède de plufieurs jours l'hydrophobie : voilà 
l'époque (ènfible de l'inre&ion générale; Se M. 
Roux a très-bien fenti „ comme M. Fontana l'a 
démontré pour le venin de la vipère , que fi le 
traitement local pouvoit détruire le venin lorf- 
qu'il étoit en dépôt d'ans la bîeiïure, il devenoie 
alors infuffifant 3 8c qu'il préfentoit peu d'efpé- 
rances de fuccès. 

Ceft à cette époque même que MM. Bonel 
de la Bragreife 8c Mathieu (4) ont opéré des 
cures étonnantes ^ qui peuvent infpirer la plus 
grande confiance pour l'utilité du mercure admi- 
niftré à grandes dofes ; mais fi nous ne pouvons 
en accorder aux aflertions des Tauvry (j) '■ dès 
Àflruc , des Peliot , Sauvage , Cantwel , Sec, pou- 
Yons-nous rejeter comme des monuments d'îl- 
es. V. Mém. de la Soc. R. de mé<L 
(j). V. Recherches fur la rage, p. jz & fuir. 







Ëph K ootiques. 



Infion &r d'erreur les obfervations des Dartue * 
du Choifel , de Sault 3 du.Haume > de Laflbne &£ 
des Commiifaires de la Société royale? Il me fem- 
ble que fi le raifonnement & l'obfervatian nous 
portent à donner la préférence au traitement de 
M. Roux , à l'époque de l'infertion du venin &c 
de fon incubation dans le lieu de la morfure, 
la raifon & l'expérience nous prouvant l'iodif- 
fifance de cette méthode à l'époque du dévelop- 
pement du virus , comme cela eft démontré par 
l'obfervation de M. Metzler (6) \ elles nous indi- 
quent la néceffité de continuer à fuivre une route 
incertaine, mais qui eft marquée par quelques 
faccès ; & elles nous invitent à faire de nouvelles 
tentatives &: de nouvelles recherches pour mieux 
connoître la nature de la rage , & une méthode 
plus efficace dans fon traitement; mais foyons 
toujours vrais & fincères quand de bonnes ob- 
fervations nous découvrent une vérité : difons, on 
fait cela ; mais ne manquons pas auffi d'ajouter , 
on ne fait que cela , pour exciter les Phyficiens à 
faire de nouveaux efforts qui feront rarement 
infructueux (7). 



(6). V. Mém. de la S. R. L. c. p. 340 & fuiv. 
(7). V. Pliyfîque des arbres , par M. Duhamel, Pref, 
page aj. 



14-6 



Sur les Maladies 



Il ,; i i i ii '.M' |i , 'il imm -h i h iu béiu m l'i t u M'I '-il I i±»mumuL.wvM*.M.tJMnmmimwmi.-Miuil*im»lJJm!mmiMmJk 



E X T R A I 



Des Régi (1res du Cercle des PÂilàdelphes s 
fiance du 27 mars 1787. 

Le Cercle avoit reçu plufieurs Mémoires & 
des Obfervations fur les maladies épîzootiques 
oui ont régné dans la Colonie depuis 1772. Il 
a été arrêté que M. Arthand recueilleroit ce 
travail pour le faire imprimer , après en avoir 
obtenu la permifîion de MM. les Adminiftra- 
teurs. 

La morve avoit paru depuis quelques années. 
Cette maladie n' avoit pas été connue dans Ton 
principe, & on n avoit oppofé aucun moyen 
à ion développement & à Tes ravages ; elle avoit 
déjà occafionné des pertes confidérâbles , lors- 
que M. Gelin a Fait un mémoire mtéreffant qu'il 
a donné iucce&ivement à MM. les Adminiftra- 
teurs , à la Société royale de médecine de Paris, 
à l'École vétérinaire , à la Chambre d'agriculture 
■&" au Cercle. 

M. Arthand avoit obfervé cette maladie chez 
,M. de Galifetj.àla Petite- Anfe. En comparant 
ce qu'il avoit vu avec ce que les Auteurs ont 
écrit , il a cru que Ton n'avoir pas aiTez obfervé 
les fymptômes qui peuvent annoncer la morve 
à l'époque de fon invaîlon , eY que l'on avoit 
d'autant plus de peine à prefcrire un traitement 
convenable j que Ton ri avoit pas étudié la na- 
nature de cette maladie ■ l'ordre fucceffif de fon 
développement , les parties tk les humeurs fur 
Icfquelles elle porte fes premières impreiTicns , 



!.. 






Epi\ootiques. 241 

& qu elle n'avoit été décrite qu'à une époque 
bien avancée & à laquelle il ny a plus de ie- 
cours à adminiftrer. 

Voilà les vues qui ont porté M. Arthaud à 
propofer au Cercle d'inoculer des animaux. Ce 
projet , qui a été jugé utile > a été adopté. Le 
Cercle a nommé M. Roulin , chirurgien du Roi , 
pour aider M. Arthaud dans fes obfervations. 

Il ne s'agifToit pas de prouver fi la maladie 
étoit contagieufe , parce qu'il n'étoit pas permis 
d'en douter*, mais on fe propofoit d'en faire une 
nouvelle étude : on vouloit écrire fous la diélée 
de la nature les fymptômes fucceffifs 6^ les dé- 
fordres qu'elle préfenteroit , parce que Ton étoit 
fur que c'étoit le feul moyen d'avoir un tableau 
fidèle , fte que c'étoit la feule route qui pûc 
conduire à découvrir ce qui n'étoit pas connu , 
•&: à trouver , fi cela étoit poffible , des moyens 
efficaces à lui oppofer. 

Quand on a mefuré de l'œil la carrière que 
Ton a à parcourir , on fait le chemin qu'il relie 
-à faire , après avoir déterminé celui que l'on a 
fait. M. Arthaud n'a pas rempli fon plan , la 
difficulté du fujet auroit pu l'arrêter \ mais les 
moyens lui ont manques , malgré les fecours 
généreux qui lui ont été donnés par l'Adminii- 
tration & par plufieurs AiTociés du Cercle. Ce 
qu'il a fait , fera toujours utile , même quand 
cela ne ferviroit qu'à indiquer la voie qu'il fauc 
fuivre pour découvrir un ennemi redoutable que 
l'on n'a pas encore combattu avec avantage. 

En publiant l'hiftoire des Épizooties de Saint- 
Domingue, c'étoit rappeller à la Colonie quel- 
ques hommes généreux qui avoient fait des 
efforts pour la fervir , c'étoit lui préfenter des 
travaux qui auroient été perdus pour elle , c'étoit 

Q 



AXéÊT ^-*i 



241 Sur les Maladies 

lui faire connoître qu'il exifte e , quoique l'on e* 
dife , un efprit public qui pof te les particuliers 
à s'occuper du bien général, & la venger en 
quelque forte de l'opinion flétriffante qu'elle n'a 
dans fon fein que des ingrats qui la déchirent -, 
'&: des hommes qui ne font dominés que par 
l'indifférence ck: fégoïfme. 

Les maladies des beftiaux occafionnent une 
perte de numéraire &c une diminution de revenu 
qui nuifent à l'Habitant ., au Commerce &" à 
l'État. Le Cercle ne pouvoit donc s'occuper d'un 
objet plus utile pour la Colonie , & prendre un 
moyen plus fur pour acquérir de* droits à & 
reconnoilTance. 



FIN. 




•SZ7 



...imii iHi—u MaM'i 



T A B L E 

Des matières contenues dans ce Volume. 

\^y BSERVATIONS par M. Decout > maître en chU 
rurgie 3 affocié du Cercle à Acquin 3 fur la viande 
de boucherie _, P a o e 3 

Erreur de l'Auteur des Recherches fur les Améri- 
cains j ibid.. 

-Maladie des animaux obfervée par M. Defportes y 
médecin du Roi au Cap en 1739,. I74 1 * *743 > 
1745 & 1746 , '6 te fuiv. 

Épi^ootie de Saint-Domingue en 1774 & l 775 ■> * l 

Obfervation de M. Emard Millot fur le charbon en 

l 777> • , , . l7 

Extrait de la confultation de CEcole vétérinaire de 
Paris fur cette obfervation y ~ l<> 

Tumeurs charbonneufes trouvées che% des bœufs déf- 
îmes aux boucheries du Cap 3 2,1 

Obfervations fur l'épbpotie qui régnoit dans la dé- 
pendance du Cap en 1780 , par M. Lompagieu- 
Lapole , # 13 & feiv- 

Extrait de la confultation de l'École royale vétéri- 
naire d après ces obfervations x jl 

Mefures prifes par le Gouvernement pour empêcher 
la vente de la viande fufpecle x 3 ^ 

Obfervations de MM. Lapole y Ladebat & Millot 3 fur 
les maladies des animaux nouvellement importés 3 

ïb, te iuiv, 

Obfervation fur la voracité des Nègres 3 par M. 
Auvray y ajfocié du Cercle 3 44 

Obfervation fur le même fujet \ par M. Robert-Coèl x 
ajfocié du Cercle x habitant à l'Azjle y 4$ 




I 



144 TAB1 E. 

Extrait (Tune lettre de M. Paulet > maître en cklrur** 
gie y fur le même fujet _, a$ 

Extrait d'une confultation fur le charbon _, par M* 
Gelin , vétérinaire penfionné & breveté du Roi y 
ajfocié du Cercle j 49 

Extrait du mémoire de M. Gelin fur la morve > <j$ 

Lettre de M. Peyré à M. Arthaud fur une maladie 
vermineufe , 6 4 

Obfervation communiquée par M. Lapole fur le même 
fujet y 66 

Expériences fur les vers œ/lres 3 par MM. Arthaud & 
Auvray. ib. & fuiv. 

La morve obfervée en 1785 à la Petite- Anfe ., fur 
r habitation de M. Gallifet ■, par M. Odelucq _, 
ajfocié du Cercle y membre de la Chambre d'agri- 
culture du Cap _, ib. 

Obfervations fur la morve faites à Gallifet > par M % 
Arthaud y 68 & fuiv. 

Extrait des obfervations de M. Darnaudin _, maure 
en chirurgie , demeurant à Gallifet j 71 & fuiv. 

Obfervation fur une maladie pefiilentielle obfervée fur 
deux Nègres à Gallifet 5 par le même _, 76 & fuiv. 

Ordonnance de MM. de Vincent & Jauvin , com- 
mandant & ordonnateur au Cap;, en date du 3 1 
mars 1787 _, 78 

Pro.ès-verbal de vif te fait d'après cette Ordonnance _, 
le 1 avril y dans les entrepôts & fur plufieurs ha- 
bitations de la Petite- Anfe j fous Pinfpeciion de 
MM. Arthaud & Roulin^ médecin & chirurgien du 
Roi au Cap ., par MM. Gelin _, Tringle t & Lapole _, 
vétérinaires brevetés du Roi., ib. & fuiv. 

Obfervations fur la morve jointes au procès-verbal j 

j 9j 80, 81 Se $2, 

Examen de r article morve du Dictionnaire d'agri- 
culture de M. l'abbé Ro\icr > par M. Arthaud 3 

85 & fuiv. 



T A B L Et' t 4 f 

Obfervations & expériences fur la morve $ par MM. 
Arthaud & Roulin > 104 tk fuiv. 

Chevaux morveux fournis par M. Dorfon, maître cm 
chirurgie y affocié du Cercle y 113 

Extrait de deux pro ces-verbaux de M. Gelin > 1 19 

Extrait d'une ohfervation de M, Ferrie > do Heur en 
médecine , fur une maladie charbonneufe , I22# 

Extrait d'un rapport de M. Gelin, 123 

Expériences fur la morve y par MM. Arthaud & 
Roulin, ib. &C fuiv. 

Extrait du Journal météorologique tenu pendant le 
temps des expériences fur la morve y par M. Ar~ 
thaud 3 13 y 

Erreur de M. de Morancy fur les effets de la Marc~ 
gravia umbellata _, 139 

Moyens d'améliorer la volaille à Saint-Domingue , 
par M. De coût y 140 

Obfervations fur les pians de la volaille y par M. Ro- 
quette de Kerguiden. y 14* 

Obfervations fur quelques maladies des poiffons _, 

142 & fuiv. 

V récautions a prendre fur les habitations pour éviter 
les maladies des befliaux , 14^ 

Lettre de 1 M. Auvray à M. Arthaud y fur une ma- 
ladie charbonneufe & fur la poffibilité d'entretenir 
des prairies artificielles _, 149 &" fuiv. 

Du mal des eaux _, par M. Gelin _, I y 7 &: fuiv. 

Mémoire fur la maladie épi^ootique peftilcnûelle de 
Vile Saint-Domingue y par M. Worlocky médecin 3 
affocié du Cercle , correspondant de la Société 
royale de médecine de Paris y l6z 

Obfervations fur le charbon y par M. Peliffbt y 180 

&c fuiv. 

Obfervations fur le même fujet _, par M. Milloty 19 1 

Extrait du mémoire de M. Peliffbt y par M. Guyot y 
maître en chirurgie y affocié du Cercle ^ 1^4 



\j> léÊr >-**irvr 



■1 



fyi TA BLE. 

Extrait d'un mémoire fur les épi^ootles de ta dépen- 
dance du Cap en 1772 ^ 1773 & Ijj^j par M.. 
Regnaudot , .D. .M. <z# Port-Louis , #e Guade- 
loupe ; affocié du Cercle > I96 

Extrait d'une lettre fur quelques plantes vénéneufes > 
par M. l'abbé de la Haye y curé du Dondon x 
affocié du Cercle 3 20 y 

Extrait d'une lettre de M. Gauche ', adminijlrateur 
des eaux de Boines _, affocié du Cercle 3 207 

Defcription de la Marcgravia umbellata _, par feu M. 
Dubourg 9 affocié du Cercle y 208 

Defcription du Québec , par le même, 209 

Defcription du Québec > par M, l'abbé de la Haye ^ 

210 

'Defcription de la Canne Madère & de la Canne 
Congo j par le même j 211 

Obfervations fur les effets de la Marcgravia umbellata y 
de la Lobelia Longi-flora, & de laCanne à Madère _, 
par M. Arthaud _, 212 

.Defcription du Stramonium , par feu M, Dubourg y 

ï\6 

Obfervations fur une hydrophobie fp ont anée y par M. 
Arthaud „ 2 la 

rin de la Table, 




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